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Louis Riel - fils

Portrait au fusain de Louis Riel vers 1874. SHSB 19556

Portrait au fusain de Louis Riel vers 1874.

La Société historique de Saint-Boniface, Fonds Antoine Champagne, SHSB 19556
 

Les années suivant la Confédération canadienne en 1867 sont des années particulièrement intéressantes dans l’histoire du Manitoba. La vie des Métis et des premiers colons est bouleversée par les changements qui s’y opèrent : la traite des fourrures s’éteint, les troupeaux de bisons sont en voie de disparition, une immigration massive change rapidement le visage de la colonie, les Métis et les francophones se trouvent lésés dans leurs droits. Un nouveau mode de vie s’implante dans les plaines. La personne de Louis Riel émerge dans ce contexte, un héros, un poète, un homme instruit, un leader complexe et mystérieux qui suscite encore les passions et soulève des questions chez les générations qui le suivent. Une certitude existe. Louis Riel est le fondateur du Manitoba reconnu comme tel par les gouvernements provincial et fédéral.

 

Sa jeunesse, ses études

Louis Riel, fils aîné de Louis Riel père et de Julie Lagimodière, est né le 22 octobre 1844 à Saint-Boniface dans la maison de ses grands-parents près de la rivière Seine. Il grandit parmi le peuple métis de la colonie de la Rivière-Rouge et il en acquiert la fierté, les valeurs et l’identité culturelle. Il fréquente d’abord l’école de la colonie, mais à l’âge de quatorze ans, en 1858, il est envoyé par Mgr Taché poursuivre ses études à Montréal dans le but de se préparer à la prêtrise.

Louis Riel est un élève brillant et studieux et il réussit très bien dans ses études. Mais en 1864 la mort prématurée de son père, pour qui il avait une grande affection et qu’il n’avait pas revu depuis son départ de la colonie, le terrasse et l’attriste énormément. Il en vient à négliger ses études et ensuite à les abandonner totalement. Il reste à Montréal où il côtoie le milieu nationaliste canadien-français de l’époque. Il travaille pour un moment dans un bureau d’avocat. Suite à une déception amoureuse, il se rend à Chicago et à St. Paul (Minnesota) où il ressent cette fois les remous causés par la guerre civile américaine. Pris du mal du pays, il rentre enfin à Saint-Boniface le 26 juillet 1868, après une absence de dix ans.

 

Retour à la Rivière-Rouge

À son retour au Manitoba, Louis découvre une communauté métisse inquiète. Le Canada cherche activement à annexer les terres du Nord-Ouest et est en négociations avec l’Angleterre pour l’achat de ce territoire. Le mouvement annexionniste des États-Unis cherche également à occuper ce vaste territoire. Le Canada est ainsi poussé à agir rapidement. Cependant le gouvernement fédéral ne prend pas la peine de consulter les habitants de ces régions lointaines et pose des gestes qui provoquent les Métis. Ceux-ci se voient menacés et craignent de voir l’avenir de leur région se décider sans leur avis ou leur consentement. Cette menace est amplifiée par la présence des « Canadians », en majorité anglais et protestants, qui arrivent dans la colonie de l’Ontario et qui cherchent à précipiter son annexion. Les Métis sont donc préoccupés tout à la fois de leur langue, de leur religion et surtout de leurs terres.

 

La résistance des Métis

À l’automne de 1869, les négociations avec l’Angleterre n’ont pas encore abouti. Malgré ce fait le Canada envoie une équipe d’arpenteurs à la Rivière-Rouge. Les Métis sont alarmés par la présence des représentants fédéraux dans leur territoire qui n’appartient pas encore au Canada. À l’instar de son père, Louis organise les Métis et, le 11 octobre 1869, un groupe de ceux-ci avec Louis Riel à leur tête arrêtent les arpenteurs sur la terre du Métis André Nault à Saint-Vital. Ce geste déclenche la Résistance et établit Louis Riel comme leader des Métis.

En plus de la présence des arpenteurs, les Métis apprennent qu’un Lieutenant-gouverneur, William McDougall, est en route pour la Rivière-Rouge en vue d’établir son autorité, au nom du Canada, sur les territoires du Nord-Ouest. Les Métis décident de résister et le 16 octobre le Comité National des Métis est formé. Il est présidé par John Bruce et Louis Riel est secrétaire. Le 2 novembre, ils érigent une barrière à Saint-Norbert afin de bloquer l’entrée de McDougall à la Rivière-Rouge, et celui-ci doit rebrousser chemin vers Pembina. Les Métis s’emparent du Fort Garry affirmant ainsi leur autorité sur le territoire et prévenant une action par les « Canadians ».

Désireux d’obtenir l’appui non seulement des Métis mais de toute la colonie, Louis propose à celle-ci le 23 novembre, l’établissement d’un Gouvernement provisoire pour remplacer le Conseil d’Assiniboïa et le Conseil national des Métis. Le 8 décembre la proposition est acceptée par toutes les parties. Le 27 décembre1869, Louis Riel est élu président de ce gouvernement suite à la démission de John Bruce. Les Métis ne s’opposent pas à l’union avec le Canada mais ils veulent que leurs droits soient reconnus et respectés. Dans cette optique une convention de 40 délégués, 20 francophones et 20 anglophones, élus par les habitants des paroisses catholiques et protestantes, est convoquée pour rédiger la liste des droits en vue d’une négociation avec Ottawa. Le 10 février, après quelques semaines de délibérations, le travail est terminé. Un groupe de trois délégués est alors choisi pour représenter le Gouvernement provisoire à Ottawa et négocier les conditions de leur entrée dans la Confédération canadienne. Il est composé de l’abbé Noël-Joseph Ritchot, du juge Black et de Alfred Scott. Dans la liste de négociation, on retrouve la demande que le territoire de la Rivière-Rouge soit reconnu comme province dans la nouvelle confédération canadienne créée en 1867 à Charlottetown.

