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La corruption : un fléau qui ne date pas d’hier…

Publié le 12 octobre 2017, par Amélie Drainville

 

Le Centre du patrimoine possède une vaste collection de journaux, de périodiques et de bulletins, autant dans sa bibliothèque de référence que dans ses archives. En effet, plus d’une centaine de périodiques de différentes époques sont ici entreposés et constituent une mine d’or d’informations historiques. Ainsi, nous avons décidé de vous en faire profiter en vous présentant une série de quatre analyses d’articles durant les mois d’octobre et de novembre.

Un des principaux intérêts de la conservation de ces périodiques est la réalisation d’une étude ou d’une analyse comparée. Effectivement, il est fort intéressant de constater les ressemblances et les différences entre l’époque où le texte a été rédigé et l’époque actuelle, notamment d’un point de vue sociologique, car ce qui était socialement accepté autrefois ne l’est plus nécessairement aujourd’hui, et vice versa.

L’article qui sera analysé aujourd’hui est tiré du journal La Liberté (page 3) du 20 avril 1938. Il a pour titre « Contre la corruption électorale » et a été rédigé par Donatien Frémont.

Avant toute chose, il est pertinent de définir ce qu’est la corruption. Selon l’Encyclopédie canadienne, « la corruption politique peut se définir comme le comportement ou la conduite de fonctionnaires du gouvernement, qu'ils soient élus ou nommés, qui va à l'encontre des normes sociales et juridiques pour ce qui est de tirer d'une charge publique un avantage personnel, légitime ou non, à même les fonds publics ».

Au tout début de son texte, l’auteur nous met en contexte : «  [il] fut un temps où les partis politiques n’entendaient pas badinage sur le sujet. S’ils admettaient volontiers que de graves abus et de scandaleux marchés se pratiquaient couramment, c’était pour en accabler l’adversaire, le seul coupable, naturellement, alors que dans leur camp on était à l’abri de tout reproche et immunisé contre toutes les tentations. » Aujourd’hui au Canada, la réalité est totalement différente, car nous avons des mécanismes pour prévenir la corruption et pour la déceler chez les partis qui contournent les règles, notamment par des preuves écrites et des enquêtes. La commission Charbonneau en est un bel exemple, puisqu’elle a mis en lumière plusieurs scandales qui touchaient le Parti Libéral du Québec.

Toutefois, l’auteur annonce que cette époque qu’il dépeint est (supposément) révolue. Effectivement, un député du nom de Bennett vient de proposer de nombreux changements à la loi électorale. Ceux-ci visent à connaître les sources de financement et les sommes attribuées aux différents partis pour rendre ces informations publiques, ainsi qu’à limiter les dépenses électorales selon le nombre d’électeurs par circonscription. Il ne faut pas oublier que nous sommes en 1938! Plutôt avant-gardiste, ne trouvez-vous pas? « Ceci aura certainement pour effet d’éliminer dans une large mesure le poids de la richesse là où il n’a que faire [… et] éloignera une bonne partie de ceux dont la générosité s’inspire d’autres motifs que le patriotisme et le bien public », de mentionner l’auteur.

Encore aujourd’hui, les propos de l’auteur sont d’actualité et « les élections ne se font pas avec des prières ». Bien que des lois soient présentes à peu près partout sur la planète pour empêcher la corruption, cela ne suffit pas à persuader certains politiciens de s’en tenir loin, malgré le fait que les mécanismes soient plus efficaces que jamais pour trouver les coupables et qu’on médiatise énormément ce genre d’information. Par contre, il faut croire que ces politiciens sont simplement rusés, car ils réussissent à trouver les failles du système, à se faire prendre la main dans le sac… Et à se faire réélire! « Le parti dont la caisse est la mieux garnie possède un avantage marqué sur ses adversaires, qu’il se livre ou non à des méthodes corruptrices. C’est le triomphe brutal de l’argent sur la volonté du peuple librement exprimée. »

Au Manitoba, la Loi sur le financement des élections est en vigueur depuis le 10 novembre 2016, mais certains articles l’étaient déjà en 2012-2013. Si la province semble peu affectée par ce problème si on la compare à d’autres endroits du monde, le service de police de la Ville de Winnipeg est présentement sous enquête et d’autres provinces canadiennes, de même que le palier fédéral, ont vu des scandales leur éclater en plein visage, comme on peut le constater dans plusieurs articles de l’actualité récente.

L’auteur fait ensuite mention d’une crainte engendrée par ce projet de réforme de la loi : si les partis ont des chances égales sur la ligne de départ, il risque d’y avoir beaucoup plus de diversité à l’assemblée et cela pourrait nuire au bon fonctionnement du régime parlementaire. Malheureusement, cette peur est encore présente et véhiculée dans la société, ce qu’on a pu constater lors du débat sur la réforme du mode de scrutin au fédéral et lorsque Justin Trudeau a renoncé à sa promesse de faire en sorte que 2015 soit la dernière élection sous un mode de scrutin majoritaire à un tour. Bon, il est vrai que le premier ministre a dû avoir peur de perdre son plein pouvoir comme tous les autres qui ont déjà fait cette promesse, mais cet argument de manque d’efficacité des parlementaires en est encore un d’importance dans le débat. Mais la représentativité des points de vue et la collaboration ne sont-elles pas plus importantes pour une démocratie en santé? C’est du moins ce qu’en pense l’auteur de l’article. « Il faut savoir s’accommoder d’un nouvel état des choses imposé par l’évolution de la vie sociale et économique. Et si les divergences plus grandes d’opinions entraînent la formation de groupes nouveaux, ils ont droit à leur place au soleil. » Charmant!

Il y a certainement de la matière à retenir de cet article, même 80 ans plus tard. Si on veut sauver notre démocratie, nous n’avons d’autres choix que d’attaquer le problème de la corruption de front et d’assurer aux citoyens que chacun des votes compte à sa juste valeur. N’est-ce pas là un principe fondamental du « pouvoir du peuple »? C’est du moins ce qu’en pense Donatien Frémont. « Les raisons ne manquent pas à ceux qui veulent défendre un système profitable à leur petites combinaisons personnelles. Mais au-dessus de ces calculs intéressés, il y a un principe d’honnêteté publique et de bonne administration  qui prime tout le reste. »

Nous espérons que ce billet vous a plu. Pour lire l’article en entier, consultez la version en ligne ou venez nous visiter pour tenir le texte dans vos propres mains.

N.B. : Les opinions exprimées dans ce texte sont celles de l’auteure uniquement et ne doivent en aucun cas être interprétées comme représentant celles de la Société historique de Saint-Boniface (SHSB). L’article sert à donner un exemple du genre de recherche qu’il est possible de mener à partir des ressources du Centre du patrimoine.

 


 


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