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Notice biographique

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Photographie de Jean-Baptiste Lagimodière, aussi connu sous le nom de LaPrairie.

Photographie de Jean-Baptiste Lagimodière, aussi connu sous le nom de LaPrairie. Ce dernier est le premier fils de Jean-Baptiste Lagimodière et de Marie-Anne Gaboury. SHSB304.

Jean-Baptiste (LaPrairie) Lagimodière est né le 15 août 1808 dans les environs de la rivière Bataille près du Fort des Prairies (la région d’Edmonton aujourd’hui). Ses parents, Jean-Baptiste Lagimodière et Marie-Anne Gaboury sont le premier couple Canadien-Français à venir s’établir à l’ouest des Grands Lacs en 1806. Le deuxième des huit enfants de Jean-Baptiste et Marie-Anne, il est le premier à naître en Alberta.
 
LaPrairie naît lors d’une excursion de chasse de Jean-Baptiste et Marie-Anne. Selon l’histoire familiale, le jour même de sa naissance, Marie-Anne se fait presque piétiner par un troupeau de bisons lorsque son cheval se lance à la poursuite des bêtes. Heureusement, elle est sauvée par son mari. Quelques heures plus tard, elle accouche de son premier fils. Nommé Jean-Baptiste comme son père, il sera plutôt connu comme LaPrairie en raison de son lieu de naissance.
 
Avec son teint clair, le jeune LaPrairie attire souvent l’attention des autochtones que rencontrent ses parents. En mars 1809, alors que Marie-Anne hiverne au Fort des Praires avec ses deux enfants, Reine et LaPrairie, elle part quelques instants puiser de l’eau. C’est alors qu’une autochtone essaie de s’emparer du jeune LaPrairie. Heureusement, Marie-Anne s’aperçoit vite que son fils a disparu et elle parvient à le secourir.
 
L’année suivante, un incident semblable se produit. Un chef autochtone offre à Marie-Anne ses deux plus beaux chevaux en échange du petit LaPrairie. Lorsqu’elle refuse, le chef lui offre même un des ses propres enfants, mais Marie-Anne refuse encore.
 
Après l’établissement de la colonie du Lord Selkirk à la Rivière-Rouge en 1812, la famille Lagimodière quitte la vie nomade pour vivre dans une petite maison de bois dans la région de Saint-Charles d’aujourd’hui.
 
Quelques années plus tard, en octobre 1815, lorsque Jean-Baptiste entreprend d’aller porter des dépêches au Lord Selkirk à Montréal, Marie-Anne et ses enfants se réfugient au Fort Douglas dans la colonie de la Rivière-Rouge. Ils y demeurent jusqu’à la Bataille de la Grenouillère en juin de l’année suivante, alors que le fort allait se faire saisir par les Métis. Sauvés par le chef Peguis, la famille va donc vivre chez lui pour l’été. À l’arrivée du temps froid, Marie-Anne décide d’installer ses enfants dans une petite chaumière à l’endroit où se trouve aujourd’hui le Musée de Saint-Boniface. C’est là qu’elle attend le retour de Jean-Baptiste.
 
Au printemps 1817, après le retour de Jean-Baptiste, la famille acquiert une parcelle de terre de Lord Selkirk en guise de remerciement à Jean-Baptiste pour son célèbre trajet. Le lot se trouve à l’embouchure de la rivière Seine et de la rivière Rouge à Saint-Boniface. La famille se construit enfin une maison permanente. Ils font la chasse aux bisons et pratiquent l’agriculture. On pense aussi qu’ils auraient participé à la traite illicite.
 
En août 1818, la famille Lagimodière accueille avec grande joie les premiers missionnaires à la Rivière-Rouge suivie peu de temps après par 15 à 20 familles de colons venus du Bas Canada. A l’arrivée du clergé catholique, Jean-Baptiste et Marie-Anne font baptiser leurs cinq enfants et quelques mois plus tard, LaPrairie et Reine font leur première communion.
 
Le 8 juin 1829, LaPrairie épouse Marie Harrison, fille d’Edward Harrison et de Marie Josèphte Crise. Le mariage a lieu dans la première cathédrale de Saint-Boniface et estFamille Elzéar Lagimodière SHSB4530 bénit par le révérend J.N. Harper.  Par la suite, LaPrairie et Marie ont neuf enfants, dont quatre garçons et cinq filles : Moïse, né le 5 avril 1830; Marie Arsinoé, née le 15 janvier 1832; Marguerite, née le 10 février 1833; Josephte née en 1835; Elzéar, né le 3 mars 1838; Romain en 1840, Matilde, née le 20 avril 1842, William en 1843 et Élise en 1848.
 