Pendant ce temps, un groupe d’agitateurs, dont Thomas Scott, cherche à renverser le Gouvernement provisoire. Arrêté par les hommes de Riel, Scott comparaît devant un tribunal de guerre présidé par Ambroise Lépine, l’adjudant de Riel. Il est reconnu coupable d’avoir comploté et d’avoir cherché à renverser le gouvernement et il est condamné à mort. Louis Riel n’intervient pas dans la cause. Scott est fusillé le 4 mars 1870. Cet événement causera d’énormes soucis pour le chef métis dans les années à venir.

 

Naissance du Manitoba

Les trois délégués partent pour Ottawa le 23 mars 1870. John A. Macdonald et Sir Georges-Etienne Cartier sont nommés pour transiger avec eux au nom du gouvernement fédéral. L’abbé Joseph-Noël Ritchot est un négociateur habile et il joue un rôle prépondérant dans les échanges. Les pourparlers vont bon train de sorte que le 12 mai 1870 le Parlement canadien adopte l’Acte du Manitoba qui tient compte de plusieurs clauses de la liste des droits de la colonie. La loi inclut des clauses traitant du respect des terres des Métis et des garanties relatives à la religion catholique et à la langue française. De plus le territoire devient la cinquième province du Canada, portant le nom Manitoba. La loi est proclamée le 15 juillet 1870, date officielle de la création de la province.

Le Gouvernement provisoire doit maintenir l’ordre et la paix dans la colonie en attendant l’arrivée du lieutenant-gouverneur Adams Georges Archibald et des troupes du Colonel Wolseley. Malheureusement, parmi les soldats de Wolseley venus établir la paix dans la colonie, il y en a plusieurs qui cherchent davantage à venger la mort de Scott. L’amnistie promise par le gouvernement fédéral n’est pas adoptée et Louis Riel est donc obligé de se réfugier aux États-Unis. Sur l’avis de Mgr Taché il y reste caché.

Malgré sa situation difficile, Louis décide de se porter candidat à l’élection fédérale en octobre 1873 et il est élu dans le comté de Provencher. Une autre élection est appelée en 1874 et Louis Riel est élu de nouveau, cependant, il ne siègera pas et se verra expulser de la chambre. En 1875 le premier ministre Alexander Mackenzie lui accorde l’amnistie à condition qu’il ne revienne pas au Canada avant cinq ans. C’est donc l’exil pour le fondateur du Manitoba.

 

L’exil

Les années d’exil sont des temps difficiles pour Louis, temps où son état de santé est fort éprouvé. Établi à Saint-Joseph près de Pembina, il y reçoit la visite de sa mère Julie en avril 1879. Elle lui apporte des nouvelles du Manitoba. Il est mis au courant des conditions difficiles vécues par les Métis et du fait que plusieurs d’entre eux quittent la province pour s’établir sur des nouvelles terres en Saskatchewan. Louis communique souvent par lettre avec sa famille de la Rivière-Rouge, entre autres, avec sa soeur Sara, devenue religieuse chez les Sœurs Grises.

Il épouse le 9 mars 1882 Marguerite Monet dit Belhumeur, une Métisse du Montana. Malgré le fait que son temps d’exil est terminé, il demeure aux États-Unis et devient maître d’école. Trois enfants naissent à cette union, dont Jean en 1882, Marie-Angélique en 1883 et un enfant mort-né en 1885. Malheureusement les descendants de Riel mourront avant qu’ils aient pu établir leur propre famille.

 

Résistance en Saskatchewan

Le 4 juin 1884, Louis Riel reçoit la visite de quatre Métis, dont Gabriel Dumont, qui lui demande de venir prendre la tête des Métis établis le long de la rivière Saskatchewan Sud afin de faire entendre leurs revendications auprès du gouvernement fédéral. C’est ainsi qu’après quinze ans d’absence, on retrouve Louis Riel à Batoche en juillet 1884 avec sa famille.

 

Défaite des Métis

Dès son arrivée il organise les Métis, les Autochtones et les colons blancs. Une pétition est envoyée à Ottawa le 16 décembre 1884 exposant l’état de pauvreté des habitants Métis et autochtones du Nord-Ouest ainsi que leur revendications foncières. La réponse du fédéral ne satisfait pas les Métis et avec l’arrivée de l’hiver les tensions montent. Le 19 mars 1885, Louis Riel établit un gouvernement provisoire – l’Exovidat – mais les événements vont se précipiter de sorte qu’après des escarmouches et un soulèvement général, les forces du Général Middleton marchent sur Batoche. Le 12 mai, au terme de quatre jours de bataille, les Métis sont défaits. Louis Riel se rend au Général Middleton, mais Gabriel Dumont fuit aux États-Unis. Riel est transporté à Regina. La rébellion est terminée.

 

Mort de Riel

Louis Riel est accusé de haute trahison, et son procès débute à Regina le 20 juillet 1885. Les avocats de la défense espèrent prouver que Riel souffre d’aliénation mentale et n’est donc pas responsable de ses actes, mais Riel refuse cet argument et parle avec éloquence de sa mission prophétique. Le procès est conduit devant un jury totalement anglo-saxon et protestant. Le 1er août, Louis Riel est jugé coupable et condamné à la pendaison. Il est exécuté le 16 novembre à huit heures du matin. Son corps est transporté à Saint-Vital le 9 décembre et est exposé pendant deux jours dans la maison de sa mère Julie. Suite à une messe de requiem, il est inhumé le 12 décembre, selon ses désirs, dans le cimetière de la Cathédrale de Saint-Boniface (voir Les funérailles de Louis Riel).


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