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Notice biographique

 
Josephte Lagimodière dite La Cyprès (Nault) – Josephte « La Cyprès » est née en juillet 1809 dans la région de la montagne Cyprès (Cypress Hills en Saskatchewan). Josephte est la deuxième fille et troisième enfant de Jean-Baptiste Lagimodière et de Marie-Anne Gaboury. Comme son frère Jean-Baptiste LaPrairie, Josephte portera un surnom tout au long de sa vie, celui de « La Cyprès », en souvenir du lieu de sa naissance. 
 
Josephte passe sa jeune enfance à traverser les plaines de l’Ouest canadien avec ses parents, sa sœur Reine et son frère LaPrairie. En 1810, la famille Lagimodière hiverne à Fort des Prairie où Jean-Baptiste chasse le castor dans les environs. L’été 1811, Josephte et sa famille sont de retour à la Rivière-Rouge et passent l’hiver de 1811-1812 au poste de Pembina où en décembre naît son deuxième frère, Benjamin. L’année suivante, Jean-Baptiste installe sa famille plus haut sur la rivière Assiniboine à une douzaine de milles de la Fourche (près de Saint-Charles aujourd’hui) où ils attendent l’arrivée des colons Selkirk. Pendant les années de l’expédition de son père à Montréal en 1815-1816, Josephte habite le fort Douglas, hébergée chez le Chef Peguis après la bataille de la Grenouillère, et emménage avec sa mère et ses frères et sœurs, une petite cabane tout près de la rivière Rouge en face de la présente cathédrale. Ce n’est qu’à son retour vers la fin de 1816 que son père Jean-Baptiste construit un logement permanent pour sa famille sur le lot que lui octroie le Lord Selkirk pour son dévouement à l’égard de la colonie. Le lot de la famille Lagimodière se trouve à Saint-Boniface, près de l’embouchure de la rivière Seine et de la rivière Rouge.
 
En juillet 1818, le mois de son 9e anniversaire, Josephte figure parmi les nombreux enfants baptisés par l’abbé Provencher nouvellement arrivé à la colonie de la Rivière-Rouge. Sa mère lui sert de marraine.
 
Quelques semaines après l’arrivée des missionnaires catholiques à la colonie, un groupe de 15 à 20 familles originaires du Bas Canada arrivent à leur tour tenter leur chance dans l’Ouest canadien. Parmi ces nouveaux colons se trouvent Angélique Larance, une veuve de 49 ans, ainsi que ses deux filles. Ces trois femmes vaillantes entreprennent le périlleux voyage entre Montréal et la Rivière-Rouge seules, sans aucun membre de leur famille.  Du jamais vu pour l’époque! La mission d’Angélique, autre que de défricher la terre et réclamer sa propre terre, est de sonder le terrain pour ses fils encore au Bas Canada. Sa réaction a dû être favorable puisque l’année suivante, en 1819, ses trois fils, Jean-Baptiste, Charles et Bazile, accompagnés par leur cousin germain, Amable Nault, entreprennent le même voyage. Amable est charpentier de profession et dès son arrivée il se met à l’œuvre à construire plusieurs bâtiments pour la nouvelle mission catholique. 
 
C’est vers 1824, que Josephte Lagimodière épouse Amable Nault (fils de Jean-Baptiste Nault et de Marie-Josephte Larance (Laurence), originaire de Berthier, Bas Canada). Entre 1827 et 1854, Josephte et Amable ont dix enfants dont sept garçons et trois filles. Le 27 février 1827, le couple accueille Jean-Baptiste, leur premier enfant, suivi d’André (Nanin), le 21 avril 1830; Benjamin, le 24 juin 1832; Boniface, né le 27 septembre 1834, Arsinoé, la première des trois filles, née le 4 janvier 1837, Romain, le 17 octobre 1838; Charles, né en février 1840; Angélique, le 15 février 1849, Mélanie, née le 15 mars 1850 et le dernier des enfants Nault, Alfred, qui fait son apparition le 31 janvier 1854. Ce qui est remarquable pour l’époque c’est que tous ces enfants vivent jusqu’à l’âge adulte.
 
Amable Nault adopte rapidement les coutumes du pays, il s’intègre à la population métisse et participe à la chasse aux bisons où il est fier de partager sa prouesse avec ses garçons.
 
