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Notice biographique

Arrivée de Jean-Baptiste Lagimodière chez Lord Selkirk, Montréal, ACBH N14934
Jean-Baptiste Lagimodière arrive chez Lord Selkirk, Montréal, veille du Jour de l'An, 1815 ACBH N14934(c)
 
 
Jean-Baptiste Lagimodière, (ou auparavant épellé Lagimonière, Lajimodière, Lavimaudier ou Lavimodière, car nous n’étions pas particuliers de l’orthographe à cette époque comme nous le sommes de nos jours) est né le 25 décembre 1778 probablement à Saint-Antoine-sur-Richelieu, au Québec, et baptisé le lendemain dans la paroisse voisine, Saint-Ours. Fils de Jean-Baptiste Lavimaudier, un fermier, et de Josephte Jarret dit Beauregard, il perd sa mère à l’âge de huit ans. Certains croient qu’une des tantes paternelles de Jean-Baptiste aurait pris en main l’orphelin.
 
De 1800 à 1805, Jean-Baptiste Lagimodière quitte le Bas-Canada pour aller faire la traite et la chasse aux postes de la rivière Rouge. Bien que plusieurs croient qu’il aurait travaillé en tant qu’homme libre, c’est-à-dire qu’il n’avait aucun attachement à la Compagnie du Nord-Ouest ni à la Compagnie de la Baie d’Hudson, il est engagé comme voyageur pour la Compagnie du Nord-Ouest.
 
C’est durant ces années que, tout comme la plupart des voyageurs, Jean-Baptiste s’allie à une femme autochtone à la façon du pays. Cette femme se nommait Josette et faisait partie de la tribu des Montagnais-Chipewyan. Ils ont eu trois filles ensemble : Antoinette, Marguerite et Lisette.  Jean-Baptiste quitte Josette en 1805 pour retourner à Maskinongé. 
 
Des récits de famille racontent qu’à son arrivée à Maskinongé, le village organise une soirée pour entendre les histoires qu’avait à raconter Jean-Baptiste de son séjour dans l’Ouest. C’est probablement ce soir même qu’il rencontre Marie-Anne Gaboury, sa future épouse. Les deux se marient quelques mois plus tard, à Maskinongé, le 21 avril 1806.
 
Saisi par l’envie de voyager à nouveau, Jean-Baptiste partage à Marie-Anne son plan de retourner au Nord-Ouest. Quoique certains croient que Jean-Baptiste lui aurait confié cette grande nouvelle après leur mariage, un « Accord et Convention » signé par Jean-Baptiste et trois autres hommes avant le 21 avril 1806, sa date de mariage avec Marie-Anne, démontre qu’il est impossible que Marie-Anne n’ait pas connu les intentions de Jean-Baptiste avant de l’épouser. Après avoir consulté ses proches, Marie-Anne prend la décision sans précédent chez les femmes de l’époque et décide d’accompagner Jean-Baptiste dans son voyage. Ainsi, Jean-Baptiste Lagimodière et Marie-Anne Gaboury deviennent le premier couple Canadien-Français à s’établir à l’ouest des Grands Lacs.
 
Les Lagimodière, accompagnés de trois autres hommes libres, dont Joseph Pakin, Michel Jenton dit Dauphiné et Charles Bellegarde, quittent Maskinongé au début de mai 1806. Le groupe avait l’intention d’hiverner à Pembina et ils y arrivent en août 1806. Ils montent leur tente dans les environs et attendent la saison de chasse qui devait débuter en automne. 
 
Par contre, leur séjour à Pembina est de courte durée. Jean-Baptiste et Marie-Anne doivent éviter la revanche de Josette, l’ancienne femme de Jean-Baptiste. En effet, certains racontent que celle-ci, au retour de son ancien mari accompagné d’une nouvelle femme, a voulu se venger de Jean-Baptiste. Josette planifie d’empoisonner Marie-Anne, mais lorsqu’elle partage ses plans avec l’épouse d’un Canadien, cette dernière avertit aussitôt Marie-Anne du danger. Jean-Baptiste et Marie-Anne ont donc dû passer l’hiver à 25 miles plus au haut de la rivière Pembina, afin de se distancer de Josette. Ils y restent jusqu’au début du mois de janvier 1807. 
 
C’est à leur retour au fort Pembina, après ces évènements, que Marie-Anne donne naissance à leur première fille, Reine. Née le 6 janvier 1807, ils la nomment ainsi car sa naissance a lieu le jour de la fête des Rois. 
 
