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Le Folklorama et l’Ensemble Folklorique de la Rivière-Rouge: plusieurs années de succès

Publié le 10 août 2017, par Amélie Drainville

 

Le Folklorama a pris son envol le 6 août dernier pour deux semaines d’échanges interculturels et de festivités. Le Pavillon canadien-français sera ouvert la semaine prochaine, du 13 au 19 août. Ce pavillon est animé depuis toujours par l’Ensemble Folklorique de la Rivière-Rouge (EFRR) [1], organisation dont les archives sont conservées au Centre du patrimoine. Présentement, notre bénévole Gisèle Johnson Himbeault, impliquée également depuis longtemps dans l’Ensemble, traite les photos du fonds d’archives pour les rendre accessibles au public. Dans le cadre du Folklorama, nous avons voulu en apprendre plus sur cette organisation née 70 ans auparavant et sur ses archives. Un petit entretien avec Mme Johnson Himbeault s’imposait.

Les danseurs en action

Tout a commencé avec les Jeunes ouvriers catholiques (J.O.C.), un regroupement de jeunes ayant terminé l’école et étant donc en âge de travailler. Il avait pour but « d’assurer que des jeunes francophones catholiques canadiens-français aient l’occasion de se rencontrer, puis [de] maintenir et la religion et la culture ». C’est grâce aux « cantines[2] » et autres activités connexes que sont nés les Gais Manitobains en 1947 « avec le même but de donner l’occasion aux jeunes de se rencontrer, de s’amuser ensemble, mais aussi de partager ça avec la communauté ». En effet, le groupe organisait des soirées, en ville comme en région, dans lesquelles il y avait de l’animation, des chansons folkloriques de la France, des rondes[3], des sketchs, des danses traditionnelles comme la polka et la valse, le tout rendu possible par des trames sonores sur cassettes ou vinyles. Éventuellement, des danses carrées seront ajoutées au programme des soirées, ce qui deviendra la base du répertoire de l’organisation.

Fort La Pitoune, 1977

Si la troupe a pris quelques années de répit dans les années 1960, elle a repris en force ses activités en 1970 pour le centenaire du Manitoba. Pour l’occasion, des costumes traditionnels ont été créés en vue de la présentation de nombreux spectacles. À partir de ce moment, la troupe met toute son énergie dans la danse, le développement du répertoire et l’apprentissage de nouveaux pas. À partir de 1971, la gigue sera apprise et intégrée par le groupe, notamment grâce à de nombreux échanges avec le Québec. Parfois, des Québécois étaient invités pour donner des ateliers, alors qu’à d’autres moments des membres des Gais Manitobains faisaient le voyage pour aller apprendre de nouvelles techniques. Dès le début, le groupe était aussi très ouvert sur le monde et des danses folkloriques internationales diverses ont peu à peu intégré le répertoire. Des échanges avec des groupes d’un peu partout au Canada, de même qu’avec la Manitoba International Folk Dance Association (MIFDA), ont permis aux danseurs d’apprendre des chorégraphies variées provenant de différents horizons culturels. La décennie 1970 sera aussi marquée par l’embauche d’une secrétaire à temps plein pour s’occuper de l’administration et des finances de la troupe, ce qui témoigne de sa prospérité et de sa croissance continuelle.

Affiche de La Grosse Noce (1975-1976)Malgré le caractère amateur de la troupe, certains membres ont développé leur maîtrise de la gigue à un tel niveau qu’ils pouvaient créer des chorégraphies originales. C’est à partir de ce moment qu’ont débuté les grosses productions : Mon pays (1975), au sujet des Premiers colons au Manitoba[4]; La Grosse Noce (1975-1976), une production fortement teintée de culture canadienne-française; Fort La Pitoune (1977), un spectacle très léger et humoristique; et Les histoires de chez nous (1979), racontant en première partie l’histoire d’un coureur des bois manitobain et présentant une suite de La Grosse Noce en seconde partie. Selon Mme Johnson Himbeault, le succès de ces productions n’est pas à remettre en cause : « c’était très populaire, ça venait de toute la province pour venir voir ça ». Au sujet de La Grosse Noce, elle ajoute : « Je l’ai vue en 1975. Je l’ai tellement aimée que j’ai ramené ma famille le voir en 1976 et c’est là que moi je me suis joint à la troupe. »

