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La chanson des Bois-Brûlés

Parmi tous les témoignages de l’engagement des Sept-Chênes du 19 juin 1816, c’est sans doute la chanson de Pierre Falcon qui a le plus captivé les chercheurs au cours des années. Souvent appelée l’hymne national des Bois-Brûlés, cette chanson porte divers titres, dont « La chanson des Bois-Brûlés », « La victoire des Bois-Brûlés », « La Bataille des Sept-Chênes », « La chanson de Pierrich' Falcon » et « La Grenouillère ». Selon la tradition orale, elle a été composée le soir même de la confrontation armée, alors que les Métis réunis à leur campement à un endroit connu comme Frog Plain ou « la Grenouillère » fêtaient leur victoire sur les habitants de la colonie de Selkirk. C’est à Pierre Falcon, employé de la Compagnie du Nord-Ouest et beau-frère du chef des Métis Cuthbert Grant que l’on attribue les paroles et l’air de cette ballade.

Pierre Falcon, jeune Métis âgé de 23 ans, a déjà en 1816 une certaine renommée dans la colonie en tant que poète et rimeur, et il fera un jour l’objet de plusieurs études sur le folklore canadien et les premiers chansonniers de l’Ouest. L’une des plus anciennes biographies de Pierre Falcon, rédigée par Joseph Tassé, est publiée en 1878 dans son livre Les Canadiens de l’Ouest. Clairement sympathique à la cause métisse, le récit donne toutefois un bon aperçu de ce « prince des plaines » qui sait mettre en vers ses observations sur les événements importants de son époque.

L’abbé Pierre Picton, chercheur infatigable, poursuit plus tard des recherches généalogiques et historiques sur la famille Falcon, ce qui lui permet de remettre en question d’autres biographies comme celle qui parait dans le Dictionnaire historique des Canadiens et des Métis français de A.-G. Morice. L’abbé Picton réussit également à dresser un tableau généalogique bien documenté des Falcon.

Les paroles et la musique de la chanson devenue si populaire parmi les Métis se perpétuent par tradition orale pendant plus de 150 ans. En 1866, le docteur Hubert Larue la publie dans Le Foyer canadien : recueil littéraire et historique, l’hebdomadaire de langue française le plus populaire dans les régions rurales du Canada. L’auteur prétend avoir recueilli les paroles de la dictée même des voyageurs de l’Ouest canadien. Cette version de la chanson de Falcon est reproduite en 1914 dans Les Cloches de Saint-Boniface.

Au cours du 20e siècle, des chercheurs réussissent à recueillir d’un bout à l’autre du Canada quinze versions des paroles. Les efforts de plusieurs personnes, entre autres le susmentionné l’abbé Picton, l’historienne Margaret Complin, et Martial Allard, qui a rédigé une thèse de maîtrise portant sur Pierre Falcon, viennent cependant confirmer les onze couplets définitifs de la « chanson » telle qu’elle avait paru dans le texte de Larue. Ces paroles donnent un témoignage unique à la première personne des événements du 19 juin 1816.

Dans des années 1930, Margaret Complin communique avec l’abbé Picton dans l’espoir de trouver des pistes qui mèneront à la musique originelle de la chanson de Pierre Falcon. L’abbé Picton fait donc les premières démarches pour interviewer les petits-enfants du chansonnier et toute autre personne ayant des souvenirs de la chanson, et fait la transcription des paroles et de la musique des diverses versions. De légères variations dans la mélodie d’un endroit à l’autre de la province sont sans doute caractéristiques de notre patrimoine oral. Mme Complin publie les fruits de ses recherches en collaboration avec l’abbé Picton dans un article qui paraît dans le Winnipeg Tribune en juillet 1938 et dans une communication à la Société royale du Canada l’année suivante.

Avec la renaissance de l’intérêt à l’époque du voyageur et au patrimoine métis au Manitoba français, la « Chanson des Bois-Brûlés » figure au programme d’une variété de créations scéniques à caractère historique. Cette chanson et quelques autres attribuées à Pierre Falcon font partie intégrale du spectacle folklorique Au pays des Bois-Brulés présenté en 1977 par des étudiants du cours de littérature canadienne-française du Collège universitaire de Saint-Boniface. En 1994, dans le drame historique de Marcien Ferland Le voyageur, le comédien Ronald Valois, incarnant le rôle de Pierre Falcon, fait revivre, avec cette chanson, un des événements notables de l’histoire du début du 19e siècle.

1. Prud’homme, L.-A. « L’engagement des Sept Chênes », Mémoires de la Société royale du Canada, Série III, Tome XII, 1918.
2. Ibid.

Sources inédites :

Archives de la Société historique de Saint-Boniface, Fonds généraux de la SHSB, série sujets – Pierre Falcon, dossiers 1/299 à 1/305.

Sources imprimées :

ALLARD, Martial. « Pierre Falcon, barde des plaines », thèse de maîtrise en arts, Université Laval, 1963.

COUTTS, Robert et Richard STUART, rédacteurs. The Forks and the Battle of Seven Oaks in Manitoba History, Part II: Reflections on the Battle of Seven Oaks, Winnipeg, Manitoba Historical Society, 1994, 93 pages.

DAUPHINAIS, Luc, pour la Société historique de Saint-Boniface. Histoire de Saint-Boniface. Tome I À l’ombre des cathédrales Des origines de la colonie jusqu’en 1870, Saint-Boniface, Les Éditions du Blé, 1991, 335 pages.

DICK, Lyle. « Historical Writing on Seven Oaks; the Assertion of Anglo-Canadian Cultural Dominance in the West », dans Robert Coutts et Richard Stuart, rédacteurs, The Forks and the Battle of Seven Oaks in Manitoba History, Part II : Reflections on the Battle of Seven Oaks, Winnipeg, Manitoba Historical Society, 1994, pages 65-70.

GIRAUD, Marcel. Le Métis canadien, Paris, Université de Paris, Institut d’Ethnologie, « Travaux et Mémoires de l’Institut d’Ethnologie », No XLIV, 1945, 2e édition, Saint-Boniface, Les Éditions du Blé, 1984, 2 vol., 1316 pages.

MacLEOD, Margaret Arnett et W.L. MORTON. Cuthbert Grant of Grantown Warden of the Plains of Red River, Toronto, McClelland and Stewart, 1963, 174 pages.

MacLeod, Margaret Arnett. Songs of Old Manitoba, Toronto, Ryerson Press, 1960, 93 pages.
PRUD’HOMME, L.-A., « L’engagement des sept-chênes », Mémoires de la Société Royale du Canada, XII (décembre,1918 et mars, 1919), 3e série, section I, pages 165-188.

TASSÉ, Joseph. « Pierre Falcon » dans Les Canadiens de l’Ouest, tome second, Montréal, cie d’Imprimerie Canadienne, 1878, pages 339 – 351.

TRÉMAUDAN, Auguste-Henri de. Histoire de la nation métisse, Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1935, 450 pages.


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