Les recensements de la colonie de la Rivière-Rouge entre 1827 et 1843, démontrent qu’Amable, en plus d’être un charpentier et chasseur accompli, est également un agriculteur à la mesure de sa belle-famille Lagimodière.  Les premières années, 1827-1828, Amable et Josephte partagent la terre des Lagimodière. Ils sont propriétaires d’une maison, d’une étable et d’une grange, de quelques animaux domestiques, un cheval, une vache et un veau, une charrette, un canoé et trois acres en culture sans avoir pour autant d’outils agricoles. Un bon début! Seize ans plus tard, en 1843, le recensement indique que l’entreprise agricole de Josephte et d’Amable est certes profitable. Ils possèdent une maison, deux granges, une étable, plusieurs animaux domestiques tels que deux chevaux, sept juments, dix bœufs, une dizaine de veaux, six porcs et une vingtaine de moutons. Amable utilise une charrue et deux herses pour labourer leurs sept acres de terrain cultivé. Amable détient également quatre charrettes, ce qui laisse croire qu’il s’implique dans la chasse aux bisons et le transport de marchandises.
 
Entre 1846-51, c’est un projet d’envergure qui attire l’attention d’Amable, celui de la construction du couvent des Sœurs Grises à Saint-Boniface. Considéré parmi les meilleurs ouvriers de la colonie, Amable est rapidement embauché. Le couvent, une construction à deux étages entièrement en billots, est une énorme entreprise pour l’époque. [Aujourd’hui le Musée de Saint-Boniface, l’ancien couvent des Sœurs Grises, porte la distinction d’être le plus grand bâtiment en charpente de solives en chêne de l’Amérique du Nord!]. Malgré son habileté, Amable et le contremaître sont sérieusement blessés lors de l’effondrement d’un échafaudage. Leur convalescence retarde le projet de quelques mois, mais voilà que le 30 décembre 1847 neuf religieuses et deux domestiques emménagent dans quatre pièces rendues habitables. Ce n’est qu’en 1851 que le bâtiment est terminé. 
 
C’est probablement aux débuts des années 1860 que Josephte et Amable et leur famille impressionnante de six fils qui souhaitent s’établir à leur propre compte, quittent Saint-Boniface et prennent possession de plusieurs lots de rivière à Saint-Vital. C’est un endroit propice, puisqu’en 1862 on y trouve sur le lot 48, une chapelle et une école sous la tutelle des Sœurs Grises.  Josephte et Amable occupent le lot 47, un lot de rivière qui comprend 237 acres situé sur le côté est de la rivière Rouge à Saint-Vital. À l’automne de 1864, Julie Riel, petite sœur de Josephte, vient habiter le lot 51 avec huit de ses enfants, suite au décès de son mari, Louis Riel père, en janvier de la même année. Mais, le 4 février 1867, c’est Josephte qui perd son mari. Amable Nault meurt dans un camp d’hivernement et est transporté à Saint-Boniface où ont lieu trois jours plus tard ses funérailles et son inhumation. Josephte lui survit d’un autre 20 ans.
 
Comme leurs cousins Lagimodière et Riel, les fils de Josephte se distinguent également lors de la résistance métisse à la Rivière-Rouge en 1869-70. André se porte un proche et estimé conseiller de Louis Riel, en sorte son bras droit. André avait auparavant appuyé le mouvement métis en faveur du commerce libre en 1849. Il n’est donc pas étonnant qu’il participe à celui de 1869-70 avec la même ardeur. André figure parmi le petit groupe de Métis qui arrête le travail des arpenteurs de la Couronne tout près de son lot le 11 octobre 1869. En octobre, à la demande de Louis Riel, André et Benjamin sont à la tête d’un peloton de 250-300 hommes qui se rendent à Saint-Norbert « La Barrière » afin d’empêcher le lieutenant-gouverneur désigné à entrer dans la colonie. Plus tard, André est arrêté et acquitté pour son rôle dans l’affaire de Thomas Scott. « Le juge et historien Louis-Arthur Prud’homme prétend que dans le gouvernement provisoire de Louis Riel, André est probablement le quatrième en importance après Riel, Ambroise-Didyme Lépine et Elzéar Goulet. » (1) Après les événements de 1870, André Nault se retire de la vie « politique » pour ainsi dire, mais quinze ans plus tard, trois de ses fils, Elie, Napoléon et André prendront la relève et occuperont des postes clés à Batoche en 1885.
 