Entrée du Pavillon canadien-français au Folklorama en 1979En 1978, étant donné la spécialisation de la troupe en danse, elle prend le nom des Danseurs de la Rivière-Rouge. En 1979, le Pavillon canadien-français, mené par l’organisation, fait une entrée spectaculaire au Folklorama en connaissant un succès monstre. Même si le festival multiculturel par excellence de Winnipeg avait été créé 9 ans plus tôt, deux raisons expliquaient l’absence de représentation de la culture canadienne-française : « primo, ça prend énormément de bénévoles. Deuxièmement, la culture canadienne-française n’était pas vue comme étant une ethnie étrangère. C’était un des trois groupes fondateurs. Il y avait les Première Nations, les Anglais et les Français, alors on se voyait mal se représenter. » Néanmoins, la troupe a été approchée en 1977 par les organisateurs de l’événement et l’objectif était de les faire participer dès l’année suivante. Toutefois, « la communauté n’était pas prête, et nous non plus », mentionne Mme Johnson Himbeault. Les programmes scolairesAinsi, l’année 1978 en aura été une de consultation et de préparation, durant laquelle Jean-Paul Cloutier sera notamment embauché à temps plein à titre de directeur artistique. L’événement présenté au CCFM en 1979 aura été une sorte de renouveau pour la troupe, car plusieurs danseurs et musiciens s’ajouteront au groupe. Dans les années 1980, un directeur général sera embauché, pour un total de trois employés à temps plein pour l’organisation. Un sommet! L’École folklorique de gigue et de danse canadienne (1982), le programme scolaire (1982) et la troupe jeunesse (1984) seront également créés dans cette décennie bouillonnante d’activités. Sur la photo de droite, on peut voir que les animateurs des groupes scolaires faisaient danser les jeunes sur des musiques traditionnelles, leur apprenaient à jouer des cuillères et terminaient par une démonstration de gigue.

Swing La Bottine 1En 1993, l’organisation change de nom une fois de plus pour devenir l’Ensemble folklorique de la Rivière-Rouge, un nom plus évocateur et inclusif. Entre 1999 et 2001, trois cahiers intitulés « Swing la bottine » seront publiés par l’Ensemble pour faciliter l’accès aux chorégraphies folkloriques en langue française. Le premier et le deuxième proposent plusieurs chorégraphies canadiennes-françaises et sont accompagnées de vidéos démonstratives et de partitions musicales, alors que le troisième propose des danses internationales avec des trames sonores. Ces cahiers permettent surtout d’apprendre la danse aux enfants et de développer leur créativité : « on a adapté ça pour en faire une danse créative pour les enfants. Pour chaque chanson, […] ils peuvent soit créer, soit faire ce qui est suggéré dans le livre », explique Mme Johnson Himbeault.

Les années 2005 et 2006 seront très difficiles financièrement (le salaire d’un seul employé peut être supporté) et marqueront un tournant pour l’organisation. En effet, cette dernière approche le CCFM pour demander de gérer les activités et les finances de la troupe. C’est en 2008 que l’union des deux partenaires sera officialisée.

Troupe jeunesseDe nos jours, l’Ensemble est encore la seule École de danse au Manitoba qui a pour mission de valoriser l’utilisation du français dans son enseignement. L’École folklorique a toutefois diversifié son offre de danses enseignées depuis son union avec le CCFM pour attirer une plus vaste clientèle de jeunes et éventuellement espérer développer un intérêt pour le traditionnel chez ces jeunes danseurs. Ainsi, de la danse moderne, du ballet, du jazz, du hip-hop, et de la percussion corporelle s’ajoutent à la danse folklorique canadienne-française et internationale. La troupe fait toujours des partenariats avec d’autres groupes, comme celui avec ZØGMA en 2011-2012 et celui avec un groupe de Sept-Îles cette année.

En ce qui concerne les archives du fonds Ensemble Folklorique de la Rivière-Rouge = Les Gais Manitobains = Les Danseurs de la Rivière-Rouge, il couvre les années de 1949 à 2004 de l’organisation. Il contient plus d’une trentaine de boîtes de documents textuels et pas moins de 102 vidéocassettes et 102 DVD. La première étape réalisée a été la numérisation d’une bonne partie des fichiers audio et vidéo. Maintenant, Mme Johnson Himbeault s’affaire à retirer les nombreuses photos de leurs albums pour éventuellement les trier par catégorie. Elle a aussi numérisé une quantité phénoménale d’archives textuelles et iconographiques qui pourront être rendues accessibles dans les années à venir. Il reste encore beaucoup de documents textuels au pré-archivage, mais heureusement les archives sont déjà très bien organisées et le traitement ne devrait pas être trop laborieux.

