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Les missionnaires à la Rivière-Rouge, 1818-1844

Avec l’arrivée des premiers missionnaires séculiers à la Rivière-Rouge en 1818, Saint-Boniface devient le berceau de l’Église catholique pour tout l’Ouest canadien et le Nord-Ouest américain. Les débuts de cette initiative remontent à 1816 lorsque les autorités administratives de la colonie de la Rivière-Rouge, Lord Selkirk et Miles Macdonell, demandent à Mgr Joseph-Octave Plessis, évêque de Québec, Bas-Canada, d’envoyer des missionnaires pour répondre aux besoins spirituels de la population canadienne-française et métisse. Un an plus tard, vingt-deux habitants de la colonie envoient à leur tour une pétition à Plessis réclamant un missionnaire permanent à la Rivière-Rouge.

Les négociations portent fruits et au cours des vingt-cinq prochaines années, quatorze membres du clergé séculier et deux ecclésiastiques viennent du Bas-Canada pour desservir la population canadienne-française et métisse à la Rivière-Rouge, et tenter d’évangéliser les Amérindiens des lieux. Les deux premiers missionnaires nommés à la Rivière-Rouge sont Joseph-Norbert Provencher et Sévère-Joseph-Nicolas Dumoulin. Plessis a une vision très claire de leur rôle et leur donne des instructions précises à cet effet. Les missionnaires quittent Montréal le 19 mai 1818 avec l’ecclésiastique Guillaume-Étienne Edge, empruntant la route des anciens explorateurs et des voyageurs. Le 16 juillet de la même année, ils débarquent de leurs canots au confluent des rivières Rouge et Assiniboine où le gouverneur de la colonie, Alexander Macdonell, les accueille.

Provencher fonde sa mission à l’est de la rivière Rouge et la place sous le vocable de saint Boniface. Ce site est légèrement en aval de l’embouchure de la rivière Assiniboine, sur une terre de 22 1/2 hectares octroyée par la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH). Répondant aux instructions de Plessis, les missionnaires dressent des plans pour la construction de trois édifices. Cependant, l’exécution de ces plans s’avère difficile sinon impossible car presque tout fait défaut : matériaux de construction, outils et ouvriers. En septembre 1818, Dumoulin et Edge quittent la Rivière-Rouge pour établir une mission à Pembina (maintenant au Dakota du Nord). Une partie de la population amérindienne, métisse et européenne hiverne dans ces lieux à cause de la proximité des troupeaux de bisons ainsi que pour échapper à la disette causée par les sauterelles qui avaient ravagé les prairies. En 1818, lorsque la frontière canado-américaine est fixée au 49e parallèle de latitude, l’avenir de la mission est menacé. Pembina se trouve alors en territoire américain et au printemps de 1823 la mission est abandonnée. Déçu de cette décision qui touche son oeuvre missionnaire, Dumoulin quitte la colonie.

Entre-temps, soit en 1820, Provencher remonte au Bas-Canada pour faire un rapport sur l’évolution de la colonie. Edge l’accompagne car il a décidé de ne pas continuer dans la vie ecclésiastique. Quatre jours avant leur départ, l’ecclésiastique Jean-Baptiste Sauvé et l’abbé Thomas-Ferruce Picard-Destroismaisons arrivent à la colonie. Ce dernier a le mandat de remplacer Provencher pendant son absence.

Le 1er juin 1822, Provencher quitte Montréal en compagnie de Jean Harper. Lorsqu’ils arrivent à Saint-Boniface au mois d’août, Harper est affecté à l’enseignement des enfants, tandis que Provencher tente de convaincre les habitants de Pembina de s’établir en territoire britannique. Une partie des familles choisit de quitter Pembina et se dirige vers un endroit le long de la rivière Assiniboine connu comme la Prairie-du-Cheval-Blanc.

