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Catherine Mulaire - Troisième partie : veuvage (1871-1922)

Veuve et enseignante

Depuis la Pointe-Coupée, Joseph Miller/Mulaire allait perpétuer la tradition métisse de son beau-père en transportant à dos de cheval le courrier et autres marchandises jusqu’« aux lignes » ou jusqu’à St. Paul ou St. Cloud au Minnesota (Note 34).

Aussitôt, le jeune couple eut cinq enfants : Alfred, le 8 octobre 1863, décédé à trois jours; Marie-Catherine, le 2 septembre 1865, décédée le 19 juin 1866; Emma le 25 juin 1867; Hermine et Honoré, le 18 juillet 1869; Hermine mort-née.

Le destin faisant des siennes, Joseph décéda le 25 avril 1871 des suites d’une pneumonie qu’il avait contractée en transportant du courrier ou des marchandises à dos de cheval jusqu’aux lignes américaines (Note 35).

Catherine se retrouvait veuve à 28 ans. Elle avait deux enfants vivants, Emma, 4 ans, et Honoré, 2 ans, et elle portait Joseph-Hilaire (mon grand-père), né le 12 juillet suivant.

Contre toute attente, selon les mœurs de l’époque, elle ne se remaria pas. Comment ne pas croire que le curé ne lui ait pas proposé la main d’un veuf du village, père éploré de plusieurs jeunes enfants? On entend la supplique : « Mais Catherine, tu peux pas rester veuve avec des bébés sur les bras. Adélard te ferait un bon mari, travailleur. Et pis, il a besoin d’aide et tu es jeune. Tu pourrais encore faire des enfants. Regarde ta mère, elle vient d’avoir son 21e. »

En effet, la même année, la mère de Catherine, Josèphe, âgée de 46 ans, donnait naissance à son 21ᵉ enfant Jérôme. C’était avant Alphonse, le dernier et 22e, né en 1873 (Note 36).

Vraisemblablement animée d’un esprit autonome extraordinaire, Catherine choisit plutôt d’assurer l’avenir des siens en enseignant, le bébé Joseph-Hilaire assis dans une chaise haute devant la classe.

Catherine, qui s’était d’ailleurs remise à l’enseignement dès 1866, consignera ses souvenirs (Note 37) :

« J’ai repris en janvier 1866 au village de St-Adolphe [Pointe-Coupée] (Note 38) jusqu’en 1882.
« Au village de Ste-Agathe du temps de Mr Samoisette [curé] en 1882 jusqu’en 1884 (Note 39).
« J’ai repris à Ste-Agathe-Nord Nᵒ 2 dans ma propre demeure et chauffé l’école en même temps en 1884 jusqu’en 1893 (Note 40).
« À St-Nicolas de 1893 à 1895.
« À St-Jean-Baptiste en 1895 jusqu’en 1897 [plutôt 1899]. Les Commissaires de cette école [me] doivent encore à cette école.
« J’ai repris dans ma famille et enseigné aux enfants des voisins dans la maison de Honoré Mulaire alors qu’il n’y avait pas d’école à Otterburne de 1897 [plutôt 1899] à 1912 sans être payée. (Note 41) »

L’enseignement fut toujours pour Catherine une source de revenus. Joseph, son époux, était dit « farmer » (Note 42), en plus d’être commerçant à la manière métisse, mais de toute évidence, cela ne suffisait pas. En effet, en février 1868, Catherine supplia Mgr Taché de lui payer son salaire d’enseignante à Pointe-Coupée. « Monseigneur, lui écrivit-elle, Je suis obligée de m’adresser à vous aujourd’hui à cause de notre pauvreté que je vous demande quatre ou cinq Louis en argent dont j’ai un bien grand besoin. Je n’ai rien reçu encore de dessus mon année [sic(Note 43)

L’heure était grave pour les Métis de la Rivière-Rouge. Le 11 novembre 1868, une enquête inventoria les besoins de la population catholique. Le General Report for the Parish of St. Norbert répertoria Joseph Miller. Son domicile comptait deux personnes de sexe masculin et deux, de sexe féminin, dont deux enfants âgés de moins de 12 ans; il possédait deux chevaux, six bœufs, quatre vaches et deux veaux. À ce compte, Joseph ne figurait pas parmi les plus pauvres. Semblablement, le domicile de Louis Lacerte, père, comptait quatre personnes de sexe masculin et six, de sexe féminin, dont cinq enfants âgés de moins de 12 ans; il possédait trois chevaux, cinq bœufs, quatre vaches et six veaux. Ni l’un ni l’autre ménage n’était dit en besoin de secours immédiats (Note 44).

