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Commentaire de l'artiste

Commentaire sur ma production d'artiste à la suite de l'exposition «L'ArtMulaire».

Cette exposition m'a fait grandement plaisir et je remercie tous ceux qui ont travaillé à sa réalisation.

Primordial pour moi est que le Centre du patrimoine (SHSB) et le Centre culturel franco-manitobain aient mis en valeur mon don, le Fonds Bernard Mulaire, en faisant connaître une partie de son contenu.

Comme la commissaire Annie Langlois a travaillé de façon autonome, il m'a été agréable de voir le point de vue qu'elle a adopté pour choisir les oeuvres. Tout choix sous-entend un parti pris qui le guide, bien sûr, un regard qui est celui de la personne qui choisit.

D'abord, il m'a paru, par l'importance qu'elle a accordée aux techniques que j'ai utilisées dans ma production d'artiste, qu'Annie a privilégié la hiérarchie classique des techniques en art de deux dimensions. En premier lieu, la peinture, puis l'estampe et, enfin, le dessin. Je dis ça parce que, pour un sujet donné, Annie a toujours mis en évidence, en premier lieu, une peinture quant il y en avait une ou, en deuxième lieu, une estampe ou, en troisième lieu, un dessin.

Or, même si j'ai beaucoup aimé revoir mes peintures ainsi exposées, je ne me suis jamais considéré d'abord comme un peintre, mais comme un artiste graphique ou, disons, un dessinateur. D'abord et avant tout. Le dessin était ma passion.

La peinture m'a toujours embêté. Je n'ai jamais aimé la mollesse du pinceau contre le support, ni l'épaisseur de la peinture sur la surface du support, et je n'ai jamais été un coloriste. Ma force a été plutôt dans le dessin, dans le trait, dans le contour des formes, dans le dégradé des gris et des noirs faisant voir les volumes et la lumière par lesquels le motif existe dans l'espace.

Ce que j'aimais, c'était la fermeté du crayon ou de la craie sur la surface du support, qui donnaient comme un prolongement à ma main, à mes doigts. Et j'adorais la précision du crayon bien aiguisé ou même de la craie qui permet de toucher directement la surface du support.

Je pouvais ainsi passer des heures à construire l'image à force de superpositions de dégradés de la mine de plomb, en commençant par les mines les plus dures, donc par les traits plus pâles, et terminant par les mines les plus molles, et donc par les traits les plus foncés. La craie, bien que plus épaisse, se prête à un jeu similaire.

Pour dynamiser l'image devenue trop lisse ou «parfaite» (donc morte), j'avais recours à une efface pour retrouver sous le graphite la surface originale du support. Les traces de la craie pouvaient aussi être effacées, et le dessin redynamisé grâce à l'emploi de traits superposés.

Dans ma pratique, le dessin a été un art majeur, d'aucune manière inférieur à la peinture ou à la gravure. Un dessin poussé à son aboutissement est une oeuvre aussi «finie», aussi «terminée», que peut l'être une peinture. Cela dit,  je classifiais moi-même mes dessins selon le niveau d'aboutissement que je leur reconnaissais. D'un côté, le croquis, l'ébauche ou l'étude, qui sont un premier jet d'une observation ou d'une idée auxquelles l'artiste tente de donner forme, qu'il cherche à cerner. De l'autre côté, le dessin terminé, fini, auquel l'artiste ne peut rien ajouter.

J'ai pratiqué la gravure comme une variante du dessin, la gravure ayant ceci de spécial qu'elle permet de réaliser plusieurs copies d'une image qui sont toutes considérées comme étant des oeuvres originales. C'est l'idée du multiple. De plus, les diverses techniques de la gravure présentaien t des défis que je trouvais intréressants à relever.

Quant à la peinture, disons que j'y ai vu un passage nécessaire, une étape dans mon cheminement en tant qu'artiste et je ne renie pas ce que j'ai pu faire.

Je reconnais, toutefois, que le public est libre d'apprécier mes oeuvres selon les mérites et l'intérêt qu'il y voit, qu'elles qu'aient été et soient mes préférences. Mon bonheur et ma fierté restent de savoir que mon fonds d'atelier est maintenant hors de danger, dans les mains d'une institution professionnelle qui en a la garde.

le 2 février 2012

Bernard Mulaire à Gilles Lesage


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