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Notre-Dame-des-Prairies

La fondation du monastère Notre-Dame-des-Prairies remonte à la fin du 19e siècle. Cet établissement est le résultat des efforts de l’abbé Joseph-Noël Ritchot, curé de Saint-Norbert, qui désire fonder dans sa paroisse un monastère de Cisterciens Réformés, aussi connus sous le nom « Trappistes ». L’archevêque de Saint-Boniface, Mgr Alexandre-Antonin Taché, l’appuie et les deux partagent leur idée avec l’abbé des Trappistes de Bellefontaine, France, Dom Jean-Marie Chouteau en 1890, lors d’un voyage à Oka, Québec où Dom Jean-Marie est en visite chez les moines du monastère Notre-Dame-du-Lac.

Lors de leurs discussions, Taché et Ritchot apprennent que le monastère français de Bellefontaine ne possède pas les ressources nécessaires à une telle entreprise. Mais l’abbé de Bellefontaine promet de collaborer de son mieux. Les négociations continuent par correspondance et la fondation du monastère trappiste à Saint-Norbert devient réalité en 1892. La charge des premiers travaux est confiée au frère Antoine, un frère convers. Il engage des ouvriers et entreprend la construction du monastère et le défrichement des terres. Il achète des animaux, des matériaux et de l’équipement agricole.

Le frère Antoine est hébergé dans le presbytère de Ritchot pendant les travaux. Dès le mois de septembre, les pères Paul et Cléophas ainsi que les frères Alphonse et Urbain se joignent à lui. Le mois suivant, Mgr Taché bénit le monastère et les moines aménagent définitivement dans leur nouvelle demeure le 7 novembre 1892. Le père Paul prend la direction du monastère en attendant l’arrivée de leur supérieur, le père Louis. Ce dernier et un frère convers, Jean-Baptiste, arrivent à Saint-Norbert le 27 mars 1893.

En 1897, le député du comté de Provencher, Alphonse-Alfred-Clément La Rivière, demande au parlement fédéral de passer un acte d’incorporation civile au nom des Trappistes. Deux ans plus tard, Mgr Louis-Philippe-Adélard Langevin, devenu archevêque de Saint-Boniface, approuve et ratifie solennellement un acte qui concède aux Trappistes la propriété qui leur avait été promise en 1892. Les premières années s’avèrent difficiles, cependant plusieurs édifices remplacent les abris temporaires. On y trouve, entre autre, une beurrerie et un hangar à grain en 1894. Il y a une diversité de produits à vendre comme le fromage et le miel. L’étendue de l’exploitation agricole augmente avec l’obtention d’autres sections de lots avoisinants.

L’abbé de Bellefontaine visite le monastère en 1901 et après avoir vu toutes ces améliorations il décide d’ériger la fondation en prieuré. Il ne cède pas cependant son autorité administrative et l’élection d’un prieur titulaire est remise à une date ultérieure. On applique aussi la règle de la clôture papale au nouveau prieuré et la propriété est entièrement entourée d’une clôture et d’une grille en fer forgé à l’entrée.

En 1902, avec la diversification des activités agricoles et le nombre croissant de moines (presque une trentaine), le père Louis demande au chapitre général de son ordre la permission de construire une église conventuelle. Le Chapitre approuve le plan et les travaux commencent l’année suivante. Mais, faute d’argent, l’église ne peut être complètement terminée que plusieurs années plus tard. Pour la bénédiction de l’église le 6 juillet 1904, quelques wagons d’un train du Canadian National Railway (CNR) sont loués pour amener de Saint-Boniface, de Winnipeg et des paroisses environnantes, les prêtres et les religieux qui désirent participer à la célébration. En 1905, les Trappistes commencent la construction de l’aile du monastère. Sur une des pierres du monastère on y lit la date de 1917.

