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Alfred Monnin, officier de liaison dans l'armée canadienne

Alfred Monnin est né le 5 mars 1920 à Saint-Boniface, fils de parents immigrés de la Suisse. Obtenant un baccalauréat du Collège de Saint-Boniface, il étudia le droit à l'Université du Manitoba, de 1939 à 1942. Il s'enrôla ensuite dans l'armée canadienne. En 1943, peu après son mariage avec Denise Pelletier, il fut envoyé en Angleterre. Il subit l'entraînement d'un officier d'infanterie, et faisait parti des troupes de renfort. Il pouvait donc être envoyé à n'importe quel régiment d'infanterie.
C'est le 25 juin 1944 que le lieutenant Alfred Monnin monta au front, en Normandie.  
Je suis débarqué dans un des fameux ports de mer temporaires "Mulberry". Les Boches étaient déjà bien loin, mais pouvaient encore nous rejoindre sur la berge avec leur artillerie lourde. En plus, j'étais malade comme un chien, parce que la traversée s'était faite dans du très mauvais temps. 
Alfred Monnin fut envoyé à la 4e brigade d'infanterie canadienne, où il fut officier de liaison entre la brigade et le Régiment Royal du Canada, régiment originaire de Toronto. Comme officier de liaison, il devait porter les messages entres les quartiers généraux de son régiment, de la 4e brigade, et de 2e division d'infanterie. Ces voyages pouvaient être dangereux: 
Souvent, on me réveillait pour que je me rapporte, en pleine noirceur, à un supérieur. Il fallait trouver son chemin à la tente du brigadier général, recevoir ses ordres, et ensuite faire sa commission. [...] J'avais toujours peur de m'égarer et de me retrouver derrière les lignes allemandes, ce qui était arrivé à mes deux prédécesseurs. J'ai appris très rapidement comment bien lire une carte! 
Le lieutenant Monnin rejoignit son régiment à Carpiquet, un champ d'aviation en banlieue de Caen. C'est dans ce village rasé qu'il eut sa première expérience au feu. Puis il traversa Caen, qui avait été soumis aux bombes alliées. "Je me souviens de la cathédrale de Caen. Elle était presque démolie, mais la tour était intacte... et abritait des francs-tireurs allemands. Ils nous voyaient venir et ont réussi à débarquer plusieurs des nôtres." 
La campagne dans le bocage normand avançait moins vite que l'auraient voulu les commandants, et pour bonne raison. "Chaque petit champ était entouré d'énormes haies, qui cachaient souvent les enfilades des Boches. Et nous nous battions contre les SS Panzer, des troupes d'élite et de vrais fanatiques."  Mais les Allemands n'étaient pas le seul danger pour les jeunes Canadiens.
J'ai frolé la mort à quelques reprises, notamment une nuit entre Caen et Falaise, en Normandie, lorsque l'aviation américaine nous a bombardés par accident. [...] J'étais dans mon jeep et soudainement, les bombes nous tombaient sur la tête et les éclats d'obus pleuvaient partout. Le même phénomène s'est produit dix jours plus tard, sauf que cette fois-là, c'étaient les Anglais. On a vraiment eu la chienne! 
Alfred Monnin participa à la campagne de Normandie, puis traversa la Belgique et vit la capture du grand port d'Anvers et de la région de la Scheldt. Il se souvient des préoccupations constantes des soldats. Se nourrir: "le «bully-beef», sorte de précurseur du spam, n'était pas très agréable, mais il remplissait nos ventres" , dormir; "On couchait parfois à la belle étoile, c’est arrivé assez souvent. Ce n’était pas la fin du monde, mais ce n’était pas plaisant. Couché dans une petite tranchée ce qu’on appelait des «slit trench» pas très larges, et à peu près deux pieds de profond. C’était très humide le soir là-dedans" , et le ravitaillement. 
Les lettres reçues de son épouse et de ses parents aidaient au morale:
On correspondait, c’était assez pénible. C’était lent. J’écrivais à peu près une fois par semaine. Elle m’écrivait aussi. Ma mère m’écrivait ou mon père au moins une fois par semaine. Des fois je recevais trois, quatre, cinq lettres ensemble, car la livraison n’était pas fameuse. [...]Denise m’écrivait une fois par semaine donc je n’ai pas manqué de nouvelles d’elle .
La guerre d'Alfred Monnin se termina en 1944, à l'approche de la frontière allemande. Son jeep frappa un char d'assaut. Il se réveilla dans un hôpital mobile avec la jambe et le bras cassés. Il fut renvoyé en Angleterre et revint au Canada, où il termina ses études et gradua en droit en 1946. 
En 1999, il résuma pour La Liberté ses souvenirs sur la guerre:
Alfred Monnin se compte chanceux de ne pas avoir été sérieusement blessé, mais se rappelle de ses camarades qui ont payé cher la victoire. "J'en ai connu qui ont porté leurs blessures physiques et psychologiques bien longtemps, dit-il. Je songe parfois à Roger Firman, des Winnipeg Rifles, exécuté par les SS à Audirieu, en Normandie, avec une vingtaine d'autres Canadiens, et à ceux qui ont été fusillés à l'abbaye d'Ardenne. Je pense aussi aux civils. Officier de liaison, j'ai pu voir les ravages de la guerre sur les civils. C'était difficile de dire à un fermier français de quitter sa maison. Certains résistaient, et ça se comprend; ils savaient bien que leur propriété allait subir des dégats.
"Pour ma part, je n'ai pas trouvé la guerre facile, mais je m'en suis remis assez rapidement. C'était une expérience incroyable; c'est le moins que je puisse dire. Je suis parti enfant et je suis revenu un homme." 
 