Pour le moment, on trouve dans les documents textuels traités les dossiers caractéristiques de toute organisation (finances, procès-verbaux, documents constitutifs, rapports, coupures de presse, correspondance, etc.). On trouve aussi des scénarios, des maquettes de décors et de costumes, des rapports de spectacles et de tournées, des partitions musicales, des exemplaires du journal La Bastringue publié par l’Ensemble et des documents traitant de l'organisation des pavillons pour le Folklorama et le Festival du Voyageur. Parmi les documents non traités, on retrouve entre autres des programmes, de la publicité, des chorégraphies, des répertoires de chansons et des cahiers folkloriques. En voici quelques extraits.

Le brandyProgramme J.O.C.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ci-dessus, on peut voir à gauche une chorégraphie écrite. On remarque que les mouvements sont très détaillés et accompagnés de dessins pour faciliter la compréhension. Néanmoins, il faut une certaine connaissance de la danse pour comprendre ce langage! À droite, on voit un programme datant de l’époque des J.O.C. sur lequel les chansons ou les danses prévues pour la « cantine » sont écrites. On peut lire des titres comme « La laine des moutons », « Meunier tu dors », « La danse carré » et « Auprès de ma blonde ». Au bas de la page, on peut lire l’inscription suivante en français et en anglais : « J.O.C. : Unique espoir de la jeunesse ouvrière! »

Rose LatulipeL’image ci-contre montre le programme de la production Rose Latulipe, spectacle basé sur la légende éponyme qui a été présenté au Manitoba Theatre Centre les 26 et 27 avril 1991. Il raconte l’histoire d’une jeune femme victime d’un sortilège du diable qui l’empêche d’arrêter de danser. En dépassant l’heure limite, elle est ainsi destinée à perdre son âme à tout jamais. Son fiancé et le curé vont donc tout faire pour la délivrer de son sort.

Les deux documents ci-dessous sont en lien avec le spectacle Fusion II – Fresque, présenté pour la première fois du 23 au 26 janvier 1985 en collaboration avec Folle Avoine[5]. Ce spectacle a été conçu, chorégraphié et mis en scène par Jacques Lemay dans le cadre du centenaire du décès de Louis Riel. Il s’agissait du premier spectacle du centenaire. À gauche, on peut admirer la maquette du costume de Louis Riel. À l’arrière-plan, on voit un damier qui représente le décor utilisé dans le spectacle. Il symbolise la bataille stratégique que se sont livrée Riel et le Premier ministre John A. MacDonald. À droite, on voit une photo du spectacle sur laquelle on observe les danseurs costumés en pièces d’échec, se livrant bataille sur la surface de damier.

Costume de RielLes danseurs sur la surface en damier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus sur le grand festival multiculturel qu’est le Folklorama, vous pouvez consulter leur site web et le site Joie de vivre Manitoba. Pour lire plus attentivement le contenu des pièces d’archives utilisées pour la rédaction de cet article, téléchargez le document PDF placé en annexe à la fin de ce texte. Vous trouverez également dans les fichiers attachés une version de la Gigue de la Rivière-Rouge par l'EFRR, histoire de vous mettre dans l’ambiance pour le Folklorama. Pour en apprendre davantage sur nos archives concernant l’Ensemble Folklorique de la Rivière-Rouge, n’hésitez pas à utiliser notre banque de données en ligne ou à venir nous visiter!

 


 

[1] Depuis 2008, le CCFM est responsable de toute la gestion et l’administration du Pavillon, alors que l’Ensemble s’occupe uniquement de la partie spectacle.

[2] Rassemblements où le chant et la danse étaient à l’honneur.

[3] Type de danse récréative.

[4] Des membres des Premières Nations ont également participé à cette production.

[5] Il s’agissait d’une deuxième collaboration avec le groupe, la première étant Fusion I.

 

 

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Annexe - Extraits des archives de l'Ensemble Folklorique de la Rivière-Rouge.pdf690.87 Ko
Gigue de la Rivière-Rouge - EFRR.mp31.97 Mo

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