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Gabrielle Roy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gabrielle Roy est sans contredit l’écrivaine la plus connue et appréciée du Manitoba français. Elle a marqué le monde de la littérature par son écriture vraie, complexe, analytique de la condition humaine et contrastante dans son style et ses thèmes. En effet, son roman le plus célèbre, Bonheur d’occasion, publié en 1945, illustre la misère vécue lors de la Seconde Guerre mondiale dans le quartier ouvrier de Saint-Henri, au Québec, ce qui fait de cette œuvre le premier roman urbain et le premier roman psychologique, rompant avec la période du terroir et de l’idéologie de conservation, préconisant des sujets comme le retour à la terre, la famille, la religion et la patrie. Son œuvre, comprenant plus d’une vingtaine de titres, a été traduite en plus de quatorze langues, et l’auteure s’est vue remettre les plus grandes distinctions du monde de la littérature, dont le prix du Gouverneur Général (1947, 1957, 1978), le prix Duvernay (1956) et le prix David (1971). Elle a également été nommée Compagnon de l'Ordre du Canada en 1967.

Le musée Maison Gabrielle-RoyGabrielle Roy est née le 22 mars 1909 à Saint-Boniface, au Manitoba. Elle a habité la maison familiale située au 375, rue Deschambault jusqu’en 1937, maison qui a été le titre de l’un de ses romans et qui est aujourd’hui un musée visant à faire connaître et honorer l’œuvre de la grande écrivaine franco-manitobaine. Cette dernière était la benjamine d’une famille de onze enfants. Malheureusement, trois d’entre eux ont perdu la vie à un très jeune âge.

Les parents de Gabrielle étaient tout d’eux francophones et parlaient le français à la maison. En effet, ils étaient tous deux originaires du Québec : Léon Roy venait de Saint-Isidore-de-Dorchester et Mélina Landry de Saint-Alphonse-de-Rodriguez. À l’époque, Saint-Boniface était une ville isolée de Winnipeg par la rivière Rouge, les champs de blé et la culture totalement différente. La langue française y était donc préservée. Toutefois, la loi Thornton de 1916 a empêché toute éducation en français au Manitoba. Gabrielle étudiera donc en anglais à l'Académie Saint-Joseph et au Winnipeg Normal Institute, ce qui ne l’empêchera pas de remporter tous les prix d’excellence de ses classes de français et d’anglais au secondaire.

En 1913, les Roy vivent une période difficile. Léon Roy perd son emploi d’agent d’immigration lors d’un changement de gouvernement seulement six mois avant sa retraite. Il ne touchera donc pas à un seul sous de sa pension et aura de grandes difficultés monétaires. La maison familiale doit être hypothéquée en 1915. Après la mort de Léon, Mélina doit se résigner à vendre la maison et à en devenir simple locataire, malgré ses efforts pour accumuler un peu d’argent en faisant de la couture et en louant des chambres.

Gabrielle n’a pas été témoin des jours heureux de ses parents comme ses autres frères et sœurs plus vieux. Elle a donc eu plus de difficulté à tisser des liens de proximité avec ceux-ci. Toutefois, la vie culturelle était vibrante dans la maison, car malgré les problèmes financiers, la famille trouvait les moyens d’accéder à des cours de piano. Cette omniprésence de la culture a sans contredit aidé à donner la piqûre de l’écriture à Gabrielle dès son plus jeune âge.

Suite à de brillantes études, Gabrielle se donne corps et âme à sa carrière d’institutrice. Entre 1929 et 1937, elle enseignera dans plusieurs villages manitobains. Son expérience d’enseignement et les paysages de sa province natale resteront à jamais gravés dans sa mémoire et se refléteront grandement dans son œuvre. En 1937, alors âgée de 28 ans, elle part en Europe suivre des cours d’art dramatique. Alors déchirée entre le théâtre et l’écriture, ses tentatives infructueuses au théâtre confirment son choix. En 1939, elle s’installe à Montréal et devient journaliste-pigiste pour le Bulletin des agriculteurs et La Revue Moderne avec l’aide de son conseiller littéraire, Henri Girard.

On dit de Gabrielle Roy qu’elle était une personne solitaire, réservée, attachante, fragile et nostalgique. Elle éprouvait un attachement particulier pour sa terre natale, le Manitoba. Toutefois, elle ressentait également à Saint-Boniface un sentiment d’aliénation, d’humiliation et de dévalorisation des francophones par rapport à la majorité anglophone. C’est pourquoi, malgré son éducation en anglais, elle a tenu à « se venger » et à développer parfaitement son français pour écrire dans la langue de Molière, à la mode canadienne-française bien entendu. Aujourd’hui, le Manitoba comprend plus de 100 groupes ethniques différents et les francophones ne forment plus que 7 % de la population.

