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Déclaration de liberté

Déclaration des habitants de la terre de Rupert et du Nord-Ouest.

Il est admis en principe de morale que la puissance publique est inviolable de droit comme aussi il est reconnu qu'un peuple qui n'a pas de gouvernement est libre d'adopter une forme de gouvernement plutôt qu'une autre; d'accepter ou de refuser celle qui lui est proposée: C'est d'après ces deux principes que le peuple de la Terre de Rupert et du Nord-Ouest se contentait de gémir en silence, et de tolérer l'espèce d'asservissement dans lequel l'avait placé les circonstances particulières qui avaient entouré son berceau.

Une Compagnie d'Aventuriers, connue sous le nom de Compagnie de la Baie d'Hudson et revêtue de certains pouvoirs par Sa Majesté Charles Il vint s'établir dans la terre de Rupert et dans le Nord-Ouest pour y faire la traite. Cette Compagnie formait une agrégation d'hommes qui avaient besoin d'une constitution. Mais comme il s'agissait de commerce cette constitution s'y rapportait surtout. Cependant comme il n'y avait alors aucun gouvernement qui s'occupât des intérêts du peuple déjà établi dans le pays, besoin fut à ce peuple de recourir pour les affaires judiciaires aux officiers de cette Compagnie; de là l'origine du gouvernement qui a régi le pays jusqu'à cette époque.

Ce gouvernement ainsi admis était loin de répondre aux besoins de la population actuelle, qui à force d'énergie et de dévouement s'est développée, s'est accrue, et s'est élevée au point de mériter, à cause de son nombre, de sa civilisation, et de son commerce une place parmi les nations.

Toujours mû par les principes émis plus haut, le peuple de la Terre de Rupert et du Nord-Ouest supportait généreusement le susdit gouvernement et lui obéissait fidèlement, lorsque, contre le droit des gens en Mars 1869 ce gouvernement abandonna et transporta au Canada, par des transactions, qu'il n'a pas même daigné communiquer à son peuple, tous les droits qu'il avait et ceux qu'il prétendait avoir dans le pays.

Or comme il est un autre principe admis par tous les publicistes (parmi lesquels nous pouvons citer Berclay et Duvoisin) qu'un peuple devient libre, et peut désormais se gouverner comme il le juge à propos, lorsque la puissance à laquelle il était soumis l'abandonne ou l'assujettit contre son gré, à une puissance étrangère, et que de plus elle ne transfère aucun droit à la puissance à laquelle elle le soumet.

Nous, les représentants élus par le peuple, réunis en Conseil au Fort Garry, après avoir invoqué le Dieu des nations, appuyés sur ces principes fondamentaux de morale déclarons solennellement, au nom de nos constituants et en nos propres noms, devant Dieu et devant les hommes :

1er Que le Gouvernement du jour ou le Gouvernement, que nous avions toujours respecté nous a abandonné en transférant à une puissance étrangère l'autorité sacrée qui lui avait été confiée, nous devenons libres et dégagés de toute obéissance à son égard, et que LA SEULE AUTORITE LEGITIME AUJOURD'HUI DANS LA TERRE DE RUPERT ET DU NORD-OUEST EST L'AUTORITE PROVISOIREMENT ACCORDEE PAR LE PEUPLE A NOUS SES REPRESENTANTS.

2ième Que nous refusons de reconnaître l'autorité du Canada qui prétend avoir droit de venir nous imposer une forme de gouvernement encore plus contraire à nos droits et à nos intérêts que ne l'a été le gouvernement auquel nous avons été soumis par nécessité jusqu'à ces derniers temps.

3ième Que le 1er Novembre dernier, en déléguant une expédition chargée de reconduire au-delà des bornes de notre pays le Sieur William McDougall et ses compagnons, s'avançant sur nos terres, au nom du Canada sans une notification préalable de sa part, et malgré une défense à lui intimée par nous, pour venir gouverner ici en despote, nous n'avons fait qu'agir conformément au droit sacré que tout citoyen a de s'opposer énergiquement à l'asservissement de sa patrie.

4ième Que nous continuons et que nous continuerons à nous opposer de toutes nos forces, à l'entrée du gouvernement du Canada dans notre pays, sous la forme énoncée; et en cas de persistance de sa part à venir nous troubler par des incursions belligérantes, nous protestons d'avance contre ces actes injustes et le déclarons responsable devant Dieu et devant les peuples des malheurs incalculables qui seraient la suite de sa téméraire ambition. Qu'il sache qu'avant de voir asservir notre patrie, nous saurons tirer partie des moyens de défense que la Providence nous a mis entre les mains et que ce n'est pas pour la voir envahir par des étrangers que nous l'avons tant de fois défendue au prix de notre sang, contre des hordes de barbares devenus aujourd'hui nos amis et nos alliés.

5ième Que cependant la puissance du Canada nous trouvera toujours prêts à entrer avec elle dans des négociations favorables à son agrandissement et à notre prospérité.

A l'appui de ces déclarations, comptant sur la divine Providence, nous engageons par serment nos vies nos fortunes et notre honneur.
Donné au Fort Garry, le 8 Déc. 1869

Johny Bruce Président
L. Riel Sec.

Archives de la Société historique de Saint-Boniface, Fonds de la Corporation archiépiscopale catholique romaine de Saint-Boniface, Série Taché, T6966-69, Déclaration des habitants de la terre de Rupert et du Nord-Ouest, Fort Garry, 8 décembre 1869.


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