En 1870, Josephte occupe toujours son lot à Saint-Vital où elle habite avec ses deux plus jeunes, Mélanie et Alfred. Elle est entourée de ses enfants établis sur les deux bords de la rivière Rouge. Romain et son épouse Philomène Landry, occupent les 103 acres du lot 41; Boniface et son épouse, Christine Landry possèdent le lot 42 comprenant 134 acres; Charles et son épouse, Louise Comtois dit Morin, habitent le lot 52 (86 acres) et Angélique et son mari, Paul Proulx, occupent le lot 53, avec une superficie de 82 acres. En face, mais séparés par la rivière, sont Benjamin et Isabelle Hamelin, installés sur le lot 28 (19 acres) et André et Anastasie Landry qui possèdent le lot 6 (78 acres) et occupent le lot 12 (48 acres). Baptiste et son épouse Catherine Ducharme possèdent un lot à Saint-Vital pour un certain temps, mais en 1874 on les retrouve sur le lot 25 (342 acres) à Sainte-Anne-des-Chênes, près des cousins LaPrairie et Harrison. 
 
Selon le recensement de 1881, la famille de Josephte semble s’être déplacée de Saint-Vital sauf pour André, Benjamin et Angélique (Proulx). On retrouve les familles de Romain, Boniface et Mélanie aux environs de St. Pierre-Jolys, possiblement à un endroit surnommé « la coulée des Nault », un peu au sud du présent village. Josephte y habite également, chez son fils Alfred et son épouse, Pauline Zastre, et tout près d’Édouard Élémont, mari de leur défunte cousine Camille Lagimodière.
Le 12 décembre 1885, est un jour de grand deuil pour la famille Nault. C’est le jour des funérailles de leur regretté cousin, Louis Riel. Benjamin, Romain, Charles, Alfred, Elie, Prospère, Martin, et André figurent parmi les 18 porteurs du cortège funèbre qui accompagne la dépouille mortelle de Saint-Vital à Saint-Boniface. Le décès de son neveu a dû être bouleversant pour Josephte, lui, qui n’hésitait jamais de saluer « matante La Cyprès » dans les nombreuses lettres à sa mère. En 1887, deux ans après le décès de Louis, ses proches fondent L’Union nationale métisse de Saint-Joseph du Manitoba. En plus d’honorer la mémoire de Louis Riel, l’organisme se dévoue à sauvegarder des droits des Métis dans l’Ouest. Benjamin et Alfred Nault comptent parmi les membres fondateurs.
 
En 1891, Josephte, qui habite toujours chez son fils Alfred, est de retour à Saint-Vital, près d’André et des Riel. Au tournant du siècle, les familles Nault sont installées à Saint-Vital, dans la région de St. Pierre-Jolys et dans les environs de Sainte-Anne-des-Chênes. On ignore si le retour de Josephte à Saint-Vital est de courte durée mais six ans plus tard, le 30 avril 1897, Josephte meurt à St. Pierre-Jolys, possiblement chez son fils Alfred avec qui elle réside pendant bon nombre d’années. Josephte est âgée de 87 ans. Les funérailles ont lieu le 3 mai dans la même paroisse. Josephte laisse dans le deuil cinq fils, trois filles et pas moins de 85 petits-enfants.
 

Sources :
(1) L.-A, Prud’homme, « André Nault », Mémoires de la Société Royale du Canada, séance de mai 1928, Troisième série, tome XXII, section 1).
Généalogie Lagimodière. Société historique de Saint-Boniface
Marie-Anne Gaboury – Une femme dépareillée – Agnès Goulet
Le Manitoba, reflets d’un passé – Lionel Dorge – Les Éditions du Blé
Une pionnière de la Rivière-Rouge – Angélique Larance. Bulletin – Société historique de Saint-Boniface, Printemps, 1993.
Histoire de Saint-Boniface – Luc Dauphinais, Société historique de Saint-Boniface
Recensements de la colonie de la Rivière-Rouge, 1927 – 1843. Archives du Manitoba
André Nault – Dictionnaire biographique du Canada, Volume XV (1921-1930).
Riel Family: Home and Lifestyle at St. Vital, 1860-1910. Diane Payment, Parks Canada, 1980.
Manuel d’interprétation – Parc historique national de la Maison-Riel, 1988
Recensement du Manitoba 1870 – Bibliothèque et Archives du Canada
Recensements du Canada, 1881 et 1891, District- Provencher, Bibliothèque et Archives du Canada
Plans de lots de rivières des Paroisses de Saint-Boniface, St. Vital et Ste. Anne-des Chênes, 1870s, Archives du Manitoba
Les funérailles de Louis Riel, Bulletin, Société historique de Saint-Boniface
 

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