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Les écrits de Manie Tobie

Le 12 mars 1966, Thérèse Goulet-Courchaine réalise un projet qu’elle caresse depuis bon nombre d’années. Elle présente, sous les auspices de la Société historique de Saint-Boniface, une conférence sur la famille Goulet. Dans sa présentation de la conférencière, le père Martial Caron, s.j. signale que Thérèse Goulet-Courchaine, comme les autres membres de la famille Goulet, a « le don de la conversation, le don de la communication ». En fait, cette femme de souche métisse, enseignante de formation et d’expérience, écrit et publie au cours des années 1950 et 1960 une grande collection d’articles et de poèmes, en anglais et en français. Ses écrits témoignent de ses expériences professionnelles, de sa fierté de ses origines, et de son désir de rappeler la culture et le patrimoine des francophones et Métis du Manitoba. Vers la fin de sa vie, elle attache beaucoup d’importance à continuer les recherches qu’avait entamées son père pour qui elle avait une grande admiration, afin de faire connaître son histoire.

Marie-Thérèse Goulet est née à Saint-Boniface en 1912, fille de l’éducateur et inspecteur d’écoles Roger Goulet et de Lumina Gauthier. Elle est également la petite-fille d’Elzéar Goulet, collaborateur de Louis Riel lors de la résistance des Métis à la Rivière-Rouge en 1869-70. Elle fait ses études primaires au couvent des Filles de la Croix à Saint-Adolphe et ses études secondaires à l’Académie Saint-Joseph à Saint-Boniface. Marie-Thérèse a une grande facilité pour les langues : elle se mérite une bourse pour la meilleure note en français en onzième année, et en 1928 elle gagne un concours oratoire avec son discours « Le Canada dans le concert des nations ». Elle obtient son brevet en éducation et enseigne quelques années avant d’épouser Joseph Courchaine, ouvrier-jardinier de Saint-Adolphe, en 1932.

Au cours des années 30, 40 et 50, tout en élevant une famille de quatre enfants, Thérèse Goulet-Courchaine enseigne, d’abord dans des écoles privées catholiques et des écoles publiques, puis dans des écoles indiennes et métisses des régions éloignées, entre autre dans les missions oblates le long du lac Manitoba. Elle publie plus tard dans l’Ami du foyer, revue des Oblats, une série d’articles portant sur ses expériences dans l’enseignement à des endroits tels que Pipestone, Salt Point, et Crane River. Dans ces textes, on trouve aussi des descriptions du milieu naturel ainsi que des observations sur la culture et les traditions des gens qui y habitent.

Pendant ces années d’enseignement, elle poursuit également ses études et obtient en 1955 un diplôme d’excellence en français oral de l’Université du Manitoba.

Souffrant du diabète, Thérèse Goulet-Courchaine commence à devenir aveugle et doit abandonner l’enseignement à la fin des années 50. Elle entre à CFRG, poste de radio de langue française à Gravelbourg en Saskatchewan pour animer, sous le nom de « Tante Thérèse », une émission pour enfants nommé Le coin des tout p’tits. Son état de santé l’oblige à quitter ses fonctions peu après, mais la radio demeure son ouverture sur le monde et sa grande curiosité intellectuelle la pousse à continuer à apprendre et à communiquer. Elle apprend l’alphabet braille et, munie de sa machine à écrire et de ses rubans à enregistrer, elle consacre son temps au recueil et à l’enregistrement d’informations et à l’écriture. Pendant quatre ans, elle envoie des textes radiophoniques au poste CKSB à Saint-Boniface pour une émission dominicale consacrée aux malades. Elle s’intéresse également à l’histoire locale, et fait paraître en 1967 une brochure historique intitulée Ma Paroisse – St-Adolphe.

C’est vers 1960 qu’elle prend le nom de plume « Manie Tobie » et se met à écrire des poèmes, des articles et des nouvelles qui sont publiés dans The Indian Record, The Sunday Herald et The Kamsack Times entre autres. Au cours des années 1960 jusqu’au moment de son décès à l’été de 1970, Manie Tobie est avant tout une correspondante fidèle à La Liberté et le Patriote, où l’on peut lire à presque toutes les semaines ses récits, ses anecdotes, ses poèmes, et même ses lettres à la rédaction. Une série d’articles qui ont tous pour légende « Récits du centenaire » paraissent dans La Liberté et le Patriote entre février et août 1970. La grande perspicacité de Manie Tobie lui permet de dresser dans ces courts textes un portrait fidèle des personnages, des bâtiments et des évènements qui faisaient partie de son vécu quotidien à Saint-Boniface, et de faire connaître aux lecteurs les coutumes et traditions d’autrefois des francophones et Métis du Manitoba.

Confinée à un fauteuil roulant suite à l’amputation d’une jambe en 1966, elle ne laisse pas ses limitations physiques renfermer son esprit sur l’actualité. Ses poèmes touchent souvent les sujets qui font les manchettes au cours des années 60, non seulement à Saint-Boniface, mais dans le monde entier. Ses poèmes et articles défendent également la cause de Louis Riel, héros des Métis et reflètent sa fierté à l’égard de sa ville natale et du Manitoba. De plus, elle sensibilise ses lecteurs aux difficultés qu’éprouvent les malades, et leur donne espoir dans des textes tels que « Comment j’écris sans mes yeux ».

Les nombreux témoignages d’affection et de respect que l’on lit dans La Liberté et le Patriote suite au décès de Manie Tobie survenu le 15 juillet 1970 font preuve de l’appréciation de ses lecteurs. Aujourd’hui, ses écrits sont de précieux documents qui reflètent l’histoire socioculturelle des Métis et francophones du Manitoba au cours de la première moitié du 20e siècle.

Sources inédites

Archives de la Société historique de Saint-Boniface, Fonds Marie-Thérèse Goulet-Courchaine.

Musée de Saint-Boniface, dossiers de l’exposition En paroles et en gestes : portraits de femmes du Manitoba français

Sources imprimées

CENTRE DE RESSOURCES ÉDUCATIVES FRANÇAISES DU MANITOBA. Auteurs francophones des Prairies, Saint-Boniface, Centre de ressources éducatives françaises du Manitoba, 1981.

GABOURY-DIALLO, Lise. « Chants à la vie Berthe de Trémaudan Fernando Champagne, Manie Tobie », dans Roger Léveillé, Anthologie de la poésie franco-manitobaine, Saint-Boniface : Les Éditions du Blé 1990, pages 309-316.

LÉVEILLÉ, Roger. Anthologie de la poésie franco-manitobaine, Saint-Boniface : Les Éditions du Blé 1990.

Manie Tobie: femme du Manitoba, présentation et choix de textes par René Juéry, Saint-Boniface, Les Éditions des Plaines, c1979.

[PELLETIER, ÉMILE]. « Mani-Tobie », dans Bruce Sealey, rédacteur en chef, Famous Manitoba Métis, Winnipeg, Manitoba Metis Federation, 1974.


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