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Catherine Mulaire - Première partie : enfance (1843-1855)

Sara Riel, Île-à-la-Crosse, 1874 - SHSB 17445

Sara Riel, L’Ȋle-à-la-Crosse. 1874.
SHSB, Fonds CACRSB, 0075/122/03

L’Ȋle-à-la-Crosse : naissance

Née à l’Ȋle-à-la-Crosse (Cumberland) dans les Territoires du Nord-Ouest le 15 octobre 1843, Catherine était le premier d’environ 22 enfants (dont une dizaine mort-nés ou avant d’atteindre l’âge adulte) de Louis Lacerte, voyageur et forgeron à l’emploi de la Compagnie de la Baie d’Hudson (Note 1) au Fort Cumberland, et de Josèphe (ou Josephte) Vandal. Ces derniers s’étaient mariés l’année précédente à la mission de Saint-Boniface, lui âgé de 21 ans; elle, de 17 ans. On pense que Louis travaillait déjà au Fort Cumberland et a pu revenir se marier à la Rivière-Rouge à l’automne 1842, puis y serait retourné avec sa jeune épouse (Note 2).

Louis et Josèphe étaient métis. Les grands-pères de Louis (paternel et maternel) étaient canadiens et ses grands-mères, autochtones. Josèphe, pour sa part, avait un père canadien et une mère métisse, née probablement de mère autochtone.

La petite famille s’agrandit rapidement. Ainsi, après Catherine en 1843, naquirent Marie (1845), Louis (1847) et Josephte (1848) (Note 3).

Louis Lacerte, père, pratiquait aussi le métier de guide. En effet, en 1846-1848, il accompagna le Père Alexandre Taché, O.M.I., et le prêtre Louis-François Richer Laflèche dans leurs courses missionnaires de la Rivière-Rouge à l’Ȋle-à-la-Crosse. De septembre au 7 novembre 1849, il guida Albert Lacombe, prêtre, de St. Paul à Pembina au Minnesota (dans l’actuel Dakota du Nord). Le jeune Lacombe venait porter main-forte à l’abbé Georges-Antoine Belcourt (Note 4).

La montagne Pembina : M. Georges-Antoine Belcourt

Vers 1848-1849, Louis transporta sa famille à Pembina au Minnesota, suivant en cela l’exemple de M. Belcourt qui avait obtenu de l’évêque de Dubuque, dans l’État de l’Iowa, la charge d’en évangéliser les habitants (Reardon 89). Notons que, dès lors, le missionnaire ne relèvera plus de l’évêque de la Rivière-Rouge.

Pembina était devenu un point de ralliement important pour les Métis du Nord-Ouest. La chasse aux bisons s’amenuisait et, en fond de scène, tramait toujours un conflit avec la Compagnie de la Baie d’Hudson qui exerçait un monopole sur la traite des fourrures, les Métis souhaitant faire commerce de façon autonome (Reardon 79-84). M. Belcourt joua un rôle catalyseur à attirer les Métis à Pembina. Missionnaire zélé, il avait toujours préféré accompagner les autochtones et les Métis dans leurs pérégrinations, dans l’espoir de les évangéliser.

Georges-Antoine Belcourt - SHSB 28

M. Georges-Antoine Belcourt, prêtre (1803-1874).
SHSB, Collection générale de la SHSB, SHSB 028

De grande taille, linguiste connaissant les langues autochtones; forgeron, mécanicien, ainsi que habile charpentier et menuisier, métiers dont il tirait un gagne-pain (Reardon 121), le Canadien Belcourt agissait souvent sans se soumettre aux volontés de l’épiscopat de Saint-Boniface. Mgr Norbert Provencher, en effet, soutenait l’implantation des Métis à la Rivière-Rouge, en appui à la Compagnie de la Baie d’Hudson et au gouverneur George Simpson. Bref, le missionnaire s’était ainsi acquis l’admiration indéfectible de ses ouailles, entre autres, des plus de 1025 Métis.

À Pembina, M. Belcourt avait fondé une mission qu’il déplaça plus tard 30 milles à l’ouest et dédia à Saint-Joseph, l’actuel Walhalla (Reardon 68, 99, 121; 161), mission qui fut déplacée encore plus loin à Leroy en 1873. M. Belcourt allait résider à Saint-Joseph de façon permanente à partir de 1853.

Dans l’intervalle, les Lacerte eurent quatre autres enfants : Adèle (ou Agnès) (1850), Joseph (1852), Octavie ou Virginie et Françoise (1854). Louis s’employa à conduire le courrier l’hiver en traîne à chiens entre Pembina et St. Cloud, et des marchandises du sud au nord en utilisant de 20 à 25 charrettes (Note 5).