Conscients des projets ambitieux de Plessis, les missionnaires tentent de trouver des moyens de former des garçons pour l’état ecclésiastique et d’établir une école pour les filles. En voyant l’état financier précaire de la colonie et le manque d’assiduité chez les enfants, Provencher n’est pas convaincu qu’il puisse facilement répondre aux désirs de Plessis. Les misères deviennent plus évidentes pendant l’hiver 1825-1826. Cet hiver est un des plus long et des plus neigeux que la colonie ait connu et une inondation au printemps démolit plus de la moitié des édifices sur les rives de la rivière Rouge.

En 1828 François Boucher, qui en 1827 avait remplacé Destroismaisons à la Rivière-Rouge, prend la relève de Harper à l’école de Saint-Boniface. Harper accompagne les Métis lors de la chasse de bison à l’automne à partir de 1827, et dessert ces gens ainsi que ceux établis à Saint-François-Xavier (Prairie-du-Cheval-Blanc).

Pendant plusieurs années, les missionnaires tentent d’apprendre les langues amérindiennes de la région mais sans succès. Provencher, qui retourne au Bas-Canada en 1830 souhaite donc trouver un missionnaire capable d’accomplir cette tâche. L’année suivante, Georges-Antoine Belcourt arrive à Saint-Boniface et il se consacre à l’étude du Sauteux. Boucher, chargé des fonctions de Harper avant le départ de Provencher en 1830, est alors remplacé à l’école par François Bruneau, un enseignant laïc. Celui-ci quitte son poste en 1831 et l’école ferme ses portes. L’année suivante, l’école recommence lors de l’arrivée à Saint-Boniface de Charles-Édouard Poiré.

En 1834, une délégation représentant les Canadiens français et les Métis de la côte du Pacifique arrivent à la Rivière-Rouge et demandent un prêtre. À bout de ressources, Provencher planifie un autre voyage dans l’Est et en Europe. Il quitte Saint-Boniface le 17 août 1835. Jean-Baptiste Thibault se voit confier la mission de Saint-Boniface, Poiré celle de Saint-François-Xavier et Belcourt doit se consacrer exclusivement à l’éducation des Amérindiens. Pendant son séjour au Bas-Canada, Provencher trouve deux nouvelles recrues pour la mission tant désirée sur la côte du Pacifique : Modeste Demers et François-Norbert Blanchet.

Les Catholiques d’autres régions éloignées demandent aussi des missionnaires. En 1842, Thibaut répond à l’appel des Métis établis aux pieds des montagnes Rocheuses. La Rivière-Rouge, cependant souffre toujours d’un manque de missionnaires. En 1843 il n’y a plus que Belcourt, Thibault, Joseph-Arsène Mayrand et Jean-Édouard Darveau dans la colonie. Pour comble de malheur, Darveau meurt tragiquement l’année suivante.

Encore une fois, en 1843, Provencher fait un voyage de recrutement dans l’Est. Vu qu’il est question d’ériger le district épisopal du Nord-Ouest en vicariat apostolique, il cherche l’appui d’une communauté de religieux. Ces derniers assureraient une plus grande stabilité au personnel ecclésiastique. Une fois le Nord-Ouest soustrait à l’administration du diocèse de Québec, la possibilité d’avoir d’autres recrues de Québec diminue. Les deux dernières recrues parmi les prêtres séculiers de cette époque sont Louis-François Richer Laflèche et Joseph Bourassa. D’autres viendront, dans les années à venir, mais à partir de 1845, la plupart des missionnaires sont des Oblats de Marie-Immaculée.

ALLAIRE, J.-B.-A., Dictionaire biographique du clergé canadien-français : Les anciens, Montréal, Imprimerie de l’École catholique des Sourds-Muets, 1910

COLLABORATEURS, Dictionnaire biographique du Canada, volumes 8-13, Québec, Les Presses de l’université Laval, 1985-1994

DAUPHINAIS, Luc, Histoire de Saint-Boniface, Tome I, À l’ombre des cathédrales : Des origines de la colonie jusqu’en 1870, Saint-Boniface, Les Éditions du Blé, 1991

DORGE, Lionel, Le Manitoba, reflets d’un passé, Winnipeg, Éditions du Blé, 1976


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