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Événements extérieurs à la colonie 1857-1869

En 1857, des événements extérieurs indiquent que l'avenir de la colonie sous le gouvernement de la compagnie de la Hudson Bay tire à sa fin. En 1857, le parlement impérial de Londres nomme un comité pour revoir la charte de la compagnie de la Hudson Bay, qui doit arriver à échéance en 1859. Le gouvernement du Canada y présente une requête de définir la frontière entre le Haut-Canada et l'Assiniboia, demande voilée qui pointe vers l'annexion. La Compagnie de la Baie d'Hudson se dit prête à céder ses droits en Rupertsland, moyennant une donation de un million de livres, mais indiquant que les coûts de gouvernance seraient trop élevés pour le Canada. Le rapport du comité, présenté le 31 juillet 1857, ne touche pas à la validité de la Charte de la compagnie de la Baie d'Hudson, tout en suggérant que le parlement britannique devrait se pencher sur la question de céder la colonie de la Rivière-Rouge au Canada.
 
Cet exercice éveille l'intérêt public, tant à Londres qu'au Canada. L'expédition Palliser est envoyée par Londres pour explorer la Terre de Rupert. Le gouvernement du Canada, à sa suite, organisa l'expedition Dawson-Hind pour voir à la possibilité d'établir une route du lac Supérieur jusqu'à la rivière Rouge, ainsi que d'explorer les contrées avoisinant les rivières Assiniboine et Saskatchewan. Les rapports de ces expéditions présentent un climat plus favorable et des terres plus fertiles que les informateurs de la HBC les avaient révélés jusqu'alors. Une propagande en faveur de l'émigration se développe.
 
Déjà depuis quelques années, la province de l'Ontario, alors nommée Haut-Canada, avait vu ses dernières bonnes terres agricoles colonisées. Les regards se portaient donc plus à l'Ouest, où la grande étendue de terres et la faible population semblaient inviter l'émigration. Quelques nouveaux arrivants du Haut-Canada, venus en éclaireurs pour se donner une position avantageuse dans un territoire favorable à une grande émigration, appuient l'option d'annexion au Canada. Malgré leur petit nombre, le dynamisme de ce groupe fait retentir sa présence, et son journal instruit à la fois la colonie de Rivière-Rouge et établit un lien avec les Canadians de souche anglaise qui cherchent à trouver d'autres terres arables et d'étendre leur dominion. Ce premier journal de la colonie, le Nor'Wester, reflète le point de vue de ceux qui seront rapidement désignés le "Canadian Party". 
 
En 1857 déjà, les possessions de la Compagnie sur la côte du Pacifique, c'est à dire l'île de Vancouver, devient une colonie de la couronne. Celle-ci s'étendit sur le continent en 1858, à l'époque de la ruée vers l'or sur le fleuve Fraser. Certains groupes dans la colonie de la Rivière-Rouge voient leur avenir collectif dans ce modèle. Ils y espèrent un avenir libre de la Compagnie de la Baie d'Hudson, sous  un gouvernement responsable élu par le peuple, selon le modèle britannique.
 
En 1867, les États-Unis d'Amérique, dont la guerre civile déchirante vient de se terminer, achètent  le territoire de l'Alaska à la Russie. La Terre de Rupert, en plus d'être un pont est-ouest entre le Canada et la Colombie britannique, devient aussi un pont nord-sud entre les États-Unis et l'Alaska. Certains éléments américains de St. Paul au Minnesota, fiers de leur "Manifest Destiny", sont prêts à annexer ce territoire. Depuis la famine à la Rivière-Rouge en 1819, des liens de commerce et de communications se sont tissés entre St. Paul et la Rivière-Rouge. La présence de marchands américains à Saint-Boniface renforcit les liens commerciaux et politiques en faveur d'annexion aux États-Unis. La mobilité des Métis entre Saint-Boniface et Pembina, semble accentuer cette option.
 
Ce n'est qu'après la fin de la guerre civile américaine que le projet de confédération des colonies britanniques prend de l'ampleur. L'article 146 de la Loi de 1867 sur l'Amérique du Nord britannique, 1867, 30-31 Vict., c. 3 (R.U.)) prévoit l'inclusion de la Colombie britannique et du Territoire de Rupertsland dans le nouveau pays. Des négociations lentes entre le Canada et la Hudson's Bay Company s'étireront jusqu'en 1869. La compagnie, poussée d'une part par les gouvernements impérial et canadien qui veulent empêcher que la Terre de Rupert passe aux États-Unis, et d'autre part réalisant que les coûts associés à la gouvernance de ce vaste territoire seraient trop élevés pour une compagnie privée, accepte d'échanger ses droits contre la somme de 300,000 livres. Par la  Loi de 1868 sur la terre de Rupert (31-32 Vict., ch. 105 (R.-U.)), la compagnie cède les terres à la couronne anglaise, qui les cèdent au gouvernement canadien le 19 novembre 1869. Par sa Loi concernant le gouvernement provisoire de la terre de Rupert et du Territoire du Nord-Ouest après leur adhésion à l'Union, (1869, 32-33 Vict., ch. 3 (Canada)), promulgué le 22 juin 1869, le gouvernement canadien indiquait qu'il prendrait possession du territoire et qu'un gouverneur avec un conseil nommé, sous l'autorité du gouvernement canadien, le gouvernerait.
 
Pendant toute la période des négociations, aucune consultation ou communication se fait avec les habitants de la colonie de la Rivière-Rouge. Pour sa part, le gouvernement impérial, qui n'a jamais gouverné la Terre de Rupert directement, ne se voit pas comme facilitateur de l'échange. La Compagnie de la Baie d'Hudson, qui cède ses droits, laisse au gouvernement canadien l'option de communiquer avec les gens de la colonie. Mais ce dernier, le gouvernement de John A. MacDonald, a une idée bien définie de ses attentes quant au territoire, et ne communique pas puisqu'il ne les gouverne pas encore.
 
L'absence d'informations au sujet de l'annexion au Canada, plus que n'importe quel autre facteur, amplifie les remous dans la colonie. Depuis ces débuts, il y a plusieurs courants d'opinion qui circulent, d'abords pour ou contre la Compagnie de la Baie d'Hudson et son gouvernement, puis pour ou contre l'annexion au Canada, l'annexion aux États-Unis et la formation d'une colonie de la couronne. Les différentes opinions des habitants à la Rivière-Rouge les opposent, entre eux à l'intérieur de la colonie, et au gouvernement canadien et au gouverneur nouvellement nommé, William MacDougall.

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