Catherine apprit à lire à huit ans sous l’abbé Albert Lacombe, et ce, au presbytère de M. Belcourt. Catherine se souviendra toujours de la grande inondation qui frappa Pembina en 1852.

En 1854, vers l’âge de 10 ou 11 ans, Catherine commença à aider son institutrice canadienne Juliette Lefebvre (Fortier 21 et 29; Boyd 86, 91) à enseigner les prières et le catéchisme aux autochtones en langue sauteuse (Note 6). Mlle Lefebvre avait fait un début de noviciat chez les Sœurs Grises de la Rivière-Rouge. Catherine, pour sa part, parlait le mitchif, le sauteux et le français.

Six ans plus tôt, M. Belcourt avait réalisé son rêve de fonder une congrégation d’enseignantes qu’il nomma les Sœurs de la Propagation de la Foi. Il avait tenté auparavant, mais sans succès, d’obtenir que les Dames Ursulines des Trois-Rivières lui fournissent quelques-unes de leurs sœurs (Note 7).

Six ans plus tard, sa congrégation était composée de cinq novices « filles du pays » et allait accueillir plusieurs autres jeunes aspirantes. Elles se consacraient à l’évangélisation des populations locales, dont les « sauvages » gênés devant les missionnaires. Parlant au moins trois langues, elles pouvaient enseigner les langues autochtones aux missionnaires eux-mêmes.

Dans une lettre qu’il adressa le 27 juin 1854 à la supérieure Sœur Sainte-Marie aux Trois-Rivières, le 27 juin 1854, M. Belcourt lui demanda de contribuer à son œuvre en formant deux candidates. « [J]’ai ici deux bons petits sujets, deux petites métisses, qui sachant lire et écrire, ayant quelque connaissance de la géographie et du calcul, un peu de grammaire et bon talent; si vous y consentez en fin, je vous les menerai pour que vous nous les dressiez avec l’habileté qui vous est propre pendant un ou deux ans […], puis je les ramenerai pour servir de modèle et y propager vos vertus et vos connaissances (Note 8). »

Le missionnaire pensait sûrement à Catherine et à sa camarade Léocadie Martel dont il sera amplement question ci-devant.

Le 11 avril 1855, M. Belcourt était au Canada cherchant de l’aide. Il écrivait à un correspondant qu’il partirait de Montréal ou de Longueuil (Note 9)

Le missionnaire allait-il discuter du cas de Catherine et de Léocadie avec les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, établies à Longueuil? On peut le croire parce qu’à la fin août, il les confia en effet au couvent de Longueuil. Qui défraya les religieuses? Plus tard, M. Belcourt affirmera avoir beaucoup aidé Catherine et certains prétendront que M. Lacombe avait aussi payé ses études. Ce n’est pas impossible, mais les archives indiquent que Mgr Taché demanda lui-même, pour elle, la protection de la supérieure, Mère Véronique du Crucifix (Note 10).

Les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie à Longueuil : une instruction privilégiée

Le parrainage exercé par Mgr Taché pourrait surprendre vu les différends qui l’opposaient à M. Belcourt. En revanche, Mgr Taché connaissait bien le père de Catherine et a dû croire qu’elle possédait les aptitudes requises. La biographe de Mère Véronique du Crucifix, deuxième supérieure de la congrégation à Longueuil, révèle même qu’elle et ses premières Sœurs connaissaient bien Mgr Taché. En effet, c’est avec l’aide des Oblats de Marie Immaculée, ordre auquel ce dernier appartenait, que la congrégation avait été fondée peu auparavant en 1843.

De plus, Mgr Taché avait fréquenté le noviciat des Oblats à Longueuil et avait alors connu Mère Véronique du Crucifix (MVC II:180). Étant revenu d’Europe, où il avait été sacré évêque d’Arath, in partibus, par le fondateur des Oblats Mgr Eugène de Mazenod, le nouvel évêque fut reçu au couvent avec tous les égards. La biographe de Mère Véronique du Crucifix nota qu'en mai 1851, il partait ensuite pour l’Ȋle-à-la-Crosse (MVC I:179-182), lieu de naissance de Catherine.