La Colonial and Indian Exhibition à Londres

La « Game and Fur Trophy » dans la section canadienne de la Colonial and Indian Exhibition à Londres. 1886. Photo tirée Web.

La « Game and Fur Trophy » dans la section canadienne
de la Colonial and Indian Exhibition à Londres. 1886. Photo tirée Web.

Toute sa vie, Catherine se consacrera à ses élèves en restant fidèle aux valeurs que lui avaient inculquées les Sœurs des SNJM à Longueuil. Par exemple, elle achetait des livres à Winnipeg pour les accorder en prix à ses élèves à la fin de l’année scolaire (Note 45).

Ses efforts furent couronnés de succès en 1886, quand elle eut l’honneur d’envoyer des travaux de ses élèves à la Colonial and Indian Exhibition tenue à Londres. Son humble école de Saint-Agathe faisait partie d’un contingent de huit écoles représentant la section catholique du Bureau d’Éducation du Manitoba. La sienne était la seule école laïque. Les sept autres étaient dirigées par des religieuses ou des religieux (Boyd 93).

Un rapport présenté en 1895 au parlement canadien en appui aux écoles catholiques du Manitoba expliqua : « A diploma of merit and a medal of honour were sent to each of the schools, as well as to their superintendent […] » (Note 46).

Responsables de certaines des écoles primées, les Sœurs Grises de Saint-Boniface en avaient fait écho dans leurs chroniques dès 1887 (Note 47).

Il en fut question aussi dans la Canadian Gazette de Londres, puis dans le journal Manitoba du 17 mars 1887, information reprise en 1904 par Dom Benoît dans sa biographie de Mgr Provencher et, enfin, dans un imposant ouvrage sur l’histoire de l’Église catholique dans l’Ouest canadien publié par A.G. Morice en 1912 (Benoît 566-567; Morice II :404-405).

Mère Véronique du Crucifix : des retrouvailles inespérées

Mère Véronique du Crucifix, s.n.j.m. (1820-1903). SNJM Longueuil.

Mère Véronique du Crucifix, s.n.j.m. (1820-1903). SNJM Longueuil.

En 1896, Catherine, âgée de 53 ans, reprenait contact avec son ancienne éducatrice, Mère Véronique du Crucifix, âgée de 76 ans.

L’année précédente, les Sœurs des SNJM avaient ouvert un couvent dans le village de Saint-Jean-Baptiste où Catherine habitait. Un jour, elle s’y présenta à titre d’ancienne élève de Longueuil. S’en suivit une correspondance chaleureuse entre elle et Mère Véronique du Crucifix qui s’échelonna irrégulièrement du 16 septembre 1896 au 18 novembre 1902 (Boyd 96-97s; MVC II:413-418). La religieuse décédera en 1903.

L’élève et l’éducatrice s’étaient revues – après 20 ans -- en septembre 1875 au Manitoba même. La religieuse visitait l’Académie Sainte-Marie de Winnipeg dont sa congrégation avait pris la direction l’année précédente. Les Sœurs des SNJM succédaient aux Sœurs Grises. L’Académie Sainte-Marie était alors située à l’angle des rues Notre-Dame et Victoria (MVC II:178-180) (Note 48).

Vingt-et-un ans après ces retrouvailles, une grande complicité se manifesta immédiatement entre Catherine et la vieille religieuse. Dans sa première lettre du 16 septembre 1896, Mère Véronique du Crucifix s’adressait à sa « bien chère Amie », lui conseillait d’inspirer une grande dévotion à ses élèves, de ne pas calculer ses sacrifices, d’ « être heureuse de les offrir à Celui qui a tout fait pour vous ». De plus, elle lui envoyait des scapulaires à distribuer. Le ton était donné pour les courriers à suivre (SSNJM, G1.2/5,28).

