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Saint-Daniel

La rivière Boyne, qui traverse une partie de la plaine du sud-ouest manitobain, portait autrefois le nom pittoresque de « rivière aux Ilets-de-Bois ». C’est également le nom que l’on a donné à ce coin de pays, au pied de la montagne Pembina, où un grand nombre de Métis viennent s’établir au milieu du 19e siècle.

La tradition maintient que peu après la fondation, vers 1824, d’une colonie métisse à la Prairie-du-Cheval-Blanc (aujourd’hui Saint-François-Xavier), certains Métis de la rivière Assiniboine, à la recherche de terres, se dirigent vers le sud. Ils découvrent la région boisée qui s’étend à l’est du « grand marécage » jusqu’à la rive nord de la rivière aux Ilets-de-Bois.

La région des Ilets-de-Bois est aussi bordée, au sud, par une piste de chasseurs de bisons. Les chasseurs s’y arrêtent souvent, car le bois des chênes gigantesques qui se trouvent en abondance dans la région est utilisé pour la réparation des charrettes. Certaines familles viennent vraisemblablement chaque printemps entailler les érables pour y extraire le sucre.

Des missionnaires itinérants se rendent à la colonie métisse d’Ilets-de-Bois dans les années 1830. On peut documenter l’existence d’une école dès 1866 et c’est dans cette bâtisse, ou dans la maison d’un des habitants, que les missionnaires célèbrent la messe à l’occasion. La petite mission est placée sous le vocable de saint Daniel vers 1869, lorsque l’abbé François-Xavier Kavanagh, curé de Saint-François-Xavier, commence à s’y rendre une fois par mois. Il encourage les habitants du district à bâtir une chapelle sur le même emplacement que l’école. Cette première chapelle, construite de bois local, est un simple petit bâtiment en billots, meublé de seulement deux chaises.

L’arrivée de colons blancs dans les environs de la rivière aux Ilets-de-Bois après 1870 perturbe la communauté métisse. Certaines terres que les Métis avaient occupées sans titre de propriété, et qui sont désignées « réserves », sont données en concession à de nouveaux immigrants de l’Ontario. Ces gens renomment la rivière aux Ilets-de-Bois la Boyne, en souvenir d’une rivière en Irlande. L’empiètement progressif de cette population incite les gens de Saint-Daniel à déplacer l’école et l’église plus au nord, où un homme entreprenant, Joseph Aymond, ouvre un magasin à la fin du 19e siècle. Il y tiendra également un bureau de postes dès 1904.

Le premier prêtre résident de Saint-Daniel, l’abbé Régis Gimbert, arrive en 1899. L’église qu’on avait déménagée est agrandie, et les paroissiens érigent un presbytère. Quelques années plus tard, le père Joseph Radaz c.r.i.c., troisième curé, procure pour l’église de Saint-Daniel une cloche (750 livres / 340 kilogrammes) qui se trouve aujourd’hui au musée de Carman.

Au début du siècle, la population de la paroisse augmente considérablement pour atteindre 80 familles. En 1902, la première école de Saint-Daniel est remplacée par une école en planches. À cette époque c’est une école bilingue, mais après 1910, seul l’anglais est utilisé comme langue d’enseignement, une indication des changements démographiques qui s’opèrent dans la région. La bâtisse, réparée et peinturée au besoin, servira d’école pendant 50 ans.

En 1903, le père Radaz fait déjà des démarches pour la construction d’une nouvelle église. Sept ans plus tard, une nouvelle structure remplace la première église en rondins. Avec l’exode des Métis face à l’arrivée de plus en plus de familles anglophones, la langue utilisée tant à l’église qu’à l’école, est l’anglais.

Durant les prochaines années, le nombre de familles diminue beaucoup. Le curé de Saint-Daniel, qui avait eu la charge de la nouvelle mission de Haywood plus au nord, prend maintenant résidence à Haywood, avec Saint-Daniel comme desserte.

Malgré le petit nombre de familles dans le district après 1910, l’esprit communautaire est fort. L’école demeure le centre des activités, non seulement celles des étudiants, mais également celles du St. Daniel Community Club qui organise des danses avec orchestre, des parties de cartes, des soirées pour des fiancés, des soirées d’adieu pour les familles qui quittent le district, des concerts de Noël et bien d’autres encore. En 1952, une nouvelle école, située au sud de l’ancienne, ouvre ses portes et continue à servir de centre communautaire pour des groupes tels que le club 4H et un club de danses carrées.

Comme plusieurs petites collectivités rurales au Manitoba, Saint-Daniel doit fermer son école en 1966 suite à la consolidation des écoles. La paroisse de facto de Saint-Daniel, qui existe depuis plus de cent ans, est aussi vouée à disparaître. La dernière messe est célébrée dans l’église en 1983, et le bâtiment, abandonné et endommagé par le temps et les éléments, est démoli en 1995. Grâce à la prévoyance d’un groupe de paroissiens de l’église catholique de Carman qui s’intéressent à Saint-Daniel, le clocher est épargné pour abriter la cloche, et l’ensemble forme un témoignage tangible de la paroisse d’autrefois.

Ce même groupe de résidents de Saint-Daniel et d’autre gens de Carman prennent l’initiative de nettoyer l’ancien cimetière, situé à trois milles (5 km) à l’ouest de la deuxième église, là où se trouvait la première chapelle. En juin 2002, a lieu dans ce cimetière le dévoilement d’une plaque commémorant les origines métisses de la petite communauté d’Ilets-de-Bois - Saint-Daniel. On trouve sur cette plaque les noms des premières familles métisses établies dans la région, dont les membres reposent dans le cimetière.

Aujourd’hui, Saint-Daniel n’existe sur aucune carte, mais la communauté est très vivante, et fière de ses origines. Nous reproduisons ici une brochure rédigée par Antoine Gaborieau, éducateur et auteur de l’histoire de Notre-Dame-de-Lourdes, qui trace l’évolution de la colonie métisse d’Ilets-de-Bois, devenue Saint-Daniel, et résume les démarches entreprises pour reconnaître le patrimoine de cet endroit au cours des années 1990.
 

CARMAN CENTENNIAL BOOK COMMITTEE. Up to now A story of Dufferin and Carman, Altona, D.W. Friesen & Sons, 1967, 249 p.

DUPASQUIER, Maurice. « Dom Paul Benoit et le nouveau monde, 1850-1915 », thèse présentée à l’école des gradués de l’Université Laval pour l’obtention du doctorat ès lettres, le 20 août 1970, 430 p.

GABORIEAU, Antoine. Islets-de-Bois (Saint-Daniel), juin 2002.

[ST. DANIEL HISTORY BOOK COMMITTEE] St. Daniel 1992, 103 p. et documents annexes.


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