Alexandre Taché - SHSB 33147

Mgr Alexandre Taché (1823-1894)
SHSB, Fonds Oblats de Marie Immaculée, SHSB 33147

Cathédrale de Saint-Boniface, 1858 - SHSB 8803


La cathédrale de Saint-Boniface, Rivière-Rouge. 1858.
SHSB, Collection générale de la SHSB, SHSB 8803

La petite Lacerte connaissait un destin exceptionnel, mais non pas unique, car elle avait été envoyée parfaire son éducation avec sa camarade, Léocadie Martel. Les accompagnaient Sœur St-François-Xavier (Isabelle Gladu), supérieure des Sœurs de la Propagation de la Foi, ainsi qu’« une sœur de la Rivière-Rouge » (une Sœur Grise?) (Fortier 11). Les voyageuses durent arriver à Longueuil épuisées, le trajet depuis Pembina ayant pris plus d’un mois. Elles avaient pu voyager en charrette, en bateau à vapeur et peut-être même en canots pour atteindre Longueuil. Le trajet n’a pas été reconstitué, mais, vu le mode de transport de l’époque, il a dû comprendre un arrêt à St. Paul et, de là, les cours d’eau.

On devine le dépaysement que Catherine et Léocadie ont vécu. Arrachées à leurs familles et leur milieu métis (la mission de Pembina comptera plus de 1500 catholiques en 1856) (Fortier 12), elles auraient vu des édifices imposants à St. Paul, dont la population grimpera de quelque 1000 habitants en 1850 à plus de 10 400 en 1860. Située sur le fleuve Saint-Laurent, en biais droit de Longueuil, Montréal, dotée de 58 000 habitants en 1852, revêtait toutes les qualités pour impressionner les voyageuses. C’est sans parler du vaste couvent des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie à Longueuil. Il sera rapporté que lors de son retour à Pembina, Sœur St-François-Xavier s’arrêta au couvent des Sœurs Grises à Bytown [Ottawa] (Fortier 11) et en fut subjuguée.

À son arrivée à Longueuil, Catherine fut inscrite au registre comme étant « âgée de 14 ans, fille de Mr Louis Lacerte forgeron de la montagne de St Joseph de Pembina mise par notre père St Joseph ». L’expression « mise par notre père St Joseph » signifiait qu’elle était admise par charité (Note 11).

Âgée en fait de près de 12 ans, Catherine exhibait-elle une maturité rare pour son âge ou a-t-on vite compris l’erreur, si ce n’est sur le plan de son niveau de scolarité?

Catherine et Léocadie entraient comme pensionnaires. Or, en 1855, le couvent en accueillait 110, en plus des 280 élèves externes; en 1856, il y aura 118 pensionnaires et 291 externes; en 1857, le nombre total s’élèvera encore à plus de 400 (Note 12). Aux élèves, ajoutons les religieuses, les novices. Une mer de monde.

Couvent des Soeurs de SNJM, Longueuil

Le couvent des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, Longueuil.
1894, tel qu’il existait depuis 1851. SNJM Longueuil. 

Le couvent de Longueuil offrait aux jeunes filles une éducation de qualité comparable à ce que dispensaient les meilleurs couvents du Canada. Très élaboré, le prospectus de 1854, décrivait la mission des religieuses : « inspir[er] à leurs Élèves les principes religieux qui doivent servir de base à toute bonne éducation, en formant leur esprit et leur cœur par les connaissances convenables à la position qu’elles doivent occuper dans le monde ». (SSNJM, L001/B2,2)

Le plan d’études, que Mère Véronique du Crucifix peaufinera à l’instigation de Mgr Ignace Bourget, l’évêque de Montréal, s’inspirait de celui des Frères des Écoles Chrétiennes. Il comprenait une grande gamme de sujets pour l’époque : « la Lecture, l’Écriture, la Grammaire, la Géographie sacrée et profane, l’usage des Globes, un Cours complet d’histoire comprenant l’histoire ancienne, moderne, naturelle et fabuleuse, l’art épistolaire, la rhétorique, l’arithmétique, l’horticulture, la tenue des livres, l’art de bien tenir une maison » et tout type de travaux à l’aiguille.

Le but n’était pas de former les jeunes filles pour le monde du travail ou pour l’université, mais pour qu’elles deviennent de bonnes mères de famille, vues comme « les premières éducatrices de la société », autonomes dans la sphère qui leur était assignée (Note 13).

La lecture portait sur les « bons auteurs ». La biographe de Mère Véronique du Crucifix précisera qu’elle se forma à l’écriture en partie en lisant les lettres de Mgr Bourget (MVC I:306).

L’histoire fabuleuse mise au programme abordait la mythologie, la fable, sources de croyances erronées s’opposant à l’Histoire Sacrée (Note 14).