Catherine lui répondit le 3 décembre 1896 en la remerciant « mille et mille fois » pour les « beaux et magnifiques scapulaires ». Elle raconta qu’elle commençait sa 36e année d’enseignement, et ce, à Saint-Jean-Baptiste, qu’elle avait 25 élèves et habitait avec un enfant de sept ans, sa seule compagnie. Par ailleurs, Catherine exprimait à son ancienne éducatrice « tous mes sentiments de respect et de reconnaissance pour vos sages avis, pour les marques du profond intérêt que vous m’avez porté lorsque j’étais sous votre direction, vous m’avez aidé [sic] à acquérir des connaissances qui me sont si utiles dans le chemin de cette vie. » Elle ajoutait : « Veuillez continuer Révérende Mère à m’aider, car j’ai plus [dans le sens de ‘encore davantage’] besoin que jamais. » Et elle signait « Votre respectueuse Élève » (SSNJM, G1.2/5,40).

Catherine révélait ainsi la vénération qu’elle vouait à Mère Véronique du Crucifix, et dont on retrouve des attestations (Note 49).

Par exemple, Sr M.-Jean de Dieu, une des fondatrices de l’Académie Sainte-Marie de Winnipeg, ajouta la note suivante au bas de la lettre adressée par Catherine à Mère Véronique du Crucifix le 29 juin 1899, lettre que conserve le Service des archives des Sœurs des SNJM : « J’ai connu cette personne qui avait un culte de vénération pour Mère V. qui l’avait protégée à Longueuil, sur la demande de Mgr Taché. Cette élève était métisse, S. M. J.de Dieu » (Note 50).

Plus tard, en 1916, Imelda et Évélina Mulaire, petites-filles de Catherine et postulantes au couvent des Sœurs des SNJM à Hochelaga (elles prendront les noms de Sr M.-Amanda et de Sr M.-Sévérine) se rendirent compte que Mère Véronique du Crucifix avait parlé avec beaucoup d’intérêt de leur grand-mère à la supérieure, nommément Sr M.-Jean de Dieu (Note 51).

On conclura facilement que Mère Véronique du Crucifix avait été une seconde mère pour Catherine au couvent de Longueuil.

La sympathie qu’elles se témoignaient relevait sans doute des vicissitudes que la vie leur avait imposées. Catherine n’en dit mot, mais elle devait se souvenir comment Mère Véronique du Crucifix avait été démise de ses fonctions de supérieure du couvent de Longueuil en 1857, elle qui avait succédé à la fondatrice, Mère Marie-Rose, de surcroît à la demande de cette dernière.

Un différend avait éclaté dans la congrégation au sujet de la gestion de Mère Véronique du Crucifix. Mgr Bourget résolut le problème en rétrogradant Mère Véronique du Crucifix au rang de sous-assistante de la nouvelle supérieure. Cela avait causé un séisme au couvent. Mère Véronique du Crucifix en éprouva une profonde humiliation soutenue dans les larmes et l’abnégation (MVC I:284-285, 291).

Catherine, pour sa part, n’avait pas besoin d’énumérer les défis qu’elle avait affrontés. Non évoquée par les correspondantes : la saga des Sœur de la Propagation de la Foi, dont Mère Véronique du Crucifix, amie de Mgr Taché, devait tout savoir. Détail éloquent : l’ancienne supérieure demanda à Catherine dans sa lettre du 14 mai 1899 : « Et votre compagne, Léocadie Martel, qu’est-elle devenue? » Mentionner la compagne, c’était mentionner la saga (SSNJM, G1.2/6,16). (Note 52).

Le 29 juin 1899, Catherine expliqua à leur ancienne éducatrice qu’elle n’avait pas vue Léocadie depuis 36 ans, qu’elle habitait au nord du Dakota et, comme elle, était restée veuve avec cinq enfants. Trois vivaient toujours (SSNJM, G1.1/6,21) (Note 53).

Enseignement et missionnariat

Pour Catherine, l’enseignement aura continué d’être un apostolat, une manière de participer à l’évangélisation, tant louée par Mgr Taché, M. Belcourt et Mère Véronique du Crucifix.

