Logo SHSB

In memoriam Alfred Monnin

Avec le décès d'Alfred Monnin à l’âge vénérable de 93 ans et neuf mois, la communauté franco-manitobaine a perdu son serviteur le plus sûr de la deuxième moitié du XXe siècle et la Société historique de Saint-Boniface un de ses piliers centraux. Son engagement était tel au sein de la communauté que depuis son accession à la judicature en 1957, ce fils d'immigrants suisses devint l'incarnation du Manitoba français.
Alfred Monnin - SHSB 46530
 
Son intérêt marqué pour l’histoire, Alfred Maurice Monnin le développa dès l’adolescence alors qu’il fréquentait le Collège de Saint-Boniface, qui dispensait la formation classique préconisée par les jésuites. Il dut son déclic au Père Grondin, son professeur en Versification, qui tenait à initier ses élèves à l’histoire, et tout spécialement à l’histoire du Manitoba. 
 
Son engagement comme tel au sein de la francophonie manitobaine débuta en 1938, à l’âge de 18 ans, lorsque le Père Hardy, son professeur en Rhétorique, lui suggéra de participer au congrès bisannuel de l’Association d’Éducation des Canadiens français du Manitoba. Il fut de ceux qui s’engagèrent aux côtés du jeune abbé Antoine d’Eschambault, qui souhaitait un plus grand dynamisme de la part de la vieille garde canadienne-française, encore sous le choc du traumatisme de 1916, lorsque le gouvernement interdit l’enseignement en français.
 
Le grand respect qu’Alfred Monnin entretenait à l’endroit de l’abbé Antoine d’Eschambault, historien de réputation canadienne et président de la Société historique de Saint-Boniface depuis 1933, fit qu’il accepta de lui succéder à sa mort prématurée en 1960. C’était l’époque où la Société s’employait à trouver un lieu permanent pour sa collection d’artefacts et de documents d’archives. Les premières démarches furent faites pour que l’ancienne Maison provinciale des Sœurs Grises devienne le Musée de Saint-Boniface.
 
Denise Pelletier-Monnin et Alfred Monnin - SHSB 39747
À cause de dissensions internes dans le petit groupe des passionnés d’histoire, à son grand regret Alfred Monnin démissionna en 1964 de la présidence de la Société historique. Son impatience naturelle, son besoin irrépressible d’indépendance, son souci de la discipline et de l’efficacité l’ont alors amené à s’engager davantage dans d’autres causes.
 
Très généreux de son temps, il n’hésitait jamais à appuyer une cause quand il l’estimait bonne. Emblématique à cet égard est la fondation de Francofonds en 1978. Il n’était pas évident à ce moment que l’organisme voué à financer des projets communautaires puisse atteindre un seuil de crédibilité. Parmi les personnalités qui appuyèrent Francofonds dès sa naissance figurait le juge Monnin. Sa caution était indispensable.
 
Grâce à sa mémoire photographique exceptionnelle, doublée de sa profonde curiosité pour les gens de son milieu, il fut jusqu’à récemment un fin connaisseur des liens de parenté au sein de la communauté franco-manitobaine. Si tout le monde le connaissait, la réciproque était presque vraie.
 
Alfred Monnin atteignit le sommet de ses ambitions professionnelles en 1983 quand le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau le nomma juge en chef de la Cour d’appel du Manitoba. Cette consécration soulignait l’ampleur des réseaux au sein desquels il exerçait déjà une influence. 
 
En 1990, cinq ans avant la date limite de la retraite obligatoire, le juge Alfred Monnin tira sa révérence et ne voulut plus qu’on l’appelle «Monsieur le juge». L’humilité était chez lui aussi profonde que sa détestation des flagorneurs et autres obséquieux.Alfred Monnin durant une campagne de financement de la Maison du Bourgeois - SHSB 46524
 
L’homme n’a jamais été un activiste en tant que tel. Sa vocation était celle d’un serviteur de sa société. Sa présence rehaussait toujours une activité aux yeux de ses organisateurs. On faisait appel à lui, lui n’était pas demandeur. 
 
Peu après sa retraite, Alfred Monnin participa à une assemblée annuelle de la Société historique de Saint-Boniface. Son nom fut suggéré pour qu’il se présente aux élections du conseil d’administration. Il accepta et fut toujours réélu. En 2011, à l’âge de 91 ans, il décida toutefois de renoncer à se représenter. 
 
Néanmoins il continua de participer fidèlement aux activités de la Société historique. Ainsi il ne manqua point l’assemblée générale annuelle de juin 2013. Une ultime fois, il eut la satisfaction de proposer la levée de l’assemblée. Un privilège, ou plutôt une marque de respect, qui lui était tacitement réservé depuis bien des années.
 
La Société historique a récemment perdu un de ses plus fidèles soutiens, la généalogiste Patricia Turenne. Le décès d’Alfred Monnin la rend encore un peu plus orpheline.

Enregistrer/Marquer

Centre du patrimoine, 340, boulevard Provencher, Saint-Boniface, (Manitoba) R2H 0G7 - T 204-233-4888 - ©2010 - Société historique de Saint-Boniface
Voici la photo du Centre du patrimoine sur Google Maps