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Provencher : déjà 200 ans depuis son arrivée à la Rivière-Rouge

Publié le 10 juillet 2018, par Amélie Drainville

 

Le 16 juillet prochain, cela fera exactement 200 ans que Joseph-Norbert Provencher a mis le pied pour la première fois dans l’actuel Saint-Boniface. Il s’agira d’un anniversaire à saveur particulière, puisque l’arrivée du missionnaire à la colonie de la Rivière-Rouge a eu beaucoup d’importance dans l’histoire francophone et métisse du Manitoba. Voici un court résumé de sa vie et quelques pièces d’archives que l’on peut trouver au Centre du patrimoine à son sujet.

Fils de Jean-Baptiste Provencher et d’Élisabeth Proulx, Joseph-Norbert Provencher naît le 12 février 1787 à Nicolet. Puisque ses parents n’ont pas les moyens de lui payer sa scolarisation en bas âge, il ne débute ses études qu’en 1801. Le 21 décembre 1811, il est ordonné prêtre. Sept ans plus tard, alors que les Métis ont signé une pétition et que Lord Selkirk fait pression sur Mgr Plessis, évêque de Québec, ce dernier accepte de lancer une mission à la Rivière-Rouge. Quatorze membres du clergé séculier et deux ecclésiastiques viennent du Bas-Canada avec pour objectifs de donner des services (notamment en ce qui concerne la religion et l’éducation) à la population canadienne-française et métisse et de tenter d’évangéliser les membres des Premières Nations. Les deux premiers missionnaires nommés à la Rivière-Rouge sont Joseph-Norbert Provencher et Sévère-Joseph-Nicolas Dumoulin. Ils y arrivent le 16 juillet 1818 en compagnie du séminariste Guillaume-Étienne Edge après 58 jours de voyage en canot. Seulement trois jours plus tard, l’abbé Provencher prononçait sa première messe en terre manitobaine, à la Pointe-Douglas.

La tâche principale de l’abbé Provencher dans la colonie était de faire adhérer les Métis et les Français à la foi catholique et de diminuer la rivalité entre les employés des compagnies de la Baie d’Hudson et du Nord-Ouest. Comme les devoirs conférés à l’abbé Provencher lui rappelaient Saint-Boniface, l’homme qui a convaincu le peuple germain d’apprécier la culture au lieu de la guerre, Provencher a nommé la colonie en l’honneur du saint.

Peu après son arrivée dans la colonie, l’abbé Provencher faisait construire sur la rive est de la rivière Rouge une petite chapelle pour servir les paroissiens catholiques. La chapelle servait d’église, d’école et de résidence à l’abbé Provencher, mais elle a malheureusement été fortement endommagée par une inondation en 1826. Toutefois, une première église en bois de chêne a été mise en construction dès 1819, n’étant achevée qu’en 1825, faute de fonds. La petite église de Monseigneur Provencher, qui occupait une place importante au sein de la communauté, a été reconstruite à cinq reprises, chaque fois un peu plus grande, pour finalement devenir une basilique.

Le 1er février 1820, l'abbé Provencher est nommé évêque de Juliopolis. Il accepte également la charge d'auxiliaire de l'évêque de Québec et vicaire général du diocèse de Québec en 1821. En 1822, il est nommé évêque coadjuteur de Mgr Plessis pour tout l’Ouest canadien.

La construction de la seconde église a débuté en 1832. Quoique pas complètement terminée, elle est bénie en 1839 au grand bonheur de Mgr Provencher. En 1844, le district de la Rivière-Rouge est détaché du diocèse de Québec et Provencher en devient titulaire. La même année, suite à un voyage de recrutement effectué en 1843, il accueille les Sœurs Grises, première congrégation religieuse à s’établir dans l’Ouest, pour aider les plus démunis et enseigner aux enfants et aux jeunes femmes.

L’église de pierre prend officiellement le nom de cathédrale en 1847 lorsque Provencher devient évêque du diocèse de Saint-Boniface. Elle sera détruite dans un incendie en 1860.

Mgr Joseph-Norbert Provencher a passé 35 ans de sa vie comme missionnaire à la Rivière-Rouge, dont 33 ans comme évêque. Il est décédé à Saint-Boniface le 7 juin 1853 et son corps a été déposé dans la crypte sous l’autel principal de la cathédrale.