Quand Mgr Taché visita le couvent des Sœurs des SNJM à Longueuil en 1852, il inspira à Mère Véronique du Crucifix le désir de suivre ses pas. « Au récit des conversions déjà opérées parmi ces peuplades barbares », rapportait la biographe de la supérieure, « l’esprit apostolique s’éveillait dans l’âme de plusieurs religieuses. Volontiers elles auraient suivi le zélé missionnaire. Mère Véronique du Crucifix comprenait leurs aspirations; elle en éprouvait elle-même; mais elle dominait ses impressions et répétait que, selon les vues de Mère Marie-Rose [la fondatrice], nous devions nous dévouer à l’instruction des enfants de nos paroisses canadiennes. » (MVC I:182-183)

Catherine souscrivit volontiers à cet avis. Dans sa lettre à son ancienne éducatrice datée du 3 décembre 1896, elle lui disait que, de ses 25 élèves, « la plus grande partie ne connaissaient pas un mot du Catéchisme ni des prières ». Mère Véronique du Crucifix l’appuiera dans sa lettre du 1er décembre 1899 (SSNM, G1.2/5,34; G1.2/6,39).

Non moins zélé, l’abbé Belcourt avait exprimé autrefois toute l’horreur que lui avait inspirée l’ignorance du message chrétien quand il dut enterrer trois autochtones en 1854, tués à Pembina dans une échauffourée avec des Métis : « C’est un spectacle révoltant d’assister à une pareille sépulture. Trois irrecevables la… dans l’Éternité sans rien connaître du sort qui les attend, et cela sans excuse, car ils ont refusé le flambeau de la Foi, préféré les ténèbres à la lumière […] (Note 54). »

Croix de chemin : maintenir la foi

Toujours préoccupée par le salut des siens, Catherine ne renonça jamais à ses activités missionnaires. C’est ainsi qu’en 1900, elle fit construire une grande croix en bois, et la fit ériger sur la terre de son fils Honoré à Otterburne. Comme lui et son frère Joseph-Hilaire n’avaient pas les moyens de se rendre à l’église la plus proche, soit celle de Saint-Pierre-Jolys, pour faire leurs dévotions, la croix servirait de solution. Une petite-fille de Catherine se souviendra qu’ils allaient prier au pied de la croix durant les mois de Marie (mai) et du Sacré-Cœur (juin). Catherine souhaitait en même temps protéger ses fils et leurs familles de l’influence des voisins anglais et protestants (Dorge 163; Boyd 92) (Note 55).

Puis vint l’occasion en 1904-1906 d’aider les Clercs de Saint-Viateur qui dirigeaient un orphelinat à Makinak près de Dauphin dans le nord de la province. Logée et nourrie par les Clercs, Catherine fit de la couture pour aider les enfants (Note 56).

Depuis plusieurs années, des épreuves frappaient la famille de Catherine et elle s’en ouvrit à Mère Véronique du Crucifix -- sans que l’on ne connaisse les détails. Son ancienne éducatrice tenta de la consoler : « […] acceptez toujours, avec une humble soumission à la volonté de Dieu, les épreuves de la vie; elles sont de l’or pour acheter le Ciel. »

Pareillement : « […] je vous offre toute ma sympathie et je prie le Seigneur de vous donner la force nécessaire pour soutenir cette cruelle épreuve. […] Je comprends comment votre cœur de mère doit souffrir. Invoquez aussi Notre Dame des Sept Douleurs. »

Mère Véronique du Crucifix ne lui avait-elle pas déjà rappelé l’importance de faire le signe de la Croix avec les cinq doigts de la main, symboles des cinq plaies de Notre Seigneur? Le dolorisme transcendant (Note 57).

Vie familiale et vieillesse : de multiples défis

Entre temps, la vie avait poursuivi son œuvre. Catherine avait subi le décès de ses frère et sœur Pierre et Isabelle après 1874-1876, de sa mère Josèphe en 1878, et de son frère Louis en 1885 (Morin 82).

Par ailleurs, son père Louis s’était remarié en 1879 avec Charlotte Lespérance, veuve de Jean-Baptiste Forcier. Il avait 64 ans; elle, 52.

