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Pour une colonie de la couronne

Il y a souvent eu des griefs contre le gouvernement de la Compagnie, et plusieurs pétitions sont acheminées vers le gouvernement britannique en faveur de l'établissement d'une colonie de la couronne. Les initiateurs de ces pétitions sont souvent des employés de la Compagnie qui sont désenchantés de leur maigre chance de promotion ou encore des colons originaires de la Grande-Bretagne qui, arrivés à la Rivière Rouge et se trouvant en position d'autorité, sont déçus que la Compagnie y impose des limites.
 
Lorsqu'en 1857 le gouvernement impérial se penche sur la Charte de la Terre de Rupert que détient la Compagnie, il y a deux intervenants de la colonie qui se présentent. Le premier, A.K. Isbister, ancien employé de sang-mêlé, est insatisfait de son manque d'avancement dans la Compagnie. Déménagé en Angleterre, il étudie dans plusieurs universités au Royaume-Uni, et adopte la cause des Métis et des Autochtones. Isbister avait aidé à envoyer une pétition contre le monopole de la traite des fourrures de la Compagnie de la Baie d'Hudson, en 18451. Cette pétition avait environ mille signatures. En 1857, devant le comité britannique, Isbister indique que la Compagnie "is unfavourable to the development of resources of the country, and also to the enlightenment and progress in civilization of the inhabitants"2. Il continue:
«it is an obstruction to the colonising spirit of those settlers who are in the territory; the Company have not made any efforts, at least such efforts as I think they might have made, to provide a market for the settlers that are in it; and they have thrown obstacles, according to the statement of the settlers at least, which is confirmed by official documents in my possession here, in the way of an export trade in tallow and hides from the wild animals in the prairies; they have also interfered in many ways with the efforts of the settlers to get up an export trade with the United States, the only outlet which is open to the Red River Settlement.»3
 
Selon Isbister, le gouvernement du Canada à Toronto pourrait mieux assurer la paix et la sécurité sur la Terre de Rupert que la Compagnie de la Baie d'Hudson à Londres, et pourrait aussi mieux développer les ressources du territoire. Il ajoute : "[...] there would be a greater interest on the part of the Canadians in developing the resources of that country if it formed a portion of Canada than if it formed a separate province."4  Le développement des ressources ferait accroître la population.
 
Le second intervenant est le Révérend Owen Corbett, ministre protestant d'origine anglaise qui avait oeuvré dans la colonie à Headingley de 1852 à 1855, et de 1857 à 1864. Selon lui, la Compagnie lui aurait interdit de commencer une mission à Portage-la-Prairie, car ce site est trop éloigné de la colonie pour pouvoir assurer sa sécurité et son ravitaillement. L'évêque Anglican David Anderson appuie Corbett en indiquant au comité que la Compagnie ne voulait pas augmenter ses dépenses en élargissant les limites de la colonie5. Ajoutant à cet argument, Corbett indique vaguement que la Compagnie nuit au développement social et économique de la colonie.
 
Dans un pamphlet de 1859, l'un des premiers documents imprimés à la Rivière Rouge, Corbett explique pourquoi il préfère la formation d'une colonie de la couronne à l'annexion au Canada.
A few reasons for a Crown Colony.
1. Because, a Crown Colony, would have direct intercourse with the Home Government; whereas, annexation to Canada, would entirely alter the case by placing us altogether in the hands of a subordinate power.
2. Because, a Crown Colony, would probably make the vicinity of Red River the seat of government; but, in annexation to Canada, the seat of government would be situated about 1,000 miles distant from the Red River Settlement.
3. Because, a Crown Colony, would probably raise the Settlement to an honorable position and make it the centre of civil and commercial transactions, and enable it to diffuse its influence over every part of the country; but, annexation, would reduce the Settlement to a mere county, and limit its direct power to a small portion of the territory only.
4. Because, a Crown Colony, would probably make the Settlement the Capital of the country, which would tend to raise the value of the landed property possessed by its inhabitants, an advantage not to be overlooked.
5. Because, in a Crown Colony, the Governor, Judge, and Council, would be on the spot and their official proceedings brought within the observation of all; but, in annexation, the Representative would be removed about 1,000 miles from the Settlement to perform the duties of his office.
6. Because, the Home Government is liberal in the [mot illisible] of Crown Colonies and often bears the expenses of Governors, of Judges and other officers; as is said to be the case in Newfoundland, New Brunswick, British Columbia &c. And even to the Falkland Islands, for a population of twenty seven families, the Home Government has lately sent out a Judge, and pays his salary of L800 per annum; but, in annexation, each Representative must be paid six dollars per day, besides the salaries of twelve county officials and other subordinates, and the general taxation of Canada.
7. Because, in a Crown Colony, with a Council on the spot, chosen by the people themselves, there would be the surest safeguard against any chartered bodies with exclusive privileges, and the best security against any untoward influence in Canada or England; and, because, an able witness writes from London that annexation -- "CANNOT BE CARRIED OUT."
8. Because, whatever advantages Canada enjoys, apart from her natural position, she derives these from her connexion with England as a Crown Colony; and therefore we pray for Rupert's Land to be made a Crown Colony.6
 
Un conseil choisi par le peuple lui-même: telle est la principale revendication adoptée par Corbett, Isbister, et les autres voix qui s'élèvent contre le gouvernement de la Compagnie. Même George Gladman, ancien employé de la Compagnie et nommé pour organiser l'expédition Dawson-Hind, indique au gouvernement canadien que 
«Je ne crois pas me tromper, et je pense exprimer le sentiment des habitants de la Rivière Rouge, en disant que leur plus grand désir est d'avoir une voix dans leur propre gouvernement, et d'être libres de faire leur commerce sur les meilleurs marchés qui peuvent être à leur portée.»7
 
Deux options se présentent pour les habitants de la colonie, deux options qui mènent vers un gouvernement responsable. Il faut remarquer que les opposants au régime de la Compagnie sont anglais et associés à la Grande-Bretagne par l'éducation, par la culture ou par la naissance. Ils cherchent les libertés offertes par le système parlementaire britannique à sa population. Les pétitions envoyées au gouvernement impérial, en 1857, en 1860 et en 1862, resteront sans réponse. Le gouvernement britannique n'est pas intéressé à gouverner la petite colonie éloignée: son importance ne mériterait pas les dépenses encourues. Voilà pourquoi Londres ne répond pas: il préfère que le Canada s'en occupe.
 

  2 Report of the Select Committee on the Hudson's Bay Company, p. 121.
  3 Ibid.
  4 Ibid., p. 132
  5 Ibid., p. 247
  6 Braden, Bruce (1974) Early printing in the Red River Settlement, 1859-1870, and its effect on the Riel Rebellion, Winnipeg, Peguis Publishers, s.p.  
  7 Lettre de George Gladman au Président du conseil, Toronto, 26 mars, 1858, dans Hind, Henry Youle (1858) Rapport sur l'exploration de la contrée situé entre le Lac Supérieur et les Etablissements de la Riviere Rouge (traduction) Toronto, John Lovell, imprimeur, p. 160
 

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