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Marius Benoist, évadé de la conscription

Marius Benoist est né le 1er octobre 1896 à Sainte-Anne-des-Chênes. Il déménagea à Saint-Boniface en 1904, et étudia à l'Académie Provencher, puis au Collège de Saint-Boniface de 1909 à 1917. Il  était membre de l'Association Catholique de la Jeunesse Canadienne et avide lecteur du Devoir, quotidien de Montréal. Ces deux organismes s'opposaient à la participation canadienne à la première guerre mondiale, déclarée en 1914.
1917 fut aussi l'année où la Loi sur la conscription divisa le pays selon ses composantes ethniques. Mesure populaire chez les Canadiens de souche britannique, dirigés par le premier ministre Borden, "Les Canadiens français, ainsi que nombre d’agriculteurs, de syndiqués, d’immigrants non britanniques et d’autres Canadiens, s’opposaient généralement à cette mesure.'  La Crise de la conscription bat son plein.
En octobre 1917, Marius Benoist a 21 ans. Pour éviter la conscription, il quitte le Manitoba dans le plus grand secret et, avec quelques amis, se cache dans les bois du Nord du Québec. Dans une lettre à sa mère, datée du 8 octobre 1917, Marius raconte son premier abri, un "shack de logs 8 x 10 couvert en toile avec un petit poële gros comme le poing"  situé à une dizaine de milles au nord d'Amos. Cette première cabane n'est que temporaire, car, avec quatre amis, il en construit une de 20 x 20 pieds, à un quart de mille de la rivière Haricana, près du lac Obalski. Le premier hiver est très dur: "Quand à leur alimentation, à part un lièvre de temps en temps ou une soupe aux pois, l'ordinaire est réduit au pain et aux beans. Trois fois par jour! La vie est dure, très dure." 
Pour ces jeunes citadins, sans expérience de survie, la vie dans les bois est difficile. "La simple survie avec les moyens élémentaires dont ils disposaient dans ce milieu des plus déshérités ne leur laissait pas grand temps pour penser à autre chose."  Leurs réserve de nourriture étant presque épuisée, ils firent des plans pour améliorer leur situation. Vu l'abondance d'animaux à fourrure, ils pensèrent à faire de la trappe, mais leur inexpérience mit un terme à ce projet. Ils tentèrent de survivre en coupant du bois pour le vendre. "La neige très abondante et leur ignorance abyssale du métier de bûcheron les ont obligés de couper court très rapidement à ce projet."   Puis, leur potager fut ravagé par une gelée tardive. Ils pensèrent aussi s'adonner à la pêche dans le lac voisin, mais encore une fois, le manque d'expérience ne pouvait remplacer l'imagination et la théorie.
Trois des compagnons de maquis de Marius Benoist sont originaires du Manitoba: Louis et Georges Bétournay, et Anatole Bohémier. Ils adoptent des noms de guerre, pour rester cachés. Au printemps, ils aper¬çoivent un canot approcher, et décident qu'ils doivent s'éloigner davantage de la civilisation. En mai 1918, ils remontèrent la rivière Haricana jusqu'au lac Castagnier, situé à l'est du lac Obalski, et accessible par un long portage. Ils y construisent un autre logement de 20 x 20 pieds, pour dormir, ainsi qu'une plus petite cabane de 14 x 14 pieds, pour servir de cuisine. Quelques-uns des compagnons vont aussi travailler pour le gouvernement du Québec, comme bûcherons. 
Ce second hiver fut aussi difficile. "La nouveauté de l'expérience s'était quelque peu affadie et passer ses jours à ne pourvoir qu'aux besoins vitaux avait perdu de son charme. La guerre étant terminée depuis novembre, Marius et les frères Bétournay avaient décidé de ne pas mettre fin immédiatement à leur clandestinité, car tant que le sort des insoumis n'était pas réglé, ils étaient toujours passibles d'une peine sévère." 
Finalement, en juin 1919, Marius quitte définitivement sa cachette pour revenir à la société. Le gouvernement canadien se montre clément aux évadés de la conscription, sans toutefois pouvoir leur accorder une amnistie, qui aurait provoqué la colère des Anglais. Jugé en cour à Québec, Marius purge une peine de 22 jours. Sa mère lui écrit, le 3 août 1919 : "Quel plaisir pour moi d'apprendre que tu es rendu à Montréal [...] Quand Louis-Philippe [Gagnon, ami de Marius] est revenu de Québec [...] il nous racontait que les prisons de Rimouski regorgeaient de conscrits purgeant leur mois de prison pour gagner $250 d'amende et j'en suis venue à la conclusion que tu devais être de ce nombre [...]" 
Pour Marius, ce temps de clandestinité lui donna le temps de penser à son avenir. En effet, "il était arrivé à la conclusion qu'il ferait de la musique son champ d'élection, une fois terminée sa période de clandestinité."  Au printemps 1920, il rentra à Saint-Boniface. Après une coute carrière d'instituteur, il travailla comme courtier en douanes pendant 50 ans. Il devint organiste de la Cathédrale de Saint-Boniface en 1926, et poursuivit une carrière en musique jusqu'à son décès survenu le 13 janvier 1985.
Marius Benoist est né le 1er octobre 1896 à Sainte-Anne-des-Chênes. Il déménagea à Saint-Boniface en 1904, et étudia à l'Académie Provencher, puis au Collège deMarius Benoist en 1914, SHSB 3967 Saint-Boniface de 1909 à 1917. Il  était membre de l'Association Catholique de la Jeunesse Canadienne et avide lecteur du Devoir, quotidien de Montréal. Ces deux organismes s'opposaient à la participation canadienne à la première guerre mondiale, déclarée en 1914.
 
