Logo SHSB

Catherine Mulaire - Quatrième partie : décès (1922) et Conclusion

Décès de Mme Veuve Catherine Mulaire

Catherine Mulaire, née Lacerte, décéda chez sa fille Emma à Saint-Jean-Baptiste le 23 avril 1922 à l’âge de 78 ans, six mois et quelques jours. Une pneumonie l’avait terrassée en peu de temps (Note 66). On notera que son époux était décédé le 25 avril 1871 … d’une pneumonie. Destin?

L’hebdomadaire manitobain La Liberté rapporta le décès de « Mme Veuve Catherine Mulaire » le 8 mai 1922. On souligna qu’elle avait passé l’hiver en « si bonne santé », mais qu’un refroidissement subit lui avait causé une inflammation des poumons. Au cours des dernières années, « elle s’était intéressée à ses enfants, a été zélatrice des orphelins de la Maison St-Joseph d’Otterburne et des Orphelins de Boston; et fut membre et bienfaitrice d’œuvres de charité. »

Son petit-fils Rosaire (fils d’Honoré) conduisit le deuil. Dans l’assistance, on signala, entre autres, M. et Mme Joseph Théroux et Mme Homer Théroux, des descendants de la famille d’Henriette Théroux, épouse de l’aïeul Joseph Muler/Mulère (Note 67).


CONCLUSION

L’aspect le plus surprenant de Catherine Mulaire, née Lacerte, est qu’elle ne fit rien de grandiose sinon relever les multiples défis que la vie avait mis sur son chemin. Elle le fit, cependant, avec détermination et un sens de l’autonomie peu commun à son époque. Comment expliquer autrement qu’elle ne se soit pas remariée après le décès de son mari? L’enseignement lui permit de poursuivre sa voie, même si peu richement, mais avec la satisfaction d’accomplir une mission. Ce faisant, sa vie traversa les époques charnières de l’histoire de l’Ouest canadien, faisant d’elle un inlassable témoin. Partout, elle laissa des traces de son parcours, jusque dans les biographies de personnes importantes. Son zèle en fit une éducatrice parmi les premières à avoir exercé en tant que femme laïque chez les Métis et les Canadiens français de l’Ouest canadien. À sa manière, elle devint un personnage historique.

Enseignante pionnière?

Catherine Mulaire, née Lacerte, fut-elle une enseignante pionnière? En fait, pas vraiment, même si elle figure au palmarès des toutes premières.

Angélique et Marguerite Nolin avaient fondé une école de filles à Saint-Boniface en 1829, école qu’elles ont tenue jusqu’en 1834, puis à Baie-Saint-Paul de 1834 à 1841. Les tisserandes Ursule Grenier et Marguerite Lapalice ouvrirent une école technique à Saint-Boniface en 1838, fermée en 1841 (Boyd 59, Dorge 53, Reardon 54, 67). Puis les Sœurs Grises se chargèrent de l’enseignement dans leur couvent à partir de 1844 (Boyd 48-52). Enfin, n’oublions pas Juliette Lefebvre, d’abord postulante chez ces dernières, ensuite enseignante à Prairie du Cheval Blanc (Saint-François-Xavier) en 1849 (Boyd 86), puis à Pembina (Reardon 114) où elle compta Catherine Lacerte parmi ses élèves. Lefebvre enseigna ensuite au sein de la congrégation des Sœurs de la Propagation de la Foi.

Une place spéciale revient, toutefois, à Charlotte de Rocheblave, une Métisse née au Fort Mackinac dans l’actuel État du Michigan. En effet, cette dernière enseigna les langues autochtones aux missionnaires partant pour le Nord-Ouest, à Oka, au nord de Montréal, à partir des années 1820. L’un des missionnaires se nommait Georges-Antoine Belcourt (Chaput 1977).

Métisse ou Canadienne?

Catherine Mulaire revendiquait-elle une identité métisse ou canadienne (dans le sens de canadienne-française)? Voilà une question que nous pouvons nous poser. D’une part, elle a revendiqué un Certificat des Métis (Métis Land Scrip) selon les modalités prescrites par le gouvernement canadien, et elle n’a sans doute jamais renié ses parents ni ses origines autochtones. Tout de même, ne fut-elle pas essentiellement de culture « canadienne » de par son éducation obtenue dans un des meilleurs couvents du Canada, puis par son adhésion inconditionnelle à la religion catholique, par son mariage avec un Canadien; par son désir d’établir immédiatement des liens avec la famille de son mari; par les mariages de deux de ses trois enfants, Emma et Joseph-Hilaire à des Canadiens, alors que son fils Honoré épousa une Métisse, toutefois canadianisée. Enfin, sa descendance, y compris celle d’Honoré, a été élevée strictement de façon à répondre aux attentes de la société canadienne-française (Note 68).

Reconnaissons que s’intégrer à la société canadienne-française, à sa religion, à ses valeurs, était une marque d’ascension sociale (voir Boyd 8s.). L’intégration se faisait d’autant plus attirante que la foi catholique ouvrait la voie au paradis, ce à quoi les infidèles ne pouvaient aspirer.

Cela créa, en fait, une « great divide » entre les populations issues de la nation métisse. Les Métis éduqués à la canadienne épousaient des Canadiens. Les autres épousaient des Métis. Les uns accédaient à la société canadienne, les autres restaient métis, avec tous les ennuis afférents. La valorisation de la nation métisse ne surviendra que beaucoup plus tard. C'est ainsi que Catherine Mulaire, née Lacerte, prend aujourd'hui toute la place qui lui est due.


Notes

66. SHSB, dossiers généalogiques; Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M., 16 juin 1978.

67. Par cousinage récent entre les familles, les Théroux de Saint-Pierre étaient apparentés aux Mulaire des États-Unis, eux-mêmes comptant parmi la progéniture des frère et sœur de Joseph Miller/Mulaire, l’époux de Catherine. Voir Sr M.-Sévérine, s.n.j.m., lettre à B.M, 4 août 1977.

68. Boyd 8-14 aborde le sujet des identités métisse et canadienne-française de Catherine Mulaire. 


Share/Bookmark

Centre du patrimoine, 340, boulevard Provencher, Saint-Boniface, (Manitoba) R2H 0G7 - T(204) 233-4888 ©2010 - Société historique de Saint-Boniface
Here is the photo of the Centre du patrimoine on Google Maps