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Une lettre à Julie Riel

Prison de Regina.
15th. November 1885.

Bien chère Maman,

J'ai reçu votre lettre avec votre sainte bénédiction. Hier matin, le Bon Père André à attaché votre lettre au-dessus de l'autel: et il a dit la sainte Messe pour moi, en action de grâce et en l'honneur de Marie Immaculée, en me tenant pour ainsi dire lui-même à l'ombre de votre bénédiction. Ce matin, le Bon Père a pris la lettre de votre bénédiction; il me l'a mise sur la tête, au moment de la messe où comme célébrant, il donne la bénédiction; et c'est ainsi qu'unissant sa bénédiction à la vôtre, il a répandu sur moi les grâces de la messe et l'abondance des biens spirituels et temporels que vous implorez en ma faveur, en faveur de ma chère épouse, de mes chers petits enfants, de mes frères et soeurs bien-aimés, de mes beaux frères et belles-soeurs chéris, de mes neveux et de mes nièces qui me sont tous très chers.
Chère Maman, Que ma prière de fils-aîné, que mes voeux et mes prières de serviteur du Bon Dieu montent jusqu'à notre Seigneur Jésus-christ, jusqu'au trône de Marie toujours Vierge et de Saint Joseph mon cher et grand protecteur; et que la miséricorde, la consolation surabondante de Dieu, de tout ce que nous avons de cher et de plus cher dans le paradis descendent sur vous pour toujours.
Soyez bénie de génération en génération à cause de la grande bénédiction que vous avez versée sur moi et sur ma famille aussi bien que sur tous mes chers frères et soeurs, Beaux-frères et belles-soeurs, neveux et nièces.
Soyez bénie de génération en génération pour avoir été bonne mère à mon égard.
Que votre foi, votre espérance ferme et votre charité exemplaire soient comme des arbres chargés de fruits excellents, en présence de l'avenir. Et lorsqu'arrivera votre dernier jour, que le Bon Dieu soit tellement avec vous que votre pieux esprit laisse la terre sur les ailes de l'amour des choses du ciel.
Il est deux heures après midi, le Bon Père André m'a dit ce matin de me tenir bien prêt pour demain. Je l'écoute, je lui obéis. Je me prépare à tout, selon son conseil et sa vive recommandation.
Mais le Bon Dieu m'aide à me tenir en paix et en douceur comme l'huile dans un vase que rien ne dérange.
Je fais tout ce que je peux pour me tenir prêt à tout événement en me conservant dans un calme inaltérable, suivant la pieuse exhortation du vénéré Archevêque Ignace Bourget.
Hier et aujourd'hui j'ai prié Dieu de vous rassurer de bonne heure et de vous faire arriver à tous la consolation la plus douce afin que vos coeurs ne soient pas trop durement dans l'inquiétude et la souffrance.
Je vous embrasse tous avec la plus grande affection.
Vous chère maman, je vous embrasse comme doit faire un fils dont l'âme est pleine d'amour filial.
Vous ma chère épouse, je vous embrasse comme doit le faire un époux chrétien, selon l'esprit catholique de l'union conjugale.
Mes chers petits enfants, je vous embrasse comme doit le faire un père chrétien, en vous bénissant selon l'étendue de la miséricorde divine, pour la vie présente et pour la vie future.
Vous mes chers frères, et soeurs, beaux-frères et belles-soeurs, neveux et nièces, parents, proches et amis, je vous embrasse avec tous les bons sentiments dont mon coeur est capable. Soyez tous heureux.--chère maman,
Je suis votre fils affectueux soumis et obéissant

Louis «David» Riel.


Archives de la Société historique de Saint-Boniface, Fonds Louis Riel, 1092-431, Louis Riel à Julie Riel, 15 novembre 1885.


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