Sa propre famille s’était agrandie grâce au mariage de ses enfants : Emma avec Félix Grégoire le 10 février 1890; Honoré avec Agathe Laferté le 2 octobre 1892; Joseph-Hilaire avec Amanda Beauvais le 12 février 1895. De ces unions, naquirent plusieurs petits-enfants.

Emma Mulaire (1867-1932), vers 1890. MPA.

Emma Mulaire (1867-1932), vers 1890. Archives provinciales du Manitoba.
On devinera dans ses traits ceux de sa mère jeune.

Félix Grégoire (1866-1930), époux d’Emma Mulaire. Photo Veasy & Bland, Winnipeg. SHSB 4485.

Félix Grégoire (1866-1930), époux d’Emma Mulaire.
Photo Veasy & Bland, Winnipeg. SHSB 4485.

Félix et Emma Grégoire et leurs filles Léontine et Catherine. Vers 1910. SHSB 15460.

Félix et Emma Grégoire et leurs filles Léontine et Catherine. Vers 1910. SHSB 15460.

Honoré Mulaire (1869-1915). 1910. Archives provinciales du Manitoba.

Honoré Mulaire (1869-1915). 1910. Archives provinciales du Manitoba.

Agathe Laferté (1869-1910), épouse d’Honoré Mulaire, avec sa mère Madeleine Laferté (1833-1900), née Faille, épouse d’Olivier Laferté, et Véronique Laferté, la sœur d’Agathe. SHSB 182.

Agathe Laferté (1869-1910), épouse d’Honoré Mulaire,
avec sa mère Madeleine Laferté (1833-1900), née Faille, épouse d’Olivier Laferté,
et Véronique Laferté, la sœur d’Agathe. SHSB 182.
Véronique a consacré sa vie au service de la famille Chevrier de Saint-Boniface.

Même veuve, Catherine s’occupa d’orphelins, issus de son entourage, notamment de sa propre famille. Les temps ne pardonnaient pas à la maladie, à la mortalité, surtout infantile, à la pauvreté. En 1896, ne gardait-elle pas un garçon de 7 ans? En 1899, une fillette de 8 ans (Note 58)?

En 1901, Catherine dut faire face à un choix décisif, alors qu’elle n’avait pourtant que 57 ans. S’en étant confiée à Mère Véronique du Crucifix, cette dernière lui souhaita d’obtenir une place chez les Sœurs Grises de Saint-Boniface, c’est-à-dire à l’hospice. Mais c’était sans compter sur la résilience de Catherine qui ira plutôt habiter chez ses enfants. Lorsqu’Agathe, l’épouse de son fils Honoré, décéda le 6 mai 1910, Catherine tint maison pour lui, tout en s’occupant de ses enfants. Puis, quand Honoré fut atteint de tuberculose, Catherine le soigna chez Joseph-Hilaire, jusqu’à son décès survenu le 14 septembre 1915 (Note 59).

Amanda Beauvais (1876-1979 [sic]) et son époux Joseph-Hilaire Mulaire (1871-1930), avec leurs enfants : Émery sur les genoux de sa mère, Imelda et Évélina, et Jean-Baptiste. 1900. Archives provinciales du Manitoba.

Amanda Beauvais (1876-1979 [sic])
et son époux Joseph-Hilaire Mulaire (1871-1930),
avec leurs enfants : Émery sur les genoux de sa mère, Imelda et Évélina,
et Jean-Baptiste. 1900. Archives provinciales du Manitoba.

Devant la résidence de Félix et Emma Grégoire à Saint-Jean-Baptiste. De de g. à dr. : leur fille Catherine; les jumelles Olivine et Oliva, filles d’Agathe et Honoré Mulaire alors décédés; et Mme Georges Haring, l’associé de Félix Grégoire. Derrière : Catherine Mulaire, le Dr Joffrion qui tenait bureau dans la résidence de Félix et Emma; et Emma Grégoire. Vers 1915. Archives provinciales du Manitoba.

Devant la résidence de Félix et Emma Grégoire à Saint-Jean-Baptiste.
De de g. à dr. : leur fille Catherine; les jumelles Olivine et Oliva,
filles d’Agathe et Honoré Mulaire alors décédés;
et Mme Georges Haring, l’associé de Félix Grégoire.
Derrière : Catherine Mulaire, le Dr Joffrion qui tenait bureau
dans la résidence de Félix et Emma; et Emma Grégoire.
Vers 1915. Archives provinciales du Manitoba.