Les notions de géographie se voyaient complétées par les récits que les ecclésiastiques de passage au couvent racontaient de leurs voyages, l’un à Rome, un autre à Marseille, ou à Lyon, ou même au Chili, sans oublier les étapes de leurs déplacements. À ce sujet, il est faux de croire qu’au XIXᵉ siècle, les populations canadiennes-françaises avaient une vision étriquée du monde. Leur espace géographico-mental s’étendait bien au-delà de leurs villages. À preuve, Catherine et Léocadie, polyglottes, venues du Nord-Ouest américain, dont les aïeuls s’étaient établis sur les rives du Saint-Laurent. De plus, à leur retour chez elles, elles allaient conserver des souvenirs de Montréal et de l’univers canadien.

Enfin, la couture et autres travaux à l’aiguille allaient permettre aux élèves de participer à une œuvre de charité toujours comptabilisée en fin d’année, soit habiller annuellement des enfants pauvres de la paroisse. Plus tard, elles habilleront leur famille.

Le dolorisme chrétien

L’élément primordial de l’enseignement prodigué à Longueuil restait les préceptes de la foi catholique. La biographie de Mère Véronique du Crucifix revient constamment sur la piété des élèves. C’était là le barème essentiel de l’enseignement.

La religion catholique ainsi enseignée plongeait sa sensibilité dans le dolorisme, qui a traversé le christianisme depuis le Moyen Âge jusqu’au renouveau spirituel amorcé par Vatican II. Religion universelle, le catholicisme a beaucoup mis l’accent sur l’identification aux douleurs infligées au Christ et à sa Mère dans un but de transcendance. Faire siennes leurs douleurs, dans sa propre chair, devenait une vertu. Mère Véronique du Crucifix pratiquait notamment les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola.

Notre Dame des Sept Douleurs

Notre Dame des Sept Douleurs. Photo tirée du Web.

L’abnégation et la soumission à la volonté divine exprimaient une première forme de dolorisme que Catherine aura l’occasion de pratiquer toute sa vie pour en traverser les épreuves. Chez les religieuses comme les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, cette spiritualité pouvait mener aux châtiments corporels. Quand le couvent de Longueuil vécut une épreuve en 1857, Mgr Bourget incita les sœurs à la pénitence, celles-ci ayant recours volontiers à leurs disciplines et autres cilices (MVC I:284). L’imagerie de la Semaine Sainte : le Christ au pilori (ou à la colonne), le Ecce Homo, le Christ sur la croix, la Pietà; les dévotions à Notre Dame des Sept Douleurs, au Sacré Cœur de Jésus et au Sacré Cœur de Marie; la création de communautés comme les Chanoinesses Régulières des Cinq Plaies du Sauveur, les Filles de la Croix, la Congrégation de Sainte-Croix, les Religieuses du Précieux-Sang sont autant de manifestations de ce courant.

Évoquer le XIXᵉ siècle est aussi faire appel au romantisme, c’est-à-dire à l’exacerbation des sentiments qu’on a cultivés à fleur de peau. Ainsi, dans sa biographie, Mère Véronique du Crucifix fond-elle souvent en larmes, subjuguée par l’émotion que provoque en elle, par exemple, le départ de l’évêque de Montréal ou de religieuses missionnaires. Ses larmes rappellent celles de la Vierge, endolorie par la mort de son Fils.

Proches des Oblats, les Sœurs vibraient à l’évangélisation des « sauvages », mission qu’embrassaient Mgr Taché et M. Belcourt. Avant même d’accueillir Catherine et Léocadie, le couvent avait reçu une petite Montagnaise dans le but de la sortir des noirceurs de la barbarie, lui faire découvrir l’amour du Christ. Or, que de pleurs furent versés quand elle décéda prématurément en 1852 (MVC I:181-182).

Le Règlement de la vie des élèves se nourrissait de cette religiosité. Se faire accepter dans la Congrégation des Saints Anges comme fut le cas de Catherine et de Léocadie en 1855 et 1856 respectivement et dans la Confrérie du Sacré Cœur de Jésus, les deux en 1855 (SSNJM, L001/B1,2 et L001/B1,4), avec ses cérémonies d’adhésion, ses vêtements et prières obligatoires, donnait un avant-goût de la vie consacrée.

La promulgation du dogme de l’Immaculée Conception exalta les sentiments religieux dans tout le catholicisme, et combien ardemment au couvent de Longueuil en 1855. Mgr Bourget revenu de Rome vint raconter la magnificence des fêtes.

Montréal

Montréal vue du Mont Royal, 1853-1854

Edwin Whitefield, Montréal vue du Mont-Royal, 1853-1854. MNBAQ.

