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Edmond Roy

Edmond Roy est né le 27 juin 1923 à Saint-Boniface. Il grandit dans les villages de Saint-Eustache, Elie, Brandon et Saint-Pierre-Jolys, où il termina sa douzième année scolaire en 1942. Peu après, il s'enrôla volontairement dans les forces aériennes canadiennes. Edmond Roy, premier assis à gauche, SHSB45408
 
L'entraînement dans le British Commonwealth Air Training Program durait un an, selon la spécialisation. Edmond commença son entraînement de base à Brandon puis, comme ceux "qui avaient un niveau d'éducation suffisant pour digérer l'instruction nécessaire pour devenir air crew : pilotes, navigateurs et bomb-aimers"1, fut envoyé à l'Initial Training School, à Edmonton. Là, il étudia les rudiments de la navigation: lecture de cartes, tracer les routes, astronomie pour pouvoir s'orienter selon les étoiles, code Morse, pilotage. Puis il poursuivit ses études de bomb-aimer au Bombing and Gunnery School à Dafoe, SK, où il fut initié "aux opérations aériennes en nous exerçant au placement de bombes et à l'utilisation de mitrailleuses"2, ainsi qu'à l'identification d'avions ennemis et alliés. Cet entraînement intensif fut suivi d'une session au Advanced Navigation Training, à Portage-La-Prairie, pour la navigation et le placement de bombes. "À ce stade, le sentiment de faire partie d'une équipe, d'être capable de prendre toutes les responsabilités, de pouvoir remplacer en cas d'urgence le mitrailleur ou le pilote me remplissait d'une assurance extraordinaire."3 Il gradua à l'été 1943 avec le grade de sergent et commença aussitôt son congé avant le départ de 4 semaines à Saint-Pierre.
 
Vers la fin d'août 1943, il prit le train de Winnipeg à Halifax où il monta sur le Queen Mary, avec 18 000 hommes, pour la traversée de l'Atlantique. Après trois jours et demi de voyage, il débarqua à Greenock, en Écosse, et prit le train pour Bournemouth, un camp d'attente et d'orientation. Il y resta du 3 septembre au 9 novembre, trouvant le temps long, mais rencontrant à plusieurs reprises des Canadiens de passage, comme lui. 
 
«Nous avons échangé nos adresses, et à quelques reprises nous nous sommes mutuellement réconfortés par lettres en revivant des épisodes de nos vies passées et de notre vie du moment. Sans effort il y avait toujours des choses à partager, des informations à transmettre sur des gens que nous connaissions. Les amitiés de guerre nouées n'étaient vraiment pas exigeantes à préserver.»4
 
Pendant son cours d'orientation, il apprit à s'adapter au climat écossais. Il apprit aussi qu'à cette époque, même s'il devait faire un tour de 30 sorties, un aviateur "ne pouvait s'attendre à survivre qu'à une douzaine d'incursions au-dessus de l'Allemagne."5   Il découvrit aussi l'importance du courrier: "Dans cette ambiance sombre et mélancolique qu'il fallait supporter, écrire des lettres devenait un passe-temps soulageant. En songe je passais de beaux moments avec ceux qui m'étaient chers. Le courrier que je recevais me provoquait assez de battements de cœur pour que je tienne obsessivement à en garder une trace enregistrée."6  "Écrire des lettres et en recevoir devenait pour nous tous presque vital."7
 
Finalement, il fut posté à l'aérodrome de Stanraer, en Écosse, pour des cours de navigation, puis renvoyé à Bournemouth à la fin de décembre 1943. Ce ne fut que le 27 janvier 1944 qu'il fut envoyé au Operational Training Unit à Wellsbourne-Mountford. Là il fut initié à l'application de ce qu'il avait appris, sur un avion de bombardement à deux moteurs, le Wellington. Cet entraînement dura jusqu'au 15 mai 1944, date où il fut transféré  au Heavy Conversion Unit à Topcliffe. 
Revenu d'un congé de deux semaines, il apprit le décès accidentel de son père, survenu le 24 mai. Appuyé par l'officier commandant de la base, Edmond Roy appliqua à Ottawa pour un transfert à un poste de non-combattant. En attendant une réponse, il suivit un cours au camp des commandos à Dalton, cette fois-ci un Escape Course, adapté aux besoins des aviateurs abattus en territoire ennemi.
 