Le livre Bonheur d'occasionC’est en 1945 que Gabrielle Roy commence sa réelle carrière d’écrivaine. Elle publie Bonheur d’occasion, son roman le plus célèbre, qui connaîtra un succès fulgurant. Elle devient la première auteure canadienne à remporter le Prix Femina, un prix français, en 1947. Cette même année, la version anglaise du roman, The Tin Flute, se vend à 700 000 exemplaires. Elle devient également membre de la Société royale du Canada. Du côté personnel, elle marie le docteur Marcel Carbotte et s’exile en France, où elle écrira son roman préféré : La Petite Poule d’Eau. Elle revient au Québec en 1950 et s’installe dans la ville de Québec même. En 1957, elle achète un chalet d’été à Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix, où elle écrira la majeure partie de son œuvre. Elle abordera des thèmes tels la psychologie et les malaises existentiels de l’être humain du XXe siècle, la réalité des artistes et des Autochtones, la nature, les voyages, l’enseignement, l’adaptation difficile des pionniers de l’Ouest et ses souvenirs de jeunesse. Elle écrira également quelques contes pour enfants. Durant cette période créatrice, elle voyagera beaucoup au Canada, aux États-Unis et en Europe. Elle décède le 13 juillet 1983 d’une crise cardiaque à l’Hôtel-Dieu de Québec, laissant derrière elle un vaste héritage littéraire francophone au Québec, au Manitoba et partout dans le monde.

Cette même année, le film Bonheur d’occasion de Claude Fournier et Marie-Josée Raymond est produit. En 1989, une première reconnaissance de la valeur de la maison familiale des Roy sur la rue Deschambault est accordée grâce aux efforts de la Société historique de Saint-Boniface, qui installe une plaque commémorative devant la maison. Durant cette décennie, Annette Saint-Pierre pensait déjà à son projet de transformer la maison d’enfance de l’illustre écrivaine en musée. Comme la principale concernée n’était pas nécessairement enchantée par l’idée, Annette Saint-Pierre a attendu le décès de celle-ci avant d’entamer ses démarches.

De 1997 à 2003, les efforts conjugués de la Corporation Maison-Gabrielle Roy et d’Annette Saint-Pierre pour amasser des dons, acheter la maison, la restaurer la transformer en musée portent leurs fruits. Le 19 juin 2003, le musée Maison Gabrielle-Roy est officiellement ouvert au public, après de laborieuses démarches et des investissements s’élevant à plus de 650 000 $. Il s’agit maintenant d’un centre d’interprétation et d’exposition sur la vie de la célèbre écrivaine et de sa famille.

La maison, construite en 1905 par le frère de Mélina Roy, a complètement retrouvé son apparence d’origine, même si pratiquement aucun meuble ou objet du musée n’a appartenu aux Roy étant donné les nombreux changements de propriétaire. « La maison a été surélevée sur des poutres pendant les travaux. Partout dans la maison, à l'exception du bureau, les planchers sont d'origine, en pin de la Colombie-Britannique [...]. Les murs sont peints de couleurs d'origine. Il a fallu enlever quinze couches de peinture pour y arriver […]. Le plan de la maison a dû être revu de fond en comble... toutes les touches architecturales de la maison ont été restaurées pour refléter la maison telle qu'elle était en 1905.[1] »

Plaque commémorative en face du muséeLe 23 novembre 2001, l'Assemblée législative du Manitoba a désigné la maison des Roy comme « Maison historique », consacrant ainsi son importance aux yeux des habitants de la terre natale de l’écrivaine.

En 2009, une exposition sur Gabrielle Roy a été présentée au Centre du patrimoine en l’honneur de son 100e anniversaire de naissance. Elle mettait entre autres à l’avant-plan de la correspondance et d'autres archives du fonds Corporation Maison Gabrielle-Roy. L’ensemble des panneaux et des pièces d’archives utilisés pour l’exposition sont accessibles sur notre site web dans la section « Exposition » du module « Au pays de Riel ».

De nos jours, la Maison Gabrielle-Roy est une fierté pour l’ensemble des Manitobains, plus particulièrement les francophones, et des gens de partout dans le monde viennent la visiter, dont grand nombre de Québécois. C’est grâce aux efforts soutenus d’Annette Saint-Pierre, qui s’est investie à fond dans ce projet d’envergure, si cette maison de grande valeur historique et culturelle fait aujourd’hui du patrimoine manitobain et fait revivre la mémoire de la grande écrivaine qu’a été Gabrielle Roy.

 


[1] Annette Saint-Pierre, Au pays de Gabrielle Roy, Saint-Boniface, Éditions des Plaines, 2005, 222 p.

 

 

Le site web de l'Encyclopédie canadienne: 

http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/gabrielle-roy/

Le site web de l'Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française: http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-72/Maison_Gabrielle-Roy.html#.WVEe6Wg1_IU

Le site web de la Maison Gabrielle-Roy: 

http://maisongabrielleroy.mb.ca/fr/gabrielle-roy/


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