Catherine et Léocadie seraient-elles allées à Montréal? Sans doute en arrivant et en quittant par bateau vapeur, mais qu’en aurait-il été entre temps? En 1856, une délégation d’élèves et de religieuses assista à la cérémonie de translation des reliques de sainte Justine destinées au couvent de Longueuil. La procession quitta l’église du Bon-Secours, direction le ferry reliant Montréal et Longueuil. Sur l’autre rive, une pareille délégation se joignit au groupe pour accompagner les reliques au couvent (MVC I:267, 273-274). Nul ne sait comment Catherine et Léocadie ont participé à l’événement.

Des moments de réjouissances scandaient aussi le calendrier : fêtes religieuses avec accompagnements musicaux, parfois avec procession, décorations des chapelles et des églises, visites des évêques et dignitaires, après-midis « au bois », collations spéciales offrant des moments de répit à la rigueur du quotidien.

Enfin, n’oublions pas les saynètes qui clôturaient les jours de festivité et la distribution des prix en fin d’année scolaire. En 1856, on interpréta Fabiola, une comédie française et une tragédie anglaise; en 1857, Élisabeth de Hongrie ou le triomphe de la vertu; et, en 1858, un dialogue composé par Mère Véronique du Crucifix sur la géographie de la Terre Sainte (MVC I:264, 269, 283). À tout coup, la biographe de Mère Véronique du Crucifix nommait les vedettes. Filles de notables? Jamais Catherine et Léocadie.

Dans cet univers si radicalement différent du leur, Catherine et Léocadie ont dû ne jamais se quitter, surtout durant le congé annuel, l’été, qui durait un mois et demi. Et combien douce la protection de Mère Véronique du Crucifix qui répondait aux attentes de Mgr Taché, l’évêque « bien connu », lequel visita le couvent en 1857. Mgr Taché n’aurait-il pas alors voulu revoir Catherine et Léocadie? Avec quelle fierté ne se seraient-elles pas inclinées devant leur protecteur, seul lien avec leur monde antérieur?


Notes

1. La Compagnie du Nord-Ouest et la Compagnie de la Baie d’Hudson avaient fusionné en 1821. 

2. Abbé David Roy, lettre à B.M. du 11 janvier 1974 : « les Voyageurs ne faisant pas de canot l’hiver ». 

3. La descendance de Louis et de Josèphe a été établie à partir du fonds généalogique de la SHSB, des Documents Picton, Généalogie, conservés à la SHSB, ainsi que de notes fournies à B.M. par l’abbé David Roy, 11 janvier 1974. Mme Catherine Levreault, petite-fille de Catherine, avancera que sa grand-mère était d’une famille de 24 ou 26 enfants : lettre à B.M., 16 février 1977. 

4. SHSB Documents Picton, Généalogie. Selon l’abbé Picton, Louis Lacerte accompagna le Père Taché à l’Ȋle-à-la-Crosse en 1845. 

5. SHSB, Documents Picton, Généalogie. 

6. SHSB, Fonds Sœurs des Saints-Noms de Jésus et de Marie, 0489/1115/43 : Notes – Souvenirs de Madame Joseph Mulaire, vers 1913.

7. SGM. Archives des Sœurs Grises, Montréal, Fonds Maison provinciale Saint-Boniface, Manitoba : Georges-Antoine Belcourt, lettre à Sœur Ste-Marie, 27 juin 1854.

8. SGM. Archives des Sœurs Grises, Montréal, Fonds Maison provinciale Saint-Boniface, Manitoba : Georges-Antoine Belcourt, lettre à Sœur Ste-Marie, 27 juin 1854. 

9. SHSB. Fonds CACRSB, Lettres de l’abbé Belcourt, vol. 2, nᵒ 40, p. 239, Georges-Antoine Belcourt, à Charles-Félix Cazeau, 11 avril 1855.

10. SSNJM, G01.02/A, voir note de Sr Jean de Dieu, écrite sur la lettre que Catherine Mulaire adressa à Mère Véronique du Crucifix le 29 juin 1899.

11. Geneviève Noël, courriel à BM, 13 février 2020. La crise du coronavirus a interrompu les recherches sur Léocadie Martel. On ne sait encore comment elle a été inscrite à son arrivée au couvent des Sœurs des SNJM à Longueuil, ni précisément qui a payé les études de Catherine et de Léocadie.

12. SSNJM, L001/B3,2; MVC, I :297, 305.

13. Geneviève Noël, courriel à BM, 13 février 2020.

14. Geneviève Noël, courriel à BM, 14 février 2020.


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