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Les commémorations

 

« Si l'écho de leurs voix faiblit, nous périrons » 1  Paul Eluard

 
Cérémonie au mémorial de Vimy qui honore la mémoire des soldats canadiens morts en France pendant la Première Guerre mondiale. Sur les 66 000 soldats du corps expéditionnaire canadien, 11 285 ont été portés disparu. Photo prise en 1964, SHSB 40022Les grandes guerres sont commémorées annuellement, le 11 novembre, à l'occasion du Jour du souvenir. Cette date ne fut pas choisie par hasard. Ce fut le 11Monument aux soldats belges,  Hubert Garnier, 1938, SHSB 49917. Le soldat debout, en uniforme belge, tient son fusil par le baril, et regarde tristement son compagnon tombé. Ce dernier n'a pas de visage, représentant le sacrifice de tous ceux qui ont perdu leur vie. novembre 1918, à la onzième heure du onzième jour du onzième mois que la guerre se termina enfin.
 
La commémoration des soldats morts à la guerre commença vers les 1860-1870. En France, la guerre Franco-Prussienne de 1870 fut la première où on chercha à inhumer tous les soldats dans leurs propres tombes. La guerre civile américaine de 1861-1865, ou beaucoup de citoyens-soldats furent tués, fut aussi l'origine de commémorations et de monuments. C'était la première guerre où les armées étaient composées de citoyens volontaires ou conscrits, au lieu de militaires professionnels. La société entière fut marquée par les pertes.
 
La première grande guerre dura plus longtemps que ce que tous avaient prévu, et fit plus de victimes qu'aucune autre guerre auparavant. Pour les Canadiens, on s'était enrôlé pour se combattre au nom des libertés civiles soi-disant menacées par le Kaiser. Pendant 52 mois, tous ont dû faire des sacrifices, et beaucoup ont perdu des membres de leur famille, pour atteindre la victoire. Plus le sacrifice était lourd, plus on supportait les sacrifices et les pertes, ne voulant penser que ce serait pour rien. C'est ainsi qu'est née l'espoir et la croyance que cette guerre mettrait un terme à toutes les guerres.
Tranchée de Vimy, Guerre de 1914-1918, photo prise en 1964, SHSB 40037
 
Pendant la guerre, on se poussa à continuer ensemble les efforts sans prendre le temps de pleurer les morts publiquement, une étape importante du deuil. Une fois la guerre terminée, ce sont justement les pertes humaines qui devinrent le point autour duquel tous pouvaient s'unir. La mort de chacun des soldats affectait sa famille immédiate: ses parents, son épouse, ses enfants, ses frères et sœurs, ses oncles et tantes, ses cousins, ses cousines et ses amis. Au cours de plus de quatre ans de guerre,  60 932 soldats sont morts. Plusieurs familles furent touchées par plus d'un décès: rares furent ceux qui n'avaient perdu d'être cher.
 
Le Imperial War Graves Commission (I.W.G.C.), unissant la Grande-Bretagne, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Inde et l'Afrique du Sud, fut formé en 1917 pour enregistrer les tombes des combattants, et les organiser en cimetières militaires. Lorsqu'un soldat mourait au combat, la pratique de toutes les armées était d'ensevelir le corps dans une tombe individuelle marquée, et d'identifier ces tombes par des croix. À la fin de la guerre, on décida que les morts resteraient en Europe, là où ils étaient tombés. Les corps identifiés furent ré-ensevelis dans des cimetières nationaux en Europe. Pour les décès survenus au Manitoba, le I.W.G.C. établit un cimetière militaire à Winnipeg, le Brookside Cemetery. On reconnait ces cimetières aux monuments identiques standardisés, mais aussi à la Croix de sacrifice érigée dans un point central. Les plus grands cimetières ont aussi une Pierre du souvenir,

Bény-sur-Mer, France, cimetière militaire canadien, 1964, SHSB 40043

sous forme de tombe, ou d’autel. Chaque soldat mort dont on pouvait identifier les restes a une tombe dans un cimetière1.
 
Le Canada érigea aussi un monument immense sur une partie de la crête de Vimy. En 1922, la France céda 100 hectares de terrain au Canada en perpétuité. Ce site, où a eu lieu la première grande victoire canadienne, fut le lieu choisi pour ériger le magnifique monument dessiné par Walter Allward. Dévoilé par le roi Edouard VI en 1936, ce monument représente la mère allégorique, Canada, qui pleure ses fils perdus. Les noms des 11 285 soldats canadiens qui n'ont pas de tombe individuelle figurent sur ce monument, symbole frappant de mémoire collective et site de pèlerinage pour les Canadiens qui veulent se remémorer l’un des leurs2. Ce site est géré par Parcs Canada3.
 