Alfred Monnin pratiqua dix ans comme avocat et fut nommé à plusieurs postes : Conseil de la Reine, juge à la Cour du Banc de la Reine, juge à la Cour d'appel, et juge en chef du Manitoba. Il prit sa retraite en 1990, s'impliquant encore beaucoup dans sa communauté franco-manitobaine jusqu'à son décès survenu le 29 novembre 2013.

Alfred Monnin en 1939, SHSB 39758

Alfred Monnin est né le 5 mars 1920 à Saint-Boniface, fils de parents immigrés de la Suisse. Obtenant un baccalauréat du Collège de Saint-Boniface, il étudia le droit à l'Université du Manitoba, de 1939 à 1942. Il s'enrôla ensuite dans l'armée canadienne. En 1943, peu après son mariage à Denise Pelletier, il fut envoyé en Angleterre. Il subit l'entraînement d'un officier d'infanterie, et faisait parti des troupes de renfort. Il pouvait donc être envoyé à n'importe quel régiment d'infanterie.
C'est le 25 juin 1944 que le lieutenant Alfred Monnin monta au front, en Normandie.

«Je suis débarqué dans un des fameux ports de mer temporaires "Mulberry". Les Boches étaient déjà bien loin, mais pouvaient encore nous rejoindre sur la berge avec leur artillerie lourde. En plus, j'étais malade comme un chien, parce que la traversée s'était faite dans du très mauvais temps.»

Alfred Monnin fut envoyé à la 4e brigade d'infanterie canadienne, où il fut officier de liaison entre la brigade et le Régiment Royal du Canada, régiment originaire de Toronto. Comme officier de liaison, il devait porter les messages entres les quartiers généraux de son régiment, de la 4e brigade, et de 2e division d'infanterie. Ces voyages pouvaient être dangereux:

Alfred Monnin avant le débarquement, SHSB 39755«Souvent, on me réveillait pour que je me rapporte, en pleine noirceur, à un supérieur. Il fallait trouver son chemin à la tente du brigadier général, recevoir ses ordres, et ensuite faire sa commission. [...] J'avais toujours peur de m'égarer et de me retrouver derrière les lignes allemandes, ce qui était arrivé à mes deux prédécesseurs. J'ai appris très rapidement comment bien lire une carte!»2

Le lieutenant Monnin rejoignit son régiment à Carpiquet, un champ d'aviation en banlieue de Caen. C'est dans ce village rasé qu'il eut sa première expérience au feu. Puis il traversa Caen, qui avait été soumis aux bombes alliées. "Je me souviens de la cathédrale de Caen. Elle était presque démolie, mais la tour était intacte... et abritait des francs-tireurs allemands. Ils nous voyaient venir et ont réussi à débarquer plusieurs des nôtres."3

La campagne dans le bocage normand avançait moins vite que l'auraient voulu les commandants, et pour bonne raison. "Chaque petit champ était entouré d'énormes haies, qui cachaient souvent les enfilades des Boches. Et nous nous battions contre les SS Panzer, des troupes d'élite et de vrais fanatiques."4 Mais les Allemands n'étaient pas le seul danger pour les jeunes Canadiens.

