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Cardinal

En 1888, Philippe Cardinal et sa femme Céline prenait un homestead, le 24-6-9 N.E.. En 1897, le recensement nous apprend qu'il possédait cinq chevaux, cinq vaches, neuf génisses, neuf moutons et quatre cochons. L'arrivée du chemin de fer, Canadian Northern Railway (CNR),  en 1905, assure le lien entre Stephenfield, Leary et Somerset en passant par la vallée de Babcock. La voie ferrée traverse le quart de section de Philippe Cardinal. Les spéculateurs fonciers, MacKenzie et Mann, achètent 80 acres de terrain qu'ils  revendent au CNR pour y construire une gare. Cette avantage permet le développement d'un petit village.  En 1906, Louis Moreau complète la construction d'un magasin général, Joseph Poncelet établit une quinquaillerie et Pierre Chateau ouvre un restaurant. En 1907, Louis Chapdelaine construit un hôtel et un deuxième magasin a pignon sur rue, celui de Maxime Allaire où se trouve aussi le bureau de poste.  Les affaires sont bonnes et Joseph Poncelet ouvre le troisième magasin générale suivi d'un quatrième par Larivée et Cie. Selon le recensement de 1908, Cardinal déjà compte 15 familles, 2 commerçants, un sellier, un forgeron, un boucher, un hôtel et un élévateur à grain. C'est en 1908 aussi que Jérémie Beauchamp ouvre un cinquième magasin et que Jérémie Poirier, un maréchal-ferrant,  et Pierre Peru, un cordonnier, s'installent au village.

La production de grain est une des principales activités économiques de la région et d'avoir un endroit où vendre du grain est un avantage important pour les fermiers environnants. Philippe Cardinal, Galipeault et Azaris Labossière se constituent en société commerciale, les Fermiers Unis, et construisent le premier élévateur à grains. Les propriétaires de l'élévateur se succèdent : la United Grain Growers Company, la Western Canada Flour Mills Company pui de nouveau la United Grain Growers.

Cette croissance économique ne va pas sans soulever l'inquiétude du fondateur de Notre-Dame-de-Lourdes, Dom Paul Benoit. Peu enclin au début à voir le chemin de fer et la «modernité» venir s'installer dans le village, il se rend à l'évidence que sans voie ferrée, le village risque de péricliter. En 1908, négociant avec le gouvernement Roblin, il obtient qu'une voie ferrée soit ajoutée de Cardinal à Notre-Dame-de-Lourdes s'arrêtant devant l'église où l'on construit la gare. Cet ajout à la voie ferrée a un effet néfaste sur le développement de Cardinal.

En 1910, on y trouve les familles suivantes : Philippe Cardinal, Joseph Barten, François Blain, P. Peru, J. Beauchamp, J. Barten (senior), Cyprien Lafrenière, Louis Moreau, J. Chateau, L. Fougeray, Paget, Marc Moreau, M. Allaire, D. Chapdelaine, A. Richard et Toutant. Joseph Barten était agent pour la compagnie d'équipement agricole International. Les Blain étaient arrivés de France dans la région dès 1890, tout comme les Moreau (1894-1895). 

Jusqu'en 1912, les enfants de Cardinal allaient à l'école Lafontaine. Ce n'est qu'en 1912 que Cardinal obtien sa propre école, l'école Saint-Louis A. Plus loin, sur le 12-6-9 S.E., on y trouve l'école Saint-Louis B. C'est là qu'arrive en 1929, à la mi-août, Gabrielle Roy. Elle y enseigne pendant l'année 1929-1930. Elle écrira dans La Détresse et l'Enchantement, «je passai [...] une des années les plus marquantes de ma vie» et ailleurs, «Expérience aussi riche, profonde et touchante, je n'en ai pas connu d'autre. Même ma vie d'écrivain me paraît pâle auprès de ces jours». Cardinal restera une source d'inspiration importante pour elle.1 En 1933, l'école Saint-Louis A, devient officiellement l'école de Cardinal. 

À la fin de la première guerre mondiale, un arc de triomphe est construit afin d'accueillir le retour des soldats. 

Il reste qu'il manquait ce qui se trouvait dans chaque véritable village, un clocher. Les habitants de Cardinal doivent se rendre à Notre-Dame-de-Lourdes pour les services religieux. En 1926, un groupe de résidents forme la Société Saint-Louis. Le but premier de cette fondation est d'obtenir la construction d'une église à Cardinal. Le conseil d'administration est composé de Cyprien Cardinal, Jean-Baptiste Chateau, Joseph Schumacker, Théophile Toutant et Lucien Vigier. Grâce à des initiatives de levées de fonds comprenant des pique-niques, des jeux de cartes, la présentation de pièces de théâtre et la projection de films, un montant est accumulé qui permet de commencer la construction en 1927 et lla chapelle est dédiée à Sainte-Thérèse-de-L'Enfant-Jésus. Alexandre Beaudry et Joseph Schumacher dirigent les travaux. En 1928, François Blain construit l'autel. En 1929, la chapelle Sainte-Thérèse est terminée et des démarches sont entamées pour l'obtention d'un curé. Finallement, en 1935, Monseigneur Yelle consent à ce que la messe soit célébrer à Cardinal à la condition que l'église et le terrain avoisinant cédé à la paroisse de Notre-Dame-de-Lourdes. La messe y est célébrée les dimanches en hiver. On ajoute à la chapelle un chemin de croix en 1936, une sacristie en 1938 et un clocher est érigé en 1939 et une cloche y est installée et bénie le 27 août 1939.

En 1948, la possibilité d'ériger la paroisse de Cardinal est envisagée mais sans l'appui de l'archevêque le projet est abandonné. En 1960, Monseigneur Baudoux ferme la chapelle. En plus, la fermeture du chemin de fer et de la gare entraînant aussi la fermeture des élévateurs à grains entraîne le dépérissement progressif du village. Jusque dans les années 1980, le seul commerce qui perdura est celui du garage New Holland grâce aux services d'Émile Macaire, reconnus et solicités de toute part.

Aujourd'hui, la chapelle restaurée est un vivant témoignage de la vitalité passée de Cardinal et de l'attachement de ceux qui habitent encore dans la région. On peut lire dans la bochure d'information sur la chapelle Saint-Thérèse : «Le 28 décembre 1989, la chapelle a reçu la dénomination de site municipal du patrimoine. La restauration de l'édifice a commencé au printemps de 1990 et s'est terminée dans l'été de 1991. La chapelle Saint-Thérèse est le symbole du dévouement des premiers habitants de Cardinal envers leur communauté.  Les amateurs d'architecture d'intéresseront à cet édifice inspiré en majeure partie du style roman et comprenant un clocher élancé du genre gothique. Les visiteurs trouveront également des artifacts religieux qui traduisent l'engouement des bâtisseurs de cette église.»2


1- François Ricard, Gabrielle Roy Une vie biographie, Boréal, 1996, p.124-125.

2- Anonyme, La chapelle Sainte-Thérèse de Cardinal (Manitoba), s. é., s.d., 20p.

Anonyme, La chapelle Sainte-Thérèse de Cardinal (Manitoba), s.é., s.d., 20p.

Yvette Brandt, Memories of Lorne, 1880 - 1980 : a history of the Municipality of Lorne, Somerset, Man. : Municipality of Lorne, 1980, 702 p.

François Ricard, Gabrielle Roy Une vie biographie, Boréal, 1996, 646p.


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