Les cimetières établis en Europe ne permettaient pas aux Canadiens de commémorer leurs morts au Canada. Pour cette raison, un grand nombre de communautés ont fait ériger des monuments aux morts de la guerre. Les anciens combattants furent souvent la force motrice derrière cet effort, et les communautés faisaient des levées de fonds pour payer leur monument. Certains artistes sculpteurs, dont Hubert Garnier et Nicolas Pirotton, tous deux émigrés à Saint-Boniface avant la première guerre mondiale, contribuèrent par leur art et leur savoir aux monuments commémoratifs du Manitoba. 
 
Le cénotaphe, qui veut dire "tombe vide", devint le lieu où, à partir de 1919, se passe la commémoration du 11 novembre, acte qui unit la nation en souvenir d'un aspect du sacrifice commun, la mort des jeunes hommes partis en guerre. D'abord connu comme le jour de l'Armistice, on commémorait le lundi  de la semaine oùRoger Teillet, alors ministre des Anciens combattants, 1964, sortant d'une tranchée de la crête de Vimy, SHSB 40014 tombait le 11 novembre. En 1931, cette date devint officiellement le Jour du Souvenir, et la commémoration fut fixée à la onzième heure du onzième jour du onzième mois. Le coquelicot mentionné par John McCrae dans son poème "In Flanders' Field", une fleur qui poussait sur les tombes des soldats morts durant les guerres napoléoniennes, devint rapidement le symbole du souvenir des morts au champ d'honneur. 
 
La tombe du soldat inconnu était un autre mémorial adapté rapidement en Europe. À cause de bombardements aériens et de l'utilisation croissante d'artillerie pour détruire les tranchées avant les attaques, il y eut beaucoup plus de disparus dans la guerre 14-18 que dans les guerres antérieures. Le soldat inconnu, du fait précisément qu'il était inconnu, remplaçait pour beaucoup le fils, l'époux, le frère dont on ne retrouvera jamais le corps. Ce mémorial ne fut établi qu'en mai 2000 au Canada, à la demande de la Légion Royale Canadienne, pour commémorer les 116 000 Canadiens qui ont donné leur vie au courant des guerres impliquant le Canada.
 
La Grande Guerre de 14-18, qui devait être la dernière guerre, fut suivie en 1939 par la deuxième grande guerre. Le pacifisme ressenti en 1918 joua sûrement un rôle dans l'attitude d'apaisement que prirent la Grande-Bretagne et la France devant la montée du fascisme en Allemagne et en Italie. On croyait rendre hommage au sacrifice de la première guerre en refusant de commencer une deuxième guerre. Mais on s'aperçut que cette attitude ne menait pas à une paix, mais facilitait l'expansion du fascisme, d'abords avec l'invasion italienne de l'Éthiopie, ensuite avec la guerre civile en Espagne et l'invasion allemande de l'Autriche et de la Tchécoslovaquie. Devant ces invasions et ces guerres, il a fallu se rendre compte que le militarisme et l'expansion de l'Allemagne ne pouvait être arrêté que par la force.
 
Monument dévoilé par Roger Teillet, ministre des Anciens combattants, en ll'honneur du régiment The Royal Winnipeg Rifles à Courseulles-sur-Mer, le 6 juin 1964, SHSB 40035.À la fin de la deuxième guerre mondiale, après un long débat, les noms des soldats tués furent ajoutés aux monuments commémorant la première guerre.  Sur certains monuments, on continua la tradition après la guerre de Corée et les autres conflits. Il y eut aussi beaucoup de lieux publics qui devinrent des lieux de commémoration en les nommant ou les renommant d'après des soldats ou des régiments. 
 
Contrairement à la première guerre mondiale, on ne pensait plus que ce serait la fin des guerres, car la guerre froide entre les Alliés de l'Ouest et l'Union Soviétique et le bloc de l'Est était à ses débuts. Bien que le Canada ne participe pas à la guerre du Vietnam, le sentiment antimilitaire américain avait bien des échos au Canada. Ce n'est qu'avec le cinquantenaire de la fin de la deuxième grande guerre, et la disparition grandissante des vétérans de la première grande guerre que la commémoration publique de ces événements a repris de façon grandissante. 
 