Au cours des quatre prochaines années, Marie-Anne hiverne au Fort des Prairies, dans la région d’Edmonton d’aujourd’hui, tandis que Jean-Baptiste fait la chasse et la traite de façon libre. À l’arrivée du printemps, la famille Lagimodière quitte le fort pour suivre Jean-Baptiste à la chasse aux bisons. Ils dressent leur tente où la chasse est prospère. 
 
Durant l’une de ces aventures de chasse, dans les environs de la rivière Bataille le 15 août 1808, Marie-Anne donne naissance à son premier fils. Ils le nomment Jean-Baptiste, bien qu’il soit connu de tous comme La Prairie, surnommé ainsi puisque né dans le milieu de la prairie.
 
En juillet 1810, dans la région de la Montagne de Cyprès, vient au monde le troisième enfant des Lagimodière, une fille nommée La Cyprès, en raison du lieu de sa naissance. Plus tard, elle prend à son baptême le nom de Josette (ou Marie-Josette).
 
Fort Pembina, 1822. Archives de Manitoba N13295Au printemps 1811, Jean-Baptiste apprend qu’un Écossais, Thomas Douglas, comte de Selkirk, se fait accorder des terres dans la vallée de la rivière Rouge, par la Compagnie de la Baie d’Hudson, dans le but de les défricher pour l’agriculture et y fonder une colonie. Lagimodière et sa famille arrivent à cette nouvelle colonie l’été même, ayant comme plan d’y rester de façon permanente une fois que la colonie dispose des moyens de subsistance suffisants pour ceux qui y habitaient. Mais, à leur arrivée, ils apprennent que les plans sont repoussés d’un an. La famille Lagimodière hiverne donc à Pembina, où Marie-Anne donna naissance à un fils nommé Benjamin.
 
Dès le printemps 1812, Jean-Baptiste et sa famille quittèrent Pembina pour aller s’établir près de la nouvelle colonie de Selkirk. Ils se construisent une petite maison en boisPhotographie d'une aquarelle de Peter Rindisbacher du lot de Jean-Baptiste Lagimodière à l'embouchure de la rivière Seine et la rivière Rouge. SHSB4474 dans la paroisse que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Saint-Charles. Plus tard, en 1813, naquit Apolline (ou Pauline), la quatrième enfant des Lagimodière.
 
Entre les années 1812 à 1815, la rivalité qui sévit depuis fort longtemps entre la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest, pour s’assurer tous deux le monopole de la traite, crée plusieurs tensions. Puisque la colonie de Selkirk, puissant actionnaire de la Compagnie de la Baie d’Hudson, avait été placée directement sur la route des traiteurs de la Compagnie du Nord-Ouest, ces tensions ne font qu’empirer avec l’arrivée des colons. 
 
En 1814, un décret interdisant l’exportation du pemmican et d’autres provisions de la Colonie de la Rivière-Rouge est mis en place par le gouverneur Miles Macdonell. Ce décret, connu sous le nom de la Proclamation sur le pemmican, se donne comme but d’assurer que les colons de Rivière-Rouge aient assez de provisions. En revanche, elle affecte les commerçants de la Compagnie du Nord-Ouest, qui n’auraient pas suffisamment de provisions pour effectuer leurs voyages en canot à l’extérieur du territoire de la Colonie. 
 
Ce décret est suivi, six mois plus tard, par une interdiction de la chasse aux bisons à dos de cheval. Cette fois-ci, ce sont les métis de la région qui se trouvent fort mécontents. En effet, ils dépendent de leurs ventes à la Compagnie du Nord-Ouest pour vivre. Ces évènements mènent à plusieurs bouleversements dans la Colonie, notamment à l’évacuation complète des colons ordonnée le 27 juin 1815.
 
En juillet 1815, Colin Robertson arrive à la Rivière-Rouge. Durant son séjour, il constate que certains colons ont quitté la colonie et réussit à les convaincre d’y revenir. La mission de Robertson est de remettre la Colonie sur pied et il croit qu’il faut absolument avertir Lord Selkirk des catastrophes qui se déroulent à la Rivière-Rouge. C’est alors qu’il choisit quelqu’un de fiable pour porter des dépêches de sa part à Selkirk, qui se trouve à Montréal.
 
Bien que Jean-Baptiste Lagimodière ait été aux services des deux compagnies rivales dans le passé, il a travaillé comme chasseur pour la Compagnie de la Baie d’Hudson de 1812 à 1815 et démontre une préférence pour celle-ci et les habitants de la Colonie de la Rivière-Rouge.
 
