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Le mouvement coopératif au Manitoba français

Ruban Chacun pour tous – tous pour chacun

Peu après l'établissement des premières caisses d'épargne Desjardins au Québec au début du 20e siècle, des membres du clergé canadien-français de l'archidiocèse de Saint-Boniface tentent d'introduire le concept de la coopération dans les paroisses du Manitoba français. Les valeurs chrétiennes de l'économie et de l'entraide sont à la base de leur enseignement. Une première caisse populaire, appelée « caisse Desjardins », est fondée par l'abbé Clovis St-Amant, curé de Saint-Jean-Baptiste, en 1911.

Le mouvement de la coopération débute lentement dans les paroisses manitobaines. À Saint-Pierre-Jolys, on retrouve en 1914 un élévateur de grain établi sous le système coopératif. Mais c'est dans le besoin, particulièrement pendant la crise économique des années 1930, que l'idée de la coopération prend racine. Une laiterie coopérative est mise sur pied à Saint-Pierre-Jolys vers 1932-1933, puis une coopérative avicole l'année suivante. Ces industries à base coopérative permettent aux cultivateurs et éleveurs d'exploiter leurs installations de façon plus avantageuse, de partager les coûts des opérations et de contrôler la vente de leurs produits.

À La Broquerie 1, dès 1933, les paroissiens, sous la direction de leur nouveau vicaire, l'abbé Adélard Couture, se réunissent en cercles d'études afin de trouver des solutions aux difficultés économiques communes à tous. Ils collaborent pour fonder, en 1935, une laiterie coopérative en vue de bâtir une fromagerie. Il s'agit du premier parmi plusieurs projets coopératifs dans cette paroisse où l'on soutient que « la coopérative devient plus qu'une entreprise économique, elle devient presqu'une philosophie de vie ».

En septembre 1937, la province du Manitoba adopte une loi dans le cadre du Companies Act, qui permet la constitution en société des coopératives d'épargne et qui régit leurs opérations. La Caisse populaire de Saint-Malo, fondée en mars 1937, devient la première entité coopérative au Manitoba conforme à cette nouvelle loi.

L'établissement des caisses, ainsi que des premières coopératives de production et de consommation, est étroitement lié à l'intérêt, aux connaissances et aux actions du curé de la paroisse. Ce sont les curés qui mettent sur pied les cercles d'études visant à former les futurs sociétaires avant qu'ils entreprennent un projet coopératif. Le chef de fil parmi ces prêtres-coopérateurs est l'ancien vicaire de La Broquerie, l'abbé Adélard Couture, qui sera directeur des oeuvres d'Action catholique diocésaines et propagandiste du mouvement coopératif pendant plus de 20 ans. Vu son rôle dans l'établissement des caisses populaires dans un grand nombre de paroisses, on l'a appelé, à juste titre, l'Alphonse Desjardins du Manitoba français.

Le mouvement coopératif va aussi de paire avec le développement rural et le désir de chaque collectivité, ainsi que de la minorité francophone du Manitoba, d'atteindre une plus grande autonomie économique. On croit que la coopération est la garantie de survivance du groupe français de la province. « L'unité fait la force » est le mot d'ordre. Les caisses et coopératives en milieu francophone manitobain cherchent aussi à se regrouper. À ces fins, elles créent des structures centrales, comme le Conseil de la coopération du Manitoba (1946) et la Fédération des caisses populaires du Manitoba (1952). Par la voie de publications et de la radio, ces organismes cherchent à propager les avantages de la coopération et à offrir des conseils pratiques pour une saine gestion de leurs entreprises et institutions financières membres.

Les projets coopératifs – laiteries et fromageries, caisses populaires, élévateurs de grain, magasins d'alimentation - s'adaptent aux besoins particuliers de chaque paroisse. Par l'an 1943, on peut compter dans les centres francophones 27 caisses populaires, 20 caisses scolaires, 10 beurreries ou fromageries coopératives et six magasins coopératifs. Cette même année, un francophone, Pierre Frossais, entre en fonctions comme premier inspecteur des caisses populaires et des credit unions pour le compte du gouvernement provincial.

Au fil des ans, une multitude de projets coopératifs touchant les domaines de la finance, de l'hébergement, de l'alimentation, des garderies, des produits et des services de tous genres voient le jour. Certains projets coopératifs sont éphémères; d'autres comptent déjà plus de soixante années d'existence. En 2003, le réseau des caisses populaires a une trentaine de points de service dans les principales communautés urbaines et rurales de langue française de la province. Le réseau est aujourd'hui la plus importante force économique gérée par les francophones au Manitoba.

 

1Jean-Marie Taillefer, La Paroisse St-Joachim de La Broquerie, 1883-1983 : richesse du passé, promesse d'avenir, [Manitoba, s.n.], 1983, p. 80.

Sources inédites :

Archives de la Société historique de Saint-Boniface:

Collection générale de la SHSB
Fonds Coopérative Saint-Léon
Fonds Georges Forest
Fonds Pierre Frossais
Fonds de la Société Franco-Manitobaine

Sources imprimées :

GAUTHIER, Maurice. De la table de cuisine à la rue principale : 50 ans d'histoire des caisses populaires du Manitoba 1937 - 1987, Conseil de la coopération du Manitoba, 1987.
JOLYS, J.-M. et J.-H. CÔTÉ. Pages de Souvenirs et d'Histoire : St-Pierre-Jolys, Manitoba 1872-1972, Saint-Pierre-Jolys, s.n., 1974.

MARTEL, Odile. Pionniers de la Montagne Pembina Saint-Léon 1877-2000, [Manitoba : s.n.], 2001.

TAILLEFER, Jean-Marie. La Paroisse St-Joachim de La Broquerie, 1883-1983 : richesse du passé, promesse d'avenir, [Manitoba : s.n.], 1983.


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