L’éducation des femmes à la Rivière-Rouge

L’éducation des femmes à la Rivière-Rouge

École des filles
L’histoire de l’éducation des femmes dans la région de la Rivière-Rouge avant l’arrivée des Soeurs Grises de Montréal le 21 juin 1844 est mal connue et peu documentée.

En fait, la voix féminine reste silencieuse dans la majorité des documents archivistiques. Cependant, l’histoire de l’éducation des femmes peut être reconstituée à partir de la correspondance des premiers missionnaires séculiers, arrivés à la Rivière-Rouge du Bas-Canada en 1818. Pendant cette première année, les missionnaires s’intéressent plutôt à l’instruction religieuse et le catéchisme des femmes Premières Nations et métisses et leurs enfants qu’à leur formation académique.

Parmi les premiers missionnaires, l’ecclésiastique Guillaume-Étienne Edge est envoyé à la Rivière-Rouge par l’évêque de Québec, Joseph-Octave Plessis, pour ouvrir une école.

En dépit des instructions de Plessis, la première école n’ouvre pas ses portes avant janvier 1819. De plus, cette école se trouve non pas à la mission de la Rivière-Rouge (Saint-Boniface), mais à Pembina (Saint-François-Xavier), un établissement situé à une centaine de kilomètres en amont de la Fourche. La correspondance de l’époque n’indique pas clairement si cette école est fréquentée par les filles et les garçons. En général, la correspondance de l’époque donne l’impression que les matières plus académiques sont réservées aux garçons.

Un climat rigoureux qui encourage un mode de vie migratoire dépendant de la chasse et de la pêche est le plus grand obstacle à l’établissement du style d’éducation envisagé par les missionnaires. Par exemple, pendant les trois premières années suivant l’arrivée des missionnaires, les sauterelles dévastent les prairies et les semences. Les habitants sont obligés d’hiverner dans la région du lac Winnipeg ou à Pembina où se trouve les troupeaux de bisons.

Évidemment, l’existence d’une école stationnaire à Pembina et d’une deuxième à Saint-Boniface ne correspond pas au style de vie des habitants de la région. En 1827, pour tenter de remédier à la situation, Jean Harper est envoyé pour accompagner les chasseurs de bisons Métis lors de la deuxième expédition de l’année.

En 1824, Joseph-Norbert Provencher fait les premières démarches pour établir à Saint-Boniface une école réservée aux filles. Suite à des discussions avec Plessis, Sévère-Joseph-Nicolas Dumoulin lui recommande Angélique Nolin, un femme métisse, comme enseignante des jeunes filles de la colonie. Elle est la fille du trafiquant de fourrures Jean-Baptiste Nolin et Marie-Angélique Couvret. Dans une lettre à Provencher, Plessis note qu’il est possible qu’Angélique Nolin devienne une religieuse enseignante. Son père refuse la demande de Provencher et les tentatives font échec.

Au cours de l’hiver 1825-1826, Provencher confie à l’épouse canadienne-française de son employé de ferme le soin d’initier certaines filles à l’industrie domestique de filage et de tissage. Pour la première fois, dans une lettre en date du 2 février 1826, il nous donne l’impression que certaines filles fréquentent l’école à Saint-Boniface. L’hiver est très long et très neigeux et au printemps, toute la région est inondée. Plusieurs familles canadiennes-françaises quittent la colonie et il ne restent plus de femmes suffisamment instruite dans l’art de fabriquer la toile et l’étoffe pour l’enseigner aux Métisses.

La mort de Jean-Baptiste Nolin en août 1826 ouvrit de nouveau les portes aux négociations avec Angélique Nolin pour devenir enseignante. Pendant ces négociations, la colonie est reconstruite et par 1828, la colonie de la Rivière-Rouge entre dans une phase de redressement et de stabilisation avec des récoltes généralement abondantes et du succès dans la chasse de bisons. Les démarches auprès d’Angélique portent fruits et Angélique et sa sœur Marguerite ouvrent les portes d’une école de filles au mois de janvier 1829.

Une fois que la question d’une école pour les filles est réglée, Provencher se penche sur la question de l’éducation des Premières Nations. La transmission des connaissances aux jeunes Autochtones de la région se fait depuis toujours comme une partie de la culture de ces peuples.

De plus, le sens d’appartenance au groupe ainsi que la transmission des valeurs et des connaissances se font par l’apprentissage de la langue et de la culture, souvent en forme d’histoires et de légendes.

La géographie et plus tard le contact avec les groupes de descendance européenne sont encore deux autres facteurs qui influencent l’éducation des Autochtones. Depuis leur arrivée en 1818, les missionnaires séculiers ont fait quelques tentatives d’instruire les Autochtones mais sans grand succès. L’arrivée en 1831 du missionaire Georges-Antoine Belcourt qui a un don particulier pour les langues, marque un effort plus concentré dans ce domaine. L’école des filles à Saint-Boniface ferme ses portes en 1834, lorsque Angélique et Marguerite Nolin quittent Saint-Boniface pour assister Belcourt à sa mission parmi les Saulteux (Anishinaabeg) à Baie-Saint-Paul, sur la rivière Assiniboine.

Avec la fermeture de l’école des filles à Saint-Boniface, Provencher change son point de vue envers l’éducation des filles. En 1838 avec l’assistance de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Provencher ouvre une école de tissage et de filage à Saint-Boniface avec l’arrivée d’Ursule Grenier et Marguerite Lapalice, deux femmes originaires du Bas-Canada. Mais peu après, la compagnie retire son appui à cet initiative, et l’école est femée en 1841. En conséquence, les filles de la colonie doivent attendre l’arrivée des Soeurs Grises de Montréal en 1844 pour poursuivre leurs études.

Au cours du 19e siècle, la responsabilité de l’éducation des filles de la colonie revient surtout aux Soeurs Grises, mais il y a quelques femmes enseignantes laïques comme Catherine Mulaire. Depuis 1859 jusqu’à sa mort en 1922, Mulaire enseigne aux jeunes filles et aux garçons à Walhalla (Dakota du Nord), à Saint-Adolphe, à Sainte-Agathe, à Saint-Nicolas, à Otterburne, à Saint-Pierre-Jolys et à Saint-Jean-Baptiste.

Texte rédigé par l’équipe de départ responsable de la réalisation d’Au pays de Riel, début des années 2000.

Texte révisé par Janet La France en 2022.

Bibliographie

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MacLeod, Margaret et W. L. Morton. Cuthbert Grant of Grantown, Toronto, McClelland and Stewart Ltd, 1974.

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Mitchell, Estelle. Les Soeurs Grises de Montréal à la Rivière-Rouge 1844-1984, Montréal, Éditions du Méridien, 1987.

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