Ainsi, sur le site Web commémorant la bataille de Normandie, on y trouve présenté le monument de The Royal Winnipeg Rifles : «Monument en l’honneur des soldats canadiens du Royal Winnipeg Rifles de la 7th Infantry Brigade, qui débarquèrent sur Juno Beach le 6 juin 1944. Le régiment était commandé par le Lieutenant Colonel J. M. Meldram. L’unité est symbolisée par un diable noir armé d’un trident et offrant un calice. C’est une référence au conflit de la Rébellion du Nord-Ouest de 1885 au Canada, où les soldats furent surnommés par leurs ennemis « les petits diables noirs » à cause de leurs uniformes foncés ; ce qui est également traduit par la devise « Hostium acie nominati», qui signifie « nommés par l’armée ennemie »
 
Aux récits historiques officiels de l'Armée canadienne parus au courant des années soixante, on a ajouté maintenant des histoires officielles des forces navales et aériennes du Canada. Des historiens, tels que Tim Cook écrivent des livres qui racontent les campagnes importantes des armées canadiennes, éclairant pour leurs lecteurs les conditions de vie sur les champs de bataille. Le site web des Anciens Combattants Canada a aussi un bon nombre de brochures pour éduquer les Canadiens au sujet de ce qu'on commémore, car avec la disparition des vétérans, le souvenir de leur histoire est devenu notre commémoration. Une initiative de la part du gouvernement fédéral, passée ensuite aux provinces, est de reconnaître le sacrifice de plus de 4 000 soldats manitobains victimes de la deuxième guerre mondiale par la dénomination commémorative de lacs, d'îles, de baies et d'autres lieux géographiques4
 
Plus récemment, avec la participation canadienne aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, on voit apparaître des monuments au maintien de la paix pour commémorer les soldats qui ont servi et qui servent encore dans ce rôle. La commémoration s'est aussi élargie pour comprendre le rôle et le sacrifice des militaires canadiens autochtones, des Canadiens de race noire et des Canadiens japonais et chinois pendant la deuxième guerre mondiale.
 
Avec le temps, plus la distance nous éloigne de la guerre et du souvenir des combattants, plus l'intérêt pour leur vécu semble refaire surface. Le deuil terminé, nous cherchons à savoir et comprendre ce que ces générations ont vécu. Les lettres des tranchées des frères Kern, gardées si précieusement par leur mère, leur sœur et leurs nièces parce que c'était le dernier lien avec ces perdus de la guerre, refont surface, soit en livres, ou sur les sites des Archives du Canada et de Manitoba, pour commémorer de façon plus particulière le sacrifice des soldats canadiens morts en guerre. En y trouvant leur héroïsme, on y découvre aussi leur humanité.
 

En 2015, Radio-Canada donnaient quelques renseignements sur les sites commémoratifs de Winnipeg et de certaines régions rurales. Cette section documente autant de lieux de mémoire que possible qui commémorent les soldats morts ou la participation de la population aux Grandes Guerres pour chacune des localités francophones du Manitoba.

Le site Web de la Manitoba Historical Society présente plusieurs monuments commémoratifs militaires du Manitoba. Le site Web de la Province du Manitoba présente aussi plusieurs lieux de commémoration des Grandes Guerres.

Visitez le l'exposition, Jour du souvenir, du Musée canadien de la guerre.

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1. Le Imperial War Graves Commission devint le Commonwealth War Graves Commission au courant des 1960. Consultez le site.

2. Site web du Département des anciens combattants du Canada.

3. Site web de Parcs Canada.

4. Holm, Gerald F. et Buchner, Anthony P. (2002) Lieux de mémoire Des lieux du Manitoba perpétuent le souvenir des soldats morts à la guerre, Gouvernement du Manitoba

War Memorials in Manitoba: An Artistic Legacy, (2014) document PDF disponible sur le site web du Manitoba Historical Society
 
 
Audoin-Rouzeau, Stéphane et Becker, Annette (2000) 14-18, retrouver la guerre, Gallimard. 
(14-18 Understanding the Great War (2002) traduit à l'anglais par Catherine Temerson, New York, Hill and Wang)
 
Cook, Tim (2008) Shock Troops: Canadians Fighting the Great War 1917-1918 (Toronto, Penguin) 727 p. 
 
Holm, Gerald F. et Buchner, Anthony P. (2002) Lieux de mémoire Des lieux du Manitoba perpétuent le souvenir des soldats morts à la guerre, Gouvernement du Manitoba

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