Enfin, c’est chez sa fille Emma et son gendre Félix Grégoire, à Saint-Jean-Baptiste, que Catherine trouva refuge (Note 60).

De ses nombreux frères et sœurs, plusieurs étaient morts à la naissance ou très jeunes. Son frère Louis était resté au Dakota du Nord (Morin 81-82). Par contre, Catherine put revoir les familles de Josephte (époux Bernard Bériault) et d'Adèle/Agnès (époux Herménégilde Bruce), ainsi que les familles de ses plus jeunes sœurs : Justine (époux François-Xavier Chartrand) et Marie-Louise (époux Alphonse Plessis) (Note 61).

La famille a conservé une lettre que Catherine a adressée en 1918 à sa nièce Joséphine Riendeau, née Chartrand. Déjà orpheline de père et de mère, la nièce avait perdu son époux. 1918 : de tuberculose? d’une pneumonie? Chagrinée, la tante revécut son propre deuil : « Il ne peut pas y avoir de plus grands sacrifices, pour deux êtres qui se chérissent. Moi-même, j’ai passé par le même chemin que toi, ma vie a été semée d’épreuves, de ronces et d’épines, consolons [sic] chère enfant, car Dieu éprouve ceux qu’il aime, et disons, que la sainte volonté de Dieu soit faite (Note 62). »

Soulignons qu’un petit-fils de Catherine, Jean-Baptiste, l’aîné de Josepĥ-Hilaire, était décédé à la Première Guerre mondiale, le 5 aôut 1918. Il avait 21 ans.

Catherine demeurera inébranlablement pieuse jusqu’à son dernier souffle. À l’été 1921, ses trois petits-enfants, Sr M.-Amanda (Imelda) et Sr M.-Sévérine (Évélina), toutes deux Sœurs des SNJM à Montréal, et leur frère Télesphore Mulaire, mariste à Poughkeepsie (N.Y.), en visite exceptionnelle chez leurs parents à Saint-Pierre, allèrent la voir à Saint-Jean-Baptiste. Émue de les apercevoir dans leurs habits religieux, la vieille Catherine voulut s’agenouiller devant eux (Note 63).

Véritable matriarche, Catherine se préoccupait tout autant de l’éducation de ses petits-enfants. Ils se souviendront comment elle leur donnait des textes à apprendre et à déclamer. Et gare à la prononciation (Note 64)!

Cela dit, Sr. M.-Sévérine se souviendra, même devenue vieille elle-même, des bonnes galettes au beurre que sa grand-mère Catherine cuisinait sur le poêle et que sa mère appelait de «la mort au beurre » (Note 65).


Notes

34. Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 4 août 1977.

35. Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 4 août 1977.

36. Louis et Josèphe avaient eu cinq autres enfants à Saint-Norbert : Alphonsine en 1866, les jumelles Justine et Christine en 1868, et Marie-Louise en 1870.

37. SHSB, Fonds Soeurs des Saints-Noms de Jésus et de Marie, 0489/1115/43 : Notes – Souvenirs de Madame Joseph Mulaire, vers 1913.

38. C’était dans l’école que Mgr Taché et M. Ritchot firent bâtir. Voir SHSB, Documents Picton, Généalogie.

39. Pourtant, un document des Bureaux de poste, conservé aux Archives nationales du Canada, révèle que « Miss Lacerte » avait commencé à enseigner à Pointe-à-Grouette (Sainte-Agathe) dès la fondation de l’école le 1er novembre 1873. Voir ANC/NAC, http://data1.archives.ca/netacgi/n...b.dll?brs ?02010902ǀtopǀ0&r=1&f=G (site consulté le 31 mai 1999).

40. Voir SHSB, CACRSB, Fonds Taché, nᵒ 46179, Liste des institutions et des écoles catholiques du Manitoba, 1891. L’école de Dame Mulaire comptait 10 élèves. =

41. Honoré et Joseph-Hilaire, les fils de Catherine, possédaient des terres voisines à Otterburne, de l’autre côté de la rivière de celle de leur mère (Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 4 août 1977). C’est en 1899 que Catherine prit officiellement sa retraite de l’enseignement. Peut-être fut-elle-même obligée de se retirer – les Commissaires de l’école lui devant encore de l’argent en 1913 -- et que cela ait constitué la source de la cruelle épreuve dont elle se confia à Mère Véronique du Crucifix (SSNJM, G1.2/6,39, Mère Véronique du Crucifix, lettre à Madame Catherine Mulaire, 1er décembre 1899).

