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IIe Grande Guerre - les prisonniers

Sur le site Web de Anciens combattants Canada, on y lit : «Environ 9 000 soldats, aviateurs, marins de la Marine et de la marine marchande du Canada ont été faits prisonniers de guerre au cours de la Seconde Guerre mondiale.» Parmi les archives déposées au Centre du patrimoine, les souvenirs d'un des prisonniers canadiens occupe une place importante. Florent Labonté a été prisonnier de 1940 à 1944 et a consigné sur papier ses souvenirs. 

Derrière les barbelés des Nazis : souvenirs du séminariste canadien Florent Labonté, 1940-1944

« J’ai vécu de nouveau […] le splendide jour de ma propre libération et j’ai versé des larmes. » – Florent Labonté, 28 février 1973
 
Le 12 février 1973, une quinzaine de jours après que les États-Unis d’Amérique et le Nord Vietnam avaient signé des accords d’armistice qui mettent fin à la guerre du Vietnam, les premiers prisonniers de guerre américains sont libérés. L’événement, télévisé à travers le monde occidental, ne laisse pas indifférent Florent Labonté, alors curé de la paroisse catholique de Haywood au Manitoba. 
 
Dans une lettre publiée dans La Liberté du 28 février 1973, celui qui fut ordonné prêtre en captivité en France durant la Seconde Guerre mondiale confie aux lectrices et lecteurs de l’hebdomadaire de langue française du Manitoba pourquoi il avait été bouleversé :
« À la télévision dernièrement, j’assistais à la libération des premiers prisonniers américains. Je puis comprendre et partager leurs sentiments et leurs émotions, car j’ai moi-même passé quatre ans en camp de concentration, prisonnier des Allemands durant la dernière guerre. Et dire ce que j’ai ressenti lorsqu’enfin j’ai pu respirer l’air de la liberté, lorsque je me suis trouvé à côté d’un char d’assaut américain, je ne puis l’exprimer par des paroles. […] [E]n voyant ces prisonniers libérés, j’ai vécu de nouveau la nostalgie, le splendide jour de ma propre libération et j’ai versé des larmes. » (« La libération des prisonniers » [Lettre à la rédaction], La Liberté, 28 février 1973, page 4.)
 
Né à Courcelles (Québec) le 6 avril 1916, fils d’Alphonse Labonté et de Rose-Marie Morin, Pierre-Florent Labonté est étudiant en théologie dans la congrégation de la Fraternité sacerdotale en France lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939. Fait prisonnier des Allemands quelques mois après la capitulation de Paris en juin 1940, le jeune séminariste de 24 ans vit, du 5 août 1940 jusqu’au 25 août 1944, dans des camps de concentration.
 
Florent Labonté en 1981 - SHSB 44859Durant ces années, il tient un journal dans lequel il rédige, de temps à autres, quelques impressions de sa vie derrière les barbelés, agrémentées de croquis et de photos. Le journal, aujourd’hui disparu, a servi à la préparation et à la publication aux Éditions du Blé en 1980 du livre Derrières les barbelés des Nazis, souvenirs d’un séminariste canadien, 1940-1944
 
La publication n’est pas une reproduction du journal. Comme le souligne le procès-verbal de la maison d’édition, « [à] cause de changements dans le texte de l’abbé Florent Labonté, il a été décidé de changer le titre : “souvenirs” remplace le mot “journal” ». (Éditions du Blé, Procès-verbal du conseil d’administration, 7 juillet 1980, ASHSB 0322/945/160.)
 
Le petit volume de 130 pages a connu trois tirages et plus de 2 500 exemplaires ont trouvé acheteurs. De plus, lors de la parution d’une nouvelle édition fin décembrePhotographie de Florent Labonté, SHSB43368 1982, la première partie du livre est publiée, dès février 1983 sous forme de feuilleton, dans l’hebdomadaire La Liberté.
 
Dans le texte de présentation, le journaliste Jean-Pierre Dubé décrit le livre ainsi : « Une centaine de pages. Quelques dessins. Tel est la première ébauche des “Souvenirs d’un séminariste canadien 1940-1994” de Florent Labonté […] C’est une première ébauche parce que l’auteur avoue qu’il n’a encore rien dit de son expérience derrière les barbelés. » (La Liberté, 18 février 1983, page 7.)
 