La réponse d'Ottawa fut négative, mais Edmond, étant l'aîné de sa famille, soutenait sa mère financièrement en lui envoyant une partie de sa paie militaire. Il fit appel à la décision, mais fut encore une fois refusé. Placé dans un nouvel équipage, il termina son entraînement en septembre 1944 et fut envoyé dans l'escadrille 78 de la Royal Air Force, escadrille de bombardiers rattachée à Bomber Command et basée alors à Breighton, dans le Yorkshire. 
 
Son équipe ayant perdu leur pilote, Edmond fit 5 envolées comme bombardier remplaçant avec un pilote dénommé Prentice. Il apprit les difficultés et les dangers relatifs aux bombardiers, et raconta une "expérience typique" arrivée lors d'une mission de bombardement sur Chemnitz.
 
«La défense de cette ville par les forces terrestres et aériennes allemandes était acharnée et très efficace d'après ce que nous pouvions observer en approchant de la cible. Nous découvrions une mêlée chaotique. Nous repérions des avions descendus en flammes, des collisions entre avions et entre avions et bombes. [...]
Sous peu j'allais prendre le commandement du Halifax. À l'approche de la cible, le bombardier devenait le seul maître à bord. Avant le moment béni j'ai entendu dans mes écouteurs : "Pilot to bomb-aimer... Jettison the load!" [...] Quand le pilote m'a intimé de lâcher les bombes, je ne voulais pas croire ce que j'entendais. Nous étions encore si loin de Chemnitz, je n'avais pas de choix, j'ai obéi à ses ordres.
[...]
«Étant donné les grandes distances qu'on avait à traverser, c'était en pratique impossible d'arriver sur l'objectif à l'instant planifié. C'était inévitable qu'il y ait toutes sortes de désarrois avant d'atteindre la cible. Nos ordres étaient précis, mais impossible de les observer sans se casser le cou. Ainsi quand un pilote en pleine bomb run détectait la possibilité d'une collision imminente avec un autre avion qui prenait sa mire à la même seconde, par réflexe il sortait de son axe d'attaque.
En plus plutôt que d'accepter le risque appréhendé au moment de viser l'objectif, l'instinct de la préservation dictait de lâcher les bombes au hasard sur la ville en-dessous, puis de retourner à la base au plus sacrant. Surtout qu'il n'était jamais question de revenir sur l'objectif. Forget the second run. Personne n'aurait été assez fou pour tenter une pareille manœuvre. [...]
Tout ça Prentice le savait et moi je l'apprenais... »8
 
Sans mentionner les avions chasseurs de nuit de la Luftwaffe et les canons de Flak autour des villes allemandes qui visaient les bombardiers.
 
Enfin, l'équipage trouva un pilote, et Edmond Roy fit sa sixième sortie quelques jours avant la fin de la guerre. La cible était une batterie anti-aérienne qui protégeait le port de mer de Kiel. "Il n'y avait aucune trace de résistance. La Luftwaffe avait été éliminée et les canons anti-aériens restaient silencieux. C'est la seule fois que j'ai pu mettre en pratique la routine de bomb-aimer que j'avais maîtrisé."
 
Le 8 mai 1945, l'Allemagne capitule. Ce même jour, Edmond Roy quitte Brighton pour le Canada. Il devait être intégré à un nouveau groupe, The Tiger Force, qui avait pour mission de combattre contre le Japon. Mais le Japon capitula avant que cette force aérienne ait terminé son entraînement. Ce fut la fin de la guerre pour Edmond Roy. Il fut démobilisé le 5 septembre 1945. Après une période assez longue d'errements, il entra à l'École Normale en 1952, et devint enseignant l'année suivante. 
Poème d'Edmond Roy écrit en 1944.
Poème d'Edmond Roy : As Time Goes By
 
  1. Roy, Edmond et Bocquel, Bernard (2013) Personne voulait que je sois métis, St-Vital, Editions de la Fourche, p. 189
  2. Ibid, p. 190
  3. Ibid, p. 190
  4. Ibid, p. 200
  5. Ibid, p.203
  6. Ibid, pp. 204-205
  7. Ibid, p. 207
  8. Ibid, pp. 219-221
  9. Ibid, p. 224
 

Roy, Edmond et Bocquel, Bernard (2013) Personne voulait que je sois métis, Saint-Vital, Éditions de la Fourche


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