1917 fut aussi l'année où la Loi sur la conscription divisa le pays selon ses composantes ethniques. Mesure populaire chez les Canadiens de souche britannique, dirigés par le premier ministre Borden, "Les Canadiens français, ainsi que nombre d’agriculteurs, de syndiqués, d’immigrants non britanniques et d’autres Canadiens, s’opposaient généralement à cette mesure.'1  La Crise de la conscription bat son plein.
 
En octobre 1917, Marius Benoist a 21 ans. Pour éviter la conscription, il quitte le Manitoba dans le plus grand secret et, avec quelques amis, se cache dans les bois du Nord du Québec. Dans une lettre à sa mère, datée du 8 octobre 1917, Marius raconte son premier abri, un "shack de logs 8 x 10 couvert en toile avec un petit poële gros comme le poing"2  situé à une dizaine de milles au nord d'Amos. Cette première cabane n'est que temporaire, car, avec quatre amis, il en construit une de 20 x 20 pieds, à un quart de mille de la rivière Haricana, près du lac Obalski. Le premier hiver est très dur: "Quand à leur alimentation, à part un lièvre de temps en temps ou une soupe aux pois, l'ordinaire est réduit au pain et aux beans. Trois fois par jour! La vie est dure, très dure."3
 
Pour ces jeunes citadins, sans expérience de survie, la vie dans les bois est difficile. "La simple survie avec les moyens élémentaires dont ils disposaient dans ce milieu des plus déshérités ne leur laissait pas grand temps pour penser à autre chose."4  Leurs réserve de nourriture étant presque épuisée, ils firent des plans pour améliorer leur situation. Vu l'abondance d'animaux à fourrure, ils pensèrent à faire de la trappe, mais leur inexpérience mit un terme à ce projet. Ils tentèrent de survivre en coupant du bois pour le vendre. "La neige très abondante et leur ignorance abyssale du métier de bûcheron les ont obligés de couper court très rapidement à ce projet."5   Puis, leur potager fut ravagé par une gelée tardive. Ils pensèrent aussi s'adonner à la pêche dans le lac voisin, mais encore une fois, le manque d'expérience ne pouvait remplacer l'imagination et la théorie.
 
Trois des compagnons de maquis de Marius Benoist sont originaires du Manitoba: Louis et Georges Bétournay, et Anatole Bohémier. Ils adoptent des noms de guerre, pour rester cachés. Au printemps, ils aperçoivent un canot approcher, et décident qu'ils doivent s'éloigner davantage de la civilisation. En mai 1918, ils remontèrent la rivière Haricana jusqu'au lac Castagnier, situé à l'est du lac Obalski, et accessible par un long portage. Ils y construisent un autre logement de 20 x 20 pieds, pour dormir, ainsi qu'une plus petite cabane de 14 x 14 pieds, pour servir de cuisine. Quelques-uns des compagnons vont aussi travailler pour le gouvernement du Québec, comme bûcherons.
 
Ce second hiver fut aussi difficile. "La nouveauté de l'expérience s'était quelque peu affadie et passer ses jours à ne pourvoir qu'aux besoins vitaux avait perdu de son charme. La guerre étant terminée depuis novembre, Marius et les frères Bétournay avaient décidé de ne pas mettre fin immédiatement à leur clandestinité, car tant que le sort des insoumis n'était pas réglé, ils étaient toujours passibles d'une peine sévère."6

Finalement, en juin 1919, Marius quitte définitivement sa cachette pour revenir à la société. Le gouvernement canadien se montre clément aux évadés de la conscription, sans toutefois pouvoir leur accorder une amnistie, qui aurait provoqué la colère des Anglais. Jugé en cour à Québec, Marius purge une peine de 22 jours. Sa mère lui écrit, le 3 août 1919 : "Quel plaisir pour moi d'apprendre que tu es rendu à Montréal [...] Quand Louis-Philippe [Gagnon, ami de Marius] est revenu de Québec [...] il nous racontait que les prisons de Rimouski regorgeaient de conscrits purgeant leur mois de prison pour gagner $250 d'amende et j'en suis venue à la conclusion que tu devais être de ce nombre [...]"7
Pour Marius, ce temps de clandestinité lui donna le temps de penser à son avenir. En effet, "il était arrivé à la conclusion qu'il ferait de la musique son champ d'élection, une fois terminée sa période de clandestinité."8  Au printemps 1920, il rentra à Saint-Boniface. Après une coute carrière d'instituteur, il travailla comme courtier en douanes pendant 50 ans. Il devint organiste de la Cathédrale de Saint-Boniface en 1926, et poursuivit une carrière en musique jusqu'à son décès survenu le 13 janvier 1985.
 
 

1.  Site web du Musée canadien de la guerre: Le Canada et la Première Guerre Mondiale, Conscription 1917, http://www.museedelaguerre.ca/premiereguerremondiale/histoire/la-vie-au-pays-pendant-la-guerre/recrutement-et-conscription/conscription-1917/
 2. Cité dans Gallays, François (2009) Marius Benoist (1896-1985) et la culture au Manitoba français, St-Boniface, les Éditions du blé, p. 41
 3. Gallays, François (2009) Marius Benoist (1896-1985) et la culture au Manitoba français, St-Boniface, les Éditions du blé, p. 41
 4. Ibid, p. 43
 5. Ibid, p. 46
 6. Ibid, p. 51
 7. Cité dans Ibid, p. 51
 8. Ibid, p. 52
 

Gallays, François (2009) Marius Benoist (1896-1985) et la culture au Manitoba français, Saint-Boniface, les Éditions du blé


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