Saint-Laurent

Saint-Laurent, Manitoba

Saint-Laurent - SHSB 21614
Saint-Laurent est une communauté unique de la région au 20e siècle. Situé sur la rive Est du lac Manitoba, le village est une des plus importantes communautés métisses de la province. Vibrant et fier de sa culture métisse, Saint-Laurent fait l’objet d’une exposition organisée par le Musée des Indiens d’Amérique à l’Institut Smithsonian.

Les origines du village remontent au 19e siècle, mais les détails de ses débuts se perdent souvent dans l’histoire et la légende. Même la provenance du nom Saint-Laurent est incertaine. Selon la municipalité de St-Laurent le nom du territoire en Anishinaabemowin était « Aggaamaakwaa », qui signifie « à l’ouverture ». Il a été nommé ainsi parce que cette zone territoriale comportait une grande surface défrichée, sans arbres. Des historiens oraux ont rapporté que certains gens utilisaient encore ce nom pour la communauté dans les années 1970.

Les historiens croient que les premières familles métisses arrivent de Pembina entre 1818 et 1825. Leur désir de poursuivre une vie traditionnelle de pêche et de chasse influence le choix du site. Selon l’étude de Nicole St-Onge, Saint-Laurent, Manitoba; Evolving Métis identities 1850-1914, les premiers habitants Métis de St-Laurent vivaient un mode de vie qui ressemblait plus à celui de leurs alliés les Anishinaabeg, que celui des Métis de la Rivière Rouge. C’est-à-dire, que leur économie dépendait surtout sur la production commerciale du poisson séché ou congelé, des peaux et de la manufacture du sel au lieu de sur la chasse aux bisons. En fait, selon des documents datant des années 1850, les Métis de St-Laurent vendaient leur sel à 2.50$ par sac de 60 livres!  Notons aussi qu’il y avait très peu d’agriculture dans la région avant les années 1860 et que les résidents parlaient le Cri comme langue principale.

L’inondation de la rivière Rouge en 1826 encourage d’autres familles à s’y installer et l’abbé Thomas-Ferruce Picard-Destroismaisons y célèbre la première messe de Noël.

À partir de cette époque, Saint-Laurent fait partie du circuit de visites régulières des prêtres séculiers. Le Père Philippe Scheffer, o.m.i., fixe les débuts des visites périodiques à Saint-Laurent par des Oblats de Marie-Immaculée à 1847-1848. Le Père François-Xavier Bermond, o.m.i. semble avoir visité les lieux cette année-là. Le nombre croissant de familles qui s’installent à Saint-Laurent encourage le Père Jean-Marie-Joseph Lestanc, o.m.i., à établir plus concrètement une mission, avec la construction d’une petite chapelle pendant l’hiver 1857-1858. Mais il n’a pas l’occasion de compléter l’édifice parce qu’il doit quitter la mission pour Saint-Norbert. L’abbé Zéphirin Gascon lui succède et transporte la petite chapelle sur la propriété de Pierre et de Michel Chartrand. Il part en mars 1859 pour le noviciat des Oblats. C’est en 1861 que Saint-Laurent accueille son premier prêtre résident, le Père Laurent Simonet, o.m.i. Pendant les premières années, il dessert aussi les missions de Duck Bay, Salt Springs et Tatogan.

En 1866, le Père Charles-Joseph Camper, o.m.i. devient l’assistant de Simonet et le vicaire de Saint-Laurent. Pendant vingt années il visite deux fois par année toutes les missions de la région. Le 3 décembre 1867, le Frère Jeremias Mulvihill se joint aux deux autres missionnaires. À son arrivé, il déteste tellement le goût du pemmican qu’il ne mange que du poisson et un peu de bannock pendant un mois. L’année suivante il sème des patates. En 1868, les familles principales énumérées à St-Laurent portent les patronymes : Bonneau, Boyer, Chaboyer, Chartrand, Dagnon, Delaronde, Demontigny, Desjarlais, Ducharme, Goulet, Lanallée. McLeod, Monkman, Pangman, Paul, Richard et Wabikeg.