Les recensements de la Colonie de la Rivière-Rouge de 1830 et 1831 notent que Jean-Baptiste LaPrairie, sa femme et un garçon de moins de 16 ans, habitent avec Jean-Baptiste père sur le lot 821/822* à Saint-Boniface. Le recensement de l’année suivante (1832), indique que Jean-Baptiste père et fils ont 25 acres de terre en culture, ce qui est surtout impressionnant étant donné que la moyenne de l’année pour chaque colon est entre 3 à 10 acres. Les deux possèdent 43 animaux domestiques : chevaux, juments, vaches, bœufs, veaux et porcs. Leur entreprise agricole a tout pour réussir!  En 1843, Laprairie, son père et ses frères Benjamin et Romain figurent parmi les agriculteurs les plus prospères de la Rivière-Rouge, ayant entre les quatre un cheptel de 154 têtes incluant 75 moutons.
 
En 1851, Laprairie et Marie célèbrent le mariage de leur fille ainée, Marie-Arsinoé, qui épouse Norbert Landry, fille de Joseph Landry et Geneviève Lalonde. Cependant, le 16 novembre, c’est la tragédie qui frappe lorsque leur fils ainé Moïse meurt à l’âge de 21 ans.  En 1858, la famille de LaPrairie s’agrandit lorsque Elzéar épouse Sara Goulet, fille d’Alexis Goulet et Josèphte Severight, à Saint-Boniface. Ce mariage est suivi de celui de Mathilde qui, le 14 janvier 1862, épouse Joseph Collin McDougall, fils de John George McDougall et Geneviève Elzéar Lagimodière et Sara Goulet, SHSB19165Jasper. Ce mariage est également célébré à Saint-Boniface. Mais chez les Lagimodière, il semblerait qu’après un mariage suit un décès. C’est encore le cas, lorsque la benjamine de la famille, Élise, décède le 9 décembre 1862, à l’âge de 14 ans.
 
Mais, c’est en 1865, que LaPrarie est particulièrement éprouvé. Le 27 juillet, il perd sa chère épouse Marie Harrison (inhumée le 29 juillet à Saint-Boniface), suivie quelques mois plus tard du décès d’un deuxième fils, William, qui meurt le 1er octobre « dans la prairie », à l’âge de 22 ans. C’est un coup dur, pour LaPrairie puisqu’il vient tout juste de perdre sa sœur Apolline le mois précédent. Ces nombreux décès sont vraisemblablement dus à l’épidémie de typhoïde qui ravage la colonie en 1865.
 
Le 9 juillet 1866, une troisième fille, Marguerite, épouse Maxime Dumais, fille de Pierre et de Josette Sauteuse à Saint-Boniface. La dernière des filles, Josèphte, épouse Pierre Dumais (l’année et le lieu sont inconnus).
 
Il va sans dire que Jean-Baptiste LaPrairie Lagimodière participe aux évènements de la Resistance à la Rivière-Rouge en 1869/70. Son fils Elzéar, son frère Benjamin et ses neveux Louis Riel, André Nault et Paul Proulx y sont activement impliqués. Elzéar est notamment officier et un proche conseiller de son cousin Louis Riel.
 
Une carte en date de 1877 qui indique les lots de rivière et leurs occupants à Saint-Boniface fait état que LaPrairie détient le lot riverain 74, pour une superficie de 57 acres.Lots 74 et 75, 67, 69 de la paroisse de Saint-Boniface, Archives du Manitoba MD240/5, 1877. Elzéar est propriétaire des 56.75 acres du lot 75 ainsi que du lot 99, un petit lopin de 7.87 acres. Romain, frère de LaPrairie, occupe le lot 71 (68.60 acres). (Voir carte de 1874 qui représente aussi ces lots)
 
C’est entre 1865 et les débuts des années 1870, que LaPrairie et Elzéar quittent Saint-Boniface et deviennent la première famille à s’établir en permanence à la Petite-Pointe-des-Chênes (Lorette). Située sur la rivière Seine à une vingtaine de kilomètres à l’est de Saint-Boniface, la Petite-Pointe-des-Chênes est un endroit fréquenté par plusieurs familles métisses depuis les années 1860. Même s’ils sont installés à Lorette, LaPrairie et Elzéar retiennent toujours leurs lots riverains à Saint-Boniface.  On remarque que c’est toute la famille étendue qui s’installe éventuellement à Lorette. Une carte des lots de rivière de la localité en 1878 indique que non seulement Jean-Baptiste LaPrairie (lot 46 -190.39 acres) (lot 52 - 188.34 acres), et Elzéar (lot 57 – 202.31 acres) (le lot 53 – 185.94 acres) y sont installés mais on y trouve également Romain et Joseph Lagimodière, frères de LaPrairie, ainsi que ses gendres Norbert Landry, Collin McDougall et Maxime Dumais. La famille Thomas Harrison (Apolline Lagimodière) habite Sainte-Anne, le village voisin.
 