Précisions fournies à l’époque par Florent Labonté : « J’ai dit l’eau de rose, ce qu’il y avait de plus positif. Peut-être que j’en écrirai un autre (recueil)… […] Pour dire la vérité? On ne peut pas la dire, on n’a pas les mots. » 
 
Et le journaliste de La Liberté poursuit : « C’est toujours cette affreuse solitude qui semble peser sur l’abbé Labonté : la solitude de ne pas pouvoir partager adéquatement son expérience. Derrière les barbelés pendant quatre ans, c’est pourtant du contraire, de la promiscuité, qu’il a souffert le plus : “J’avoue que ce que j’ai trouvé le plus dur c’est de n’avoir jamais été un moment seul et d’avoir eu faim”, déclare-t-il à la conclusion de ses souvenirs.
 
« On ne sait pas comment Florent Labonté a survécu au camp de concentration, aux balles, aux pleurésies, à la faim. Lui le sait : “le bon moral !” Et il raconte ce que lui demandait un de ses amis de camp : Comment peux-tu rire en prison ? Et lui de répondre : “On n’a pas le choix.” »
 
Au-delà des atrocités de la guerre, les textes de Florent Labonté transmettent aussi un message d’espoir. « Ce journal, recueil de souvenirs personnels, est le témoignage vivant d’une période tragique de l’histoire. […] Loin de se servir d’un événement sinistre pour exciter notre admiration ou notre pitié, il base tout ce qu’il a vu et vécu sur une croyance à un monde meilleur. Il en résulte que le phénomène des camps de concentration, que beaucoup d’historiens voient sous un aspect purement négatif, lui a fourni une affirmation de plus d’une foi inébranlable, une raison de plus pour espérer. » (Alan MacDonell, « Labonté, Florent, “Derrière les barbelés des Nazis”… » Bulletin du CEFCO, no 7, février 1981, p. 19-20.)
 
Florent Labonté est décédé le 22 janvier 1991 à l’âge de 74 ans après plus de 30 ans de service au Manitoba, dont une vingtaine d’années comme curé de Haywood, puis de La Salle. Son livre Derrières les barbelés des Nazis, maintenant épuisé, peut être lu en format numérique dans les documents du site. Quelques notes ont été ajoutées en bas de page pour faciliter la lecture.
 

Le 8 avril 1983, La Liberté titrait un article «Une vibrante dénonciation du Mal» annonçant la publication de «Derrière les barbelés des Nazis». En sous-titre, on y lisait : «Au moment même où l'affaire de l'ancien "boucher de Lyon" Klaus Barbie défraie l'actualité dans toute l'Europe, les Éditions du Blé offrent à leur public la deuxième édition des souvenirs de guerre de Florent Labonté.»

Première de couverture de «Derrière les barbelés des Nazis» de Florent Labonté

L'article du 8 avril 1983 signé Roger Auger se termine avec cette réflexion : «Car les idéologies et les hégémonies ont la vie dure et de si vibrantes dénonciations du Mal ne peuvent qu'éveiller les consciences et mieux disposer les esprits à la vigilance et à la critique face aux pouvoirs toujours prêts à monter des barbelés au lieu de trouver des solutions pacifiques aux différends entre les nations...».

Dans sa critique, Le Réveil, volume IV, no 5, p. 21, Luc Gathelier écrit : «En quatre ans d'incarcération en terre française, Florent Labonté a vécu dans trois différents camps. St-Denis (au nord de Paris), Montreuil-Bellay (en Anjou) et à Drang (également au nord de Paris). Dans chaque camp il y avait environ vingt nationalités différentes et le problème de la langue était inexistant puisque le français était la langue universelle. Le jeune Florent était infirmier et pour cela il a dû intervenir auprès des Allemands soit pour obtenir une nourriture plus convenable ou de meilleures conditions de vie pour les malades; il jouait un certin rôle de médiateur entre les Allemands et les prisonniers. Toutefois, la nourriture qu'on servait aux prisonniers était littéralement un crime alors que, comme il me l'a raconté, les prisonniers allemands au Canada étaient nourris comme des rois et ils allaient même au théâtre.»

Nous avons obtenu la permission de rendre l'intégralité du texte accessible en format numérique gratuitement, gracieuseté des Éditions du blé. Le document publié se trouve dans le fonds des Éditions du blé, 0322/932/37.


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