Au Centre du patrimoine, les sources d’information sur ce grand personnage de l’histoire du Manitoba français ne manquent pas. Ci-dessous, on peut voir à gauche un poème écrit par Manie Tobie au sujet de Mgr Provencher. Il est tiré du fonds Marie-Thérèse Goulet-Courchaine. Quelques vers marquants sont retranscrits à droite.

« Fais grandir cette colonie dans son incroyable beauté

Que cette terre soit bénie et qu’ici pousse le blé […]

Tu fus l’exemple, toujours le Père, sans cesse, ami consolateur

Entre le labeur, la prière, tu devins aussi l’instructeur […]

Tu dors depuis longtemps à l’ombre où tu as si bien travaillé

Regarde ce soir le grand nombre de ceux qui n’ont pas oublié. »

 

La lettre suivante provient du fonds Corporation archiépiscopale catholique romaine de Saint-Boniface (CACRSB), série Joseph-Norbert Provencher. Elle a été écrite le 15 août 1818 par l’abbé Provencher depuis la colonie de la Rivière-Rouge et envoyée à l’évêché de Québec.

Il raconte ses espoirs et ses déboires dans sa nouvelle colonie : « Nous avons espérance de réussir. Je pense que la Rivière Rouge est propre à faire une belle colonie. La terre est excellente, tout ce qui a été semé est venu abondamment. Notre récolte a joliment souffert des sauterelles qui ont presque tout détruit l’orge et les jardinages. […] Nous sommes après nous bâtir une maison qui nous servira en même temps de chapelle. Je ne suis pas trop bien monté pour bâtir, je n’ai point d’homme habile et peu d’outils, ainsi vous jugez bien que nous ne ferons pas un château qui attirera les regards de bien loin. […] Nous ne sommes pas mal ici. Nous n’avons pas toutes les douceurs du Canada, mais nous ne manquons point du nécessaire. On a de la viande et du poisson, du pain, des patates, du thé, du beurre, avec cela on ne pâtit pas. »

L’article ci-contre publié en 1908 dans Les Cloches de Saint-Boniface (p. 157) soulignait le 90e anniversaire de l’arrivée de Provencher et Dumoulin dans l’actuel Saint-Boniface. On y raconte les réactions émotives suscitées par l’arrivée tant attendue des deux hommes de Dieu chez les colons de la Rivière-Rouge : « Vers les trois ou quatre heures de l’après-midi, tout le monde était réuni au fort pour assister à l’arrivée de ces hommes extraordinaires. Sur les cinq heures, par un temps superbe, les canots portant Mgr Provencher, alors l’abbé Provencher, et son compagnon l’abbé Dumoulin apparurent au détour de la pointe Douglas. […] Ces deux prêtres étaient des hommes de haute stature et d’un port majestueux; les gens admiraient la beauté de leur taille et la nouveauté de leur costume. Les anciens Canadiens, coureurs des bois, qui avaient quitté le Canada (Province de Québec) depuis bien longtemps, et qui n’avaient plus revu de prêtre, versaient des larmes d’attendrissement. L’arrivée de ces hommes leur rappelait leur sol natal, le toit paternel ».

Pas moins de 110 ans après la parution de cet article, nous célébrons le 200e anniversaire de l’arrivée de Provencher à Saint-Boniface. Que le temps passe vite! Pour connaître tous les événements à venir autour de ce 200e anniversaire, visitez le site de Archidiocèse de Saint-Boniface et sa page d'événements à venir. Nous vous rappelons également que le Salon Empire, à l'entrée du Centre du patrimoine, accueille actuellement une exposition pour commémorer cet événement important de l'histoire du Manitoba français.

Pour lire plus attentivement le contenu des pièces d’archives utilisées pour la rédaction de cet article, téléchargez le document PDF placé en annexe à la fin de ce texte. Pour accéder à une multitude de ressources historiques sur le diocèse de Saint-Boniface, les missionnaires de la Rivière-Rouge et Joseph-Norbert Provencher, consultez notre site web dans le module « Au pays de Riel ». Pour en apprendre davantage sur nos archives au sujet de Mgr Provencher, n’hésitez pas à utiliser notre banque de données en ligne ou à venir nous visiter!

 

 

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