Avec l’arrivée de familles permanentes, la mission catholique de Lorette est établie. Afin d’assurer sa survivance la famille Lagimodière se montre très généreuse à son égard. Une des premières dîmes payée à la mission en 1876/77 indique qu’Elzéar Lagimodière contribue 14 barils de blé lorsque que la moyenne est entre 3 à 8 barils de grains. La dîme se paie alors en nature puisque les colons ne sont pas assez à l’aise financièrement pour pouvoir payer en espèces.
 
Ce n’est qu’en 1882 que LaPrairie décide de se défaire d’une partie de son terrain à Saint-Boniface pour la somme impressionnante pour l’époque de cent mille dollars, en raison sûrement du « boom » économique des années 1880. Malheureusement, il ne touche qu’une fraction de cette somme. Cependant, la vente lui permet de faire plusieurs dons financiers à la paroisse de Lorette. Et en 1883, le jour de son anniversaire de 75 ans, LaPrairie fait un don d’une première cloche à l’église de Lorette.
 
En novembre 1885, LaPrairie a dû assister aux obsèques de son neveu, Louis Riel, à la cathédrale de Saint-Boniface. Elzéar figure parmi les nombreux cousins qui accompagnent le cortège funèbre de Saint-Vital à Saint-Boniface.
 
Le 10 septembre 1886, Jean-Baptiste LaPrairie Lagimodière meurt subitement à l’âge de 78 ans. Il est décédé à Lorette, possiblement chez sa fille Mathilde puisque le recensement de 1881 indique qu’il demeure chez les McDougall. Ses funérailles ont lieu à Lorette, trois jours plus tard et il est inhumé au cimetière de Saint-Boniface près des restes de son épouse Marie et d’autres membres de sa famille. LaPrairie est survécu de cinq de ses neuf enfants : Marie-Arsenoé (Landry) décédée à Lorette le 12 novembre 1901; Mathilde (McDougall) décédée à Lorette le 12 juin 1914; Marguerite (McDougall) décédée à Lorette le 29 juillet 1914; Elzéar, décédé à Lorette le 11 mars 1916 et de Josèphte (Dumais).
 
Avant son décès, LaPrairie a pu se réjouir de voir son fils Elzéar devenir le premier préfet de la municipalité de Taché. Il fut également fier lorsque son petit-fils William, fils d’Elzéar, devient le premier secrétaire-trésorier de la même municipalité en 1880. LaPrairie l’aurait été davantage lorsque celui-ci est élu député provincial pour la circonscription de LaVérendrye à trois reprises en 1888-1892,1899-1903, et 1903-1907. Également, Elzéar figure parmi les membres fondateurs de l’Union nationale métisse de Saint-Joseph du Manitoba en 1887.
 
La famille de Jean-Baptiste LaPrairie Lagimodière s’est particulièrement distinguée en étant parmi les familles fondatrices de la Colonie de la Rivière – Rouge, de la province du Manitoba, et plus tard, du village de Lorette. Ils sont de fiers et grands défenseurs des droits des Métis et se dévouent à la préservation de la langue française au Manitoba.
 

 
Sources :
* Recensements de la Colonie de la Rivière-Rouge 1827 et 1828. Archives du Manitoba.
Coutu, Hector. Lagimodière and their Desendants 1635 to 1885. Edmonton, Co-op Press Limited, 1985, p.34-37.
Gosman, Robert. The Riel and Lagimodière families in Métis Society.1840-1860. Parks Canada. 1977, p.97-102.
Les dîmes payées dans la mission de Notre-Dame-de-Lorette entre 1876 et 1877. Archives de la Société historique de Saint-Boniface, Fonds Corporation archiépiscopale catholique romaine de Saint-Boniface, Série Taché, T21935 et T21937
Lorette. Société historique de Saint-Boniface
Recensements de la Colonie de la Rivière-Rouge 1830, 1831, 1848. Archives du Manitoba
Dorge, Lionel. Le Manitoba reflets d’un passé. Les Édition du Blé. 1976.
Goulet, Agnès. Marie-Anne Gaboury – Une femme dépareillée. Éditions des Plaines. 1989.
Généalogie Lagimodière. Société historique de Saint-Boniface
Plan of River lots in the outer two miles St. Boniface, Kildonan and St. Paul’s. Section 2, East of River. 1877. MD240/5 Series 1: Cadastral Series. Archives du Manitoba
Plan of River Lots in the Parish of Lorette. 1878. MD240/6 Series 1: Cadastral Series. Archives du Manitoba.

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