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Pour l'annexion aux États-Unis

Un autre groupe existait dans la colonie qui avait des préférences pour l'annexion, mais avec les États-Unis. Conscients du fait que la colonie de l'Assiniboia et la Terre de Rupert faisaient parti de l'Amérique du Nord Britannique, ce groupe est plus discret que le "Canadian Party". Ce groupe est constitué surtout d'entrepreneurs, tel que Norman W. Kittson, qui avait un magasin à Saint-Boniface et un autre à Pembina, au sud de la frontière avec les États-Unis. Son épouse, fille de Narcisse Marion, Canadien de Saint-Boniface, affermissait ses liens avec les Métis, qu'il embauchait pour le transport de marchandises. Les marchands américains voient l'avantage des voies de communications et d'échanges entre la Rivière Rouge et Saint-Paul, Minnesota, et monopolisent la navigation à vapeur sur la rivière Rouge. Ce chemin est plus facile et plus court que celui de la baie d'Hudson, ou que celui reliant la colonie au Canada en passant par les grands lacs, qui ne sera pas terminé avant la confédération. Les courants économiques nord-sud tirent donc en faveur des annexionnistes américains, et la plupart croient que ces liens apporteront la colonie à demander l'annexion au États-Unis.
 
Le groupe américain ne poursuit donc pas le projet d'annexion avec autant de brio que le "parti Canadian". Mais il tentera d'influencer les Métis au sein du gouvernement provisoire, en 1869. Lorsque le gouvernement provisoire est réorganisé, en décembre, W.B. O'Donoghue en est le trésorier. D'ascendance irlandaise, O'Donoghue militera pour l'annexion au  États-Unis, et, après la confédération, sera mêlé à l'attaque Fenian de 1871 sur le Manitoba.
 
Un autre américain, l'avocat Enos Stutsman, jouera aussi un rôle auprès des Métis, comme aviseur politique et en publiant un journal pro-américain. Quand le gouvernement provisoire ferme le Nor'Wester en 1869, le Red River Pioneer, dont seulement un numéro a été publié, paraît le 1er décembre 1869. Il reprend des propos parus en Colombie britannique en faveur de l'annexion au Canada, propos qui s'appliqueraient également à la colonie de la Rivière Rouge: 
"... we are almost entirely dependent on the neighboring portions of the United States for the necessaries of life, which are subject to heavy duties on arrival at this colony." It is evident that the United States is the only Nation to whom we can look for the enterprise, energy, business talent and capital needed to inaugurate such improvements as the welfare of this peple demand, and to furnish the military protection which it is so highly necessary to enjoy.
 
Sans surprise, le journal se montre très critique envers le Nor'Wester et le parti Canadian:
[...] its late conductors, desperate under the difficulties they experienced in creating interest abroad in favor of the Red River Settlement, were compelled to attempt doing so more effectually by representing its people as a prey to political evils of a nature which very properly excites the indignation of free subjects and citizens of all countries. [...] The considered zeal with which the government and the people of Canada have accepted the sentiments of the Nor'-Wester as being those of this people, accounts to a great extent for the present condition of Red River Settlement.
 
L'article se termine en condamnant l'éditeur du Nor'Wester pour avoir même changé des documents officiels du Canada à des fins politiques, et le Pioneer se proclame moins biaisé et plus véridique dans ses reportages. Mais, de la même façon que le Nor'Wester faisait la propagande en Ontario, les reportages de Stutsman envoyés au St Paul Daily Press ne donnaient pas une image véridique des événements à la Rivière Rouge. Que ces reportages soient repris au Canada anglais n'aidait en aucune façon à pacifier la situation.
 
 Quoiqu'il en soit, le seul numéro du Red River Pioneer ne fut pas très populaire dans la colonie, et le prochain hebdomadaire publié localement, The New Nation, qui paraîtra du 7 janvier au 3 septembre 1870, changera rapidement de ton lorsque le parti américain perdra son influence. Selon l'entrée du 7 janvier 1870 du journal d'Alexander Begg , sympathique aux Métis:
Annexation although it might ultimately  benefit the country generally will not be for the good of the present settlers especially the French. The class of settlers that will flow in here from the States will not be of the kind we require--and the Americans as a rule are not the people to care much for the condition and interests of the people now here as long as their go-ahead-ism is not interfered with--Canada although she has committed grave blunders with regard to this country would be the best annexation we could adopt as long as she will repair the error she has committed.3
 
L'influence américaine était-elle une tactique du gouvernement provisoire pour encourager le gouvernement du Canada à négocier? Il est probable que le consul américain et les entrepreneurs de St.Paul qui y voient la "Destinée manifeste" américaine, unissant le Nord-Ouest et l'Alaska nouvellement acquise au territoire américain. Pour leur part, les gens de la colonie Assiniboia, avec les voyages d'échanges et le commerce avec à St. Paul, d'abord en charrette puis en bateaux à vapeur sur la rivière Rouge, ont de forts liens commerciaux avec les États Unis. Beaucoup de Métis ont aussi des liens de parenté avec les Métis de Pembina et de St. Joseph, car le contrôle à la frontière limitant les voyages libres est chose récente. 
 
Les annexionnistes américains accepteront la décision du gouvernement provisoire de se joindre au Canada. Dans une lettre du 12 mars 1870, Joseph Lemay, chef Métis de Pembina, écrit à Mgr Taché: "Les Américains aimeraient beaucoup la Rivière Rouge, mais ils ne feront jamais guerre pour son acquisition. J'en ai l'assurance du Sénateur Ramsay."  Seulement un petit groupe, les Fenians, refusent le choix, mais leur raid improvisé sur le Manitoba, en 1871, sera repoussé fermement par tous les résidents de la Rivière-Rouge.
 

1 Red River Pioneer, 1er décembre 1869, p. 2 (Dans son journal, Alexander Begg y réfère sous le nom de New Nation, qui paraîtra lorsque le gouvernement provisoire ferme les portes du Pioneer.)

2 Ibid.

3  Begg's Red River Journal and Other Papers Relative to the Red River Resistance of 1869-1870, p. 254.
  Lettre de Joseph Lemay à Mgr. Taché, 12 mars 1870, SHSB, CACRSB, Fonds Taché, T7196
 

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