En 1876, la mission de Saint-Laurent est érigée en paroisse.

Les enfants de Saint-Laurent recevaient de l’instruction depuis l’arrivée du Père Simonet, mais la première maison d’enseignement est construite en 1870. Plusieurs projets d’aggrandissement et de construction de nouvelles écoles suivent l’ouverture de cette première école. En 1896, lors d’un voyage à Rome, Mgr Louis-Philippe-Adélard Langevin négocie la fondation d’une maison de Franciscaines Missionnaires de Marie. Six religieuses arrivent à Saint-Laurent le 4 septembre 1897 et elles commencent aussitôt à faire la classe à une centaine d’élèves.

En 1878, la municipalité de Woodlands est incorporée, mais les Laurentiens demandent au gouvernement provincial que leur village en soit détaché. Le gouvernement accède à leur désir en créant la municipalité de Saint-Laurent, le 25 mars 1881. À la première réunion du conseil municipal en janvier 1882, le Frère Mulvihill est élu président du Conseil. En 1890, le gouvernement provincial décide de fusionner les villages de Saint-Laurent et de Posen. Les résidents s’opposent à la décision et les anciennes municipalités sont rétablies. Saint-Laurent demeure une municipalité autonome avec son propre conseil jusqu’en 1929. Entre 1929 et 1975 elle est administrée par un agent de la province. À partir de cette année, un maire et un conseil municipal sont élus.

Il est important de noter que les Métis et les Canadiens-français ne sont pas les seuls groupes ethniques de la région.

Par exemple, entre 1905 et 1910, plusieurs familles bretonnes immigrent à Saint-Laurent. Ensuite, dans les années 1950s, plusieurs familles Mennonites s’y installent aussi. Cependant, deux tiers de la population de St-Laurent dans les années 1980, s’auto-identifient toujours comme Métis.

Bien que le passé occupe une place importante chez les Métis, la communauté de Saint-Laurent s’adapte aux défis du temps présent. Par exemple, l’arrivée du chemin de fer CNR en 1904 remplace les vieux modes de transports et facilite les voyages à Winnipeg.

La pêche sur glace est probablement une des plus importantes ressources économiques et le symbole culturel le plus caractéristique de Saint-Laurent. Cette activité traditionnelle est mise en vedette à chaque année lors du « Manipogo Festival », nommé pour le monstre légendaire du Lac Manitoba. Selon le site Web de tourisme de la région de l’interlac, cette bête serpentine  mythique fut observée pour la première fois en 1908, et pour la dernière fois en 2012! Mais à partir des années 1960 le tourisme et l’introduction des pavillons de pêche et de chasse contribuent également à l’économie locale de St-Laurent.

Texte rédigé par l’équipe de départ responsable de la réalisation d’Au pays de Riel, début des années 2000.

Texte révisé en 2022.

Bibliographie

BEGG, Alexander. The Creation of Manitoba or A History of the Red River Troubles, Toronto, Hunter Rose, 1871.

CARRIÈRE, Gaston, o.m.i. Dictionnaire biographique des Oblats de Marie-Immaculée au Canada, tomes 1 à 3, Ottawa : Éditions de l’Université d’Ottawa, 1976-1979.

MERCIER, Pauline, f.m.m. Histoire abrégée de Saint-Laurent, 1876-1976, publiée par la paroisse à l’occasion du premier centenaire de son érection, Saint-Laurent, 1976.

ST-ONGE, Nicole. Saint-Laurent, Manitoba, Evolving Métis Identities 1850-1914, Regina, University of Regina, 2004.

TURENNE, Roger. Mon pays noir sur blanc : Regards sur le Manitoba français, Saint-Boniface, Les Éditions du Blé, 1981.

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