«J'ai frolé la mort à quelques reprises, notamment une nuit entre Caen et Falaise, en Normandie, lorsque l'aviation américaine nous a bombardés par accident. [...] J'étais dans mon jeep et soudainement, les bombes nous tombaient sur la tête et les éclats d'obus pleuvaient partout. Le même phénomène s'est produit dix jours plus tard, sauf que cette fois-là, c'étaient les Anglais. On a vraiment eu la chienne!»5

Alfred Monnin et son épouse Denise Pelletier, SHSB 39739

Alfred Monnin participa à la campagne de Normandie, puis traversa la Belgique et vit la capture du grand port d'Anvers et de la région de la Scheldt. Il se souvient des préoccupations constantes des soldats. Se nourrir: «le «bully-beef», sorte de précurseur du spam, n'était pas très agréable, mais il remplissait nos ventres»6, dormir; «On couchait parfois à la belle étoile, c’est arrivé assez souvent. Ce n’était pas la fin du monde, mais ce n’était pas plaisant. Couché dans une petite tranchée ce qu’on appelait des «slit trench» pas très larges, et à peu près deux pieds de profond. C’était très humide le soir là-dedans»7, et le ravitaillement.
 
Les lettres reçues de son épouse et de ses parents aidaient au morale:

«On correspondait, c’était assez pénible. C’était lent. J’écrivais à peu près une fois par semaine. Elle m’écrivait aussi. Ma mère m’écrivait ou mon père au moins une fois par semaine. Des fois je recevais trois, quatre, cinq lettres ensemble, car la livraison n’était pas fameuse. [...]Denise m’écrivait une fois par semaine donc je n’ai pas manqué de nouvelles d’elle.»8

La guerre d'Alfred Monnin se termina en 1944, à l'approche de la frontière allemande. Son jeep frappa un char d'assaut. Il se réveilla dans un hôpital mobile avec la jambe et le bras cassés. Il fut renvoyé en Angleterre et revint au Canada, où il termina ses études et gradua en droit en 1946.

Alfred Monnin,  SHSB 39749En 1999, il résuma pour La Liberté ses souvenirs sur la guerre:

«Alfred Monnin se compte chanceux de ne pas avoir été sérieusement blessé, mais se rappelle de ses camarades qui ont payé cher la victoire. "J'en ai connu qui ont porté leurs blessures physiques et psychologiques bien longtemps, dit-il. Je songe parfois à Roger Firman, des Winnipeg Rifles, exécuté par les SS à Audirieu, en Normandie, avec une vingtaine d'autres Canadiens, et à ceux qui ont été fusillés à l'abbaye d'Ardenne. Je pense aussi aux civils. Officier de liaison, j'ai pu voir les ravages de la guerre sur les civils. C'était difficile de dire à un fermier français de quitter sa maison. Certains résistaient, et ça se comprend; ils savaient bien que leur propriété allait subir des dégâts. "Pour ma part, je n'ai pas trouvé la guerre facile, mais je m'en suis remis assez rapidement. C'était une expérience incroyable; c'est le moins que je puisse dire. Je suis parti enfant et je suis revenu un homme." »9
 
Alfred Monnin pratiqua le droit et fut nommé juge, tour à tour : Conseil de la Reine, juge à la Cour du Banc de la Reine, juge à la Cour d'appel et juge en chef du Manitoba. Il prit sa retraite en 1990, s'impliquant encore beaucoup dans sa communauté franco-manitobaine jusqu'à son décès survenu le 29 novembre 2013.
 
 
  1. Bahuaud, Daniel (1999) "Ca faisait du bien de songer à la vie", La Liberté, 5 novembre 1999, p. 27.
  2. Ibid.
  3. Ibid.
  4. Ibid.
  5. Ibid.
  6. Ibid.
  7. Site Web  Le Projet Mémoire, Témoignage d'anciens combattants. Alfred Monnin, témoignage recueuilli le 27 mai 2010 à Portage La Prairie. http://www.leprojetmemoire.com/histoires/1084:alfred-monnin/
  8. Ibid.
  9. Bahuaud, Daniel (1999) "Ca faisait du bien de songer à la vie", La Liberté, 5 novembre 1999, p. 27.
 
Bahuaud, Daniel (1999) "Ca faisait du bien de songer à la vie", La Liberté, 5 novembre 1999, p. 27.
 
"Un entretien avec l'honorable Alfred Monnin", Revue de Droit d'Ottawa/Ottawa Law Review, v. 43, no1, 2012, pp. 137-144
https://commonlaw.uottawa.ca/ottawa-law-review/entretien-lhonorable-alfred-monnin
 
Site Web  Le Projet Mémoire, Témoignage d'anciens combattants. Alfred Monnin, témoignage recueilli le 27 mai 2010 à Portage-La-Prairie. http://www.leprojetmemoire.com/histoires/1084:alfred-monnin/

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