Selon les plans, les moines dorment au grenier dans leurs petites cellules austères, trouées de lucarnes étroites. Au rez-de-chaussée et à l’étage, on trouve le chapitre, le cloître, les chapelles, la bibliothèque, la sacristie et la salle de réception. La cuisine, le réfectoire et le garde-manger se trouvent au sous-sol.

Les Trappistes transforment l’ancien monastère de bois en hôtellerie. Entre autres, l’hôtellerie devient une place populaire pour les groupes de retraite. Malheureusement elle est détruite par le feu en 1912. Fidèles à l’ancienne tradition monastique d’hospitalité, les Trappistes la remplacent par une nouvelle hôtellerie.

Une nouvelle ère débute en 1907 alors que le père Louis, qui désire être relevé de ses fonctions de supérieur tout en demeurant au monastère, est remplacé par le père Jean-Baptiste. Mais la stabilité est compromise lorsque la Première Guerre mondiale éclate et plusieurs moines quittent le monastère.

La vie matérielle des moines change continuellement pendant les années 1920 et 1930. Parfois les conditions s’améliorent, d’autres fois certains projets sont mis en veilleuse et encore d’autres s’avèrent désastreux. L’administration du monastère change encore une fois en 1931 lorsqu’il passe sous l’autorité immédiate du monastère Notre-Dame-du-Lac, d'Oka, Québec.

Les années 1940 et 1950 sont témoins d’autres changements administratifs. La consécration solennelle de l’église par monseigneur Georges Cabana a lieu le 20 août 1947. Quelques années plus tard, en dépit de divers problèmes de recrutement, de difficultés financières et autres, le chapitre général de l’ordre décide d’élever le prieuré au rang d’abbaye. Les membres de la communauté élisent Dom Fulgence Fortier comme premier abbé. Il reçoit la bénédiction abbatiale le 13 novembre 1955. À la fin de 1968, souhaitant prendre sa retraite après treize années de service, Dom Fulgence cède sa place à Dom Marcel Carbotte, premier abbé originaire de l’Ouest canadien.

L’histoire des Trappistes de Notre-Dame-des-Prairies évolue de façon radicale dans les années 1970. L’empiètement de la ville de Winnipeg perturbe la vie solitaire et contemplative des moines trappistes. On décide donc de déménager dans la région de Holland, Manitoba. Le déménagement a lieu entre 1975 et 1978. Les paroissiens de Saint-Norbert forment un comité spécial pour la préparation d’une fête en leur honneur et l’hommage a lieu le 18 septembre 1977 avec une messe et un café-rencontre.

Les Trappistes quittent définitivement Saint-Norbert au printemps de 1978. Il ne reste plus que l’église, le monastère et l’hôtellerie qui sont achetés par la corporation Genstar. Le 7 novembre 1983, l’église et l’aile monastique sont la proie des flammes. Un projet commun de la Province de Manitoba, de la Ville de Winnipeg et du conseil d’administration de l’Accord Canada-Manitoba sur la Récréation et la Conservation dans le Couloir de la Rouge (ARC) consolide et protège les ruines. À l’été de 1987, le site du premier monastère de l’Ouest canadien est déclaré parc provincial du patrimoine. En 1991, on transforme l’hôtellerie en centre des arts.

DIRECTION DU PATRIMOINE. Notre-Dame des Prairies, [Winnipeg], Manitoba, Direction du patrimoine, 1982.

DIRECTION DU PATRIMOIE, Notre-Dame des Prairies, [Winnipeg], Manitoba Culture, Heritage and Recreation, Historic Resources, c1988.

[NICOL, François, père]. Une Trappe dans un pays de missions : cinquante années de vie contemplative, [Saint-Norbert, Manitoba : s.n., 1943].

PRUD’HOMME, Louis-Arthur. Monseigneur Noël-Joseph Ritchot : vicaire général, protonotaire apostaolique, curé de la paroisse de Saint-Norbert, 1825-1905, Winnipeg, Canadian Publishers, 1928.


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