Ainsi, Lagimodière est sélectionné pour entreprendre ce voyage essentiel à la survie de la colonie. Il quitte le fort Douglas à pied, le 17 octobre 1815, accompagné de Bénoni Marié, un employé de la Compagnie de la Baie d’Hudson, et d’un guide autochtone. Le long voyage à Montréal compte environ 1800 miles, en plein hiver. Le groupe doit s’assurer d’éviter les forts de la Compagnie du Nord-Ouest de sorte qu’ils doivent prendre un chemin plus au sud du lac Supérieur qu’habituellement. Jean-Baptiste arrive enfin à Montréal le 10 mars 1816 et dépose les dépêches dans les mains de Selkirk. Après deux semaines de repos dans la demeure de Selkirk, il quitte Montréal pour le trajet du retour. 
 
Entre-temps, les choses s’enveniment à la Colonie. Robertson, craignant une nouvelle attaque de la Compagnie du Nord-Ouest, s’empare du fort Gibraltar en mars 1816. En vertu de son importance et de son emplacement, la saisie du fort fait en sorte que Robertson et la Compagnie de la Baie d’Hudson peuvent interdire le transport des brigades de la compagnie rivale sur la rivière Rouge. 
 
Le 19 juin 1816, une armée métisse, dirigée par Cuthbert Grant, met en place le convoyage d’une charge de pemmican au lac Winnipeg. Malgré leurs efforts d’éviter de se faire voir près du fort Douglas, une sentinelle aperçoit le groupe et avertit aussitôt le nouveau gouverneur, Robert Semple. Pour savoir quelles étaient les intentions de ce groupe, le gouverneur Semple, accompagné de quelques colons armés, se dirige au lieu-dit de Seven Oaks, où les Métis avaient rebroussé chemin de la plaine de la Grenouillère. Le gouverneur s’approche alors pour converser avec un porte-parole des Métis, qui furent beaucoup plus nombreux qu’il ne le pensait. Lors de cette discussion, éclatent des coups de fusils. Bien que leur origine soit inconnue, ils sont vite suivis d’une fusillade qui, lorsque terminée, laisse allongés sur le sol le gouverneur Semple, ainsi que 21 de ses colons. Les Métis, de leur part, ne perdent qu’un seul homme. Cette bataille, connue du nom de la Bataille de la Grenouillère, fait partie des multiples évènements dangereux qui se produisent dans la colonie en raison de la rivalité entre les deux compagnies de traite. Cette rivalité continue jusqu’en 1821, lorsque les deux compagnies se fusionnent sous le nom de la Compagnie de la Baie d’Hudson. 
 
Durant son voyage de retour, Jean-Baptiste est moins discret dans son déplacement, puisqu’il ne transporte plus de dépêches importantes. Cependant, le 16 juin 1816, il est saisi dans la région du Fond-du-Lac, tout près d’un fort de la Compagnie du Nord-Ouest. Un groupe d’employés de la Compagnie s’emparent des lettres du Lord Selkirk que ramène Lagimodière. Ces lettres promettent à la Colonie de la Rivière-Rouge un secours armé.  Ces hommes, dont Pierre Bonga et plusieurs autochtones, conduisent Lagimodière à leur fort. Le lendemain, après avoir été amené au fort William et dépourvu de toutes ses provisions, Jean-Baptiste est finalement libéré.
 
Ce n’est qu’en juillet que Jean-Baptiste reçoit l’aide de Pierre-Paul Lacroix à la Rivière-la-Pluie, en Ontario.  Il poursuit son chemin aussitôt après avoir reçu des provisions de Lacroix et rejoint la Rivière-Rouge en août. Certains disent que Jean-Baptiste rejoint sa famille au début de septembre, par contre, d’autres racontent que Jean-Baptiste revient près de la fête de Noël, après avoir été absent pour plus d’un an. Si tel est le cas, qu’aurait pu faire Jean-Baptiste au cours de ces quatre mois? Cette question demeure un mystère encore de nos jours.
 
Lord Selkirk arrive enfin à la colonie en juin 1817. Plus tard cette année-là, avant de partir pour l’Angleterre, Selkirk accorde un terrain à Lagimodière d’environ 20 acres pour le remercier pour son dévouement à la Colonie. Ce terrain, dont les lots numéro 683 et 684, se situe à l’embouchure de la rivière Seine, à Saint-Boniface. La famille s’y construit une première maison permanente à l’arrivée du printemps 1818.
 
Durant les années qui suivent, Jean-Baptiste et ses fils travaillent pour la Compagnie de la Baie d’Hudson. Jean-Baptiste continue de faire la chasse, mais sa famille et lui commencent aussi à s’adonner à l’agriculture. Ces années sont très difficiles dans la Colonie qui connaît alors une grande famine. Des infestations de sauterelles ravagent les récoltes entre 1819 et 1822. L’année suivante, une infestation de souris blanches ruine les récoltes. De plus, durant l’été de 1824, se produit une pénurie de graines à semer dans la Colonie. Après tous ces malheurs une inondation catastrophique ébranle la Colonie en 1826, alors que l’eau atteint un niveau de 40 pieds au-dessus de la normale. 
 
C’est aussi au cours de ces années que Marie-Anne met au monde trois autres enfants. Romain est né le 11 janvier 1819. Julie, qui devient plus tard la mère de Louis Riel, est née le 23 juillet 1822. Enfin, Joseph voit le monde le 20 décembre 1825. Tous ces trois sont nés à la Colonie de la Rivière-Rouge.
 
En dépit de ces années de famine à la Rivière-Rouge, au cours des années 1830 à 1840, les Lagimodière deviennent des cultivateurs et éleveurs accomplis. Le recensement de 1832 démontre que Jean-Baptiste Lagimodière cultivait environ 20 acres, alors que la moyenne des terres exploitées par des agriculteurs d’origine canadienne était de 5.9 acres. D’autre part, en 1849, Jean-Baptiste figure parmi les 10 agriculteurs les plus importants à la Rivière-Rouge, cultivant plus de 40 acres. Cette même année, Lagimodière, avec ses fils Laprairie, Joseph et Romain, ainsi que ses trois gendres, dont Amable Nault, Thomas Harrison et Jean-Louis Riel, et enfin Jean-Baptiste Nault, son petit-fils, possédaient ensemble 149 moutons. Ce nombre représente environ 30% de tout l’élevage ovin chez la population catholique dans la colonie.1
  
Jean-Baptiste Lagimodière est décédé le 7 septembre 1855 à Saint-Boniface, à l’âge de 78 ans et est inhumé à la Cathédrale de Saint-Boniface. Marie-Anne lui survit de 20 ans.
 
De nos jours, Jean-Baptiste Lagimodière est reconnu comme un personnage d’importance historique au niveau national. Il existe même un parc patrimonial en commémoration de Jean-Baptiste et de son épouse, Marie-Anne Gaboury. Le Parc Lagimodière-Gaboury est situé à la rencontre de la rivière Seine et de la rivière Rouge à Saint-Boniface, un endroit qui aurait fait partie du lot original reçu du Lord Selkirk. Dans le parc se trouve une plaque qui résume brièvement l’histoire de Lagimodière et de sa famille. Elle explique aussi le rôle qu’ils ont joué pendant les premiers jours de la colonisation de l’Ouest Canadien.
 

1. Dauphinais, Luc. Histoire de Saint-Boniface, Tome 1, À l’ombre des cathédrales, Des origines de la colonie jusqu’en 1870. Société historique de Saint-Boniface, Saint-Boniface, Les Éditions du Blé, 1991. Chapitre 3, L’enracinement : une pierre après l’autre, p.97, Chapitre 4.3, La population de Saint-Boniface, p.157.
 
 

Bibliographie :

Champagne, Antoine. Petite Histoire du Voyageur. La Société Historique de Saint-Boniface, 1971, p. 25-57.
Champagne, Lynne. Lagimonière, Jean-Baptiste. Dictionary of Canadian Biography, 2005.
« Jean-Baptiste de Lagimodière ». Les Cloches de Saint-Boniface, p. 43-47.
Garand, Denis. Nouvelles lumières sur l’aventure de Jean-Baptiste et de Marie-Anne Gaboury. Bulletin de la Société historique de Saint-Boniface, numéro 4, été 1999.
Dorge, Lionel. Le Manitoba, reflets d’un passé. Les éditions du blé, Saint-Boniface, 1976, chapitre 5 : Les nouveaux immigrants, p. 42-47.
Coutu, Hector. Lagimodière and their Decendants 1635 to 1885. p. 7-14.
Dauphinais, Luc. Histoire de Saint-Boniface, Tome 1, À l’ombre des cathédrales, Des origines de la colonie jusqu’en 1870. Société historique de Saint-Boniface, Saint-Boniface, Les Éditions du Blé, 1991.
Jean-Baptiste Lagimodière. Ligne du temps
 
 
Reference: 

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