42. Boyd Appendix A, « Script Application of Catherine Mulaire », 15 juillet 1870.

43. SHSB, Fonds CACRSB, Catherine Mulaire, lettre à Mgr Alexandre Taché, 12 février 1868.

44. SHSB, Fonds CACRSB, numéros 5997-5998, General Report for the Parish of St. Norbert, 11 novembre 1868.

45. Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 4 août 1977.

46. Papers in Reference to the Manitoba School Case Presented to Parliament during the Session of 1895, 116. Le rapport affirmait que l’honneur n’était pas simplement symbolique, mais on peut soupçonner que les récompenses furent attribuées généreusement, vu le nombre phénoménal d’objets en montre dans les expositions universelles comme la Colonial and Indian Exhibition.

47. SGM, M. prov. St-Boniface, Archives, Cahier nᵒ 7, 1887-1891, 1887, p. 789.

48. Voir aussi SSNJM, G1.2/6,21, lettre de Catherine Mulaire à Mère Véronique du Crucifix, 29 juin 1899 : son ancienne éducatrice lui rappelle qu’elle était alors accompagnée d’une fillette. C’était sa fille Emma.

49. Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 4 août 1977.

50. MVC II:418, note 18; Geneviève Noël, courriel à B.M., 17 février 2020.

51. Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 22 janvier 1978.

52. Jamais Catherine n’évoqua-t-elle, devant sa famille, la saga des Sœurs de la Propagation de la Foi. Sa petite-fille Sr M.-Sévérine n’en aura jamais entendu parler. Voir Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 4 août 1977; Boyd 113.

53. Léocadie Martel avait épousé Moise Azure à Pembina le 3 juin 1861. Voir Fortier 23.

54. SGM. Archives des Sœurs Grises, Montréal, fonds Maison provinciale Saint-Boniface, Manitoba : Georges-Antoine Belcourt, lettre à Sœur Ste-Marie, 27 juin 1854.

55. Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 11 novembre 1980. Voir aussi SHSB, Histoire de la croix, n.s., après 1929. Lorsque ses fils vendirent leurs terres en 1913, la croix fut déménagée dans la cour de l’Orphelinat Saint-Joseph dirigé par les Clercs de Saint-Viateur à Otterburne. En 1986, on l’érigea devant l’église d’Otterburne. Endommagée, elle a été récupérée par la famille dans l’attente de son futur emplacement.

56. Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettres à B.M., 4 août 1977 et 22 janvier 1978; Mme Julie Reid, SHSB, courriel à B.M., 23 mars 2020.

57. SSNJM, G1/2/6,6, Mère Véronique du Crucifix, lettre à Madame Catherine Mulaire, 16 février 1897; et G1/2/6,98, idem, 18 novembre 1902.

58. SSNJM, G/.2/6,16) Mère Véronique du Crucifix, lettre à Madame Catherine Mulaire, 14 mai 1899.

59. SSNJM, Mère Véronique du Crucifix, lettre à Madame Catherine Mulaire, 29 juillet 1901; Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 4 août 1977.

60. Nombre de parents et d’amis trouvèrent refuge chez Emma et Félix, dont plusieurs pour y mourir. Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 4 août 1977; Mme Oliva Rey, lettre à B.M., 19 mai 1977.

61. Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 4 août 1977; Mme Oliva Rey, lettre à B.M., 13 août 1977; Mme Catherine Levreault, lettre à B.M., 7 février 1977.

62. Catherine Mulaire, lettre à sa nièce Joséphine Riendeau, 18 novembre 1918, transmise à B.M. par Oliva Rey, née Mulaire, 19 mai 1977.

63. Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 22 janvier 1978.

64. Mme Flora M. Gaudry, Langley (C.-B.) conversation téléphonique avec B.M., 29 février 2020.